01.10.2007

Des œufs, des oiseaux, des chants. Des coucous gris, des palombes bleues, des mouettes rieuses.

 

Me revoilà. J’ai été Alina Reyes. Elle est morte. Mais moi, Aline Nardone, je suis en vie, et je suis en quelque sorte sa légataire universelle. Je ne peux plus faire grand-chose pour sa mémoire, je n’en ai pas vraiment le désir non plus. Je la confie au temps.
D’ailleurs, que faire de mieux ? Ces dernières années, elle a souvent publié des chroniques dans Le Monde ou Libé, mais plus question, plus personne ne veut de ma parole dans ces parages.  Depuis que j’ai envoyé son dernier roman à ma famille et à quelques amis et connaissances, je n’ai plus aucune nouvelle ni des uns ni des autres (si, une carte postale de l’une de mes sœurs, le mouton noir, me disant gentiment que je ferais mieux de tout oublier, comme elle). Son éditeur aussi, reste muet. Je n’appelle ni les uns ni les autres. La presse applique l’omerta comme elle ne l’a peut-être jamais fait. Je l’ai dit cette nuit à Olivier, c’est une dure victoire, mais c’est une noble victoire, pour moi. Car tout cela signifie que j’ai amené Alina Reyes jusqu’à sa vérité.


Le journal qu’elle a tenu sur son site internet, aujourd’hui fermé, pendant trois ans, lui a servi de matériau pour sa « Forêt profonde », cette descente en abîme en elle-même, en moi-même. J’ai eu la surprise de découvrir qu’il m'avait tout l'air d'avoir nourri aussi le dernier roman de Yannick Haënel, où se trouvent réutilisés le thème de la rencontre sur le pont des Arts (voir l’article « Cercle » sur le blog apocalypsis), et bien des éléments de mon imaginaire, la figure de la danseuse, le coquelicot, la nacre, les oiseaux, la neige, la forêt, les loups, les sosies, Notre-Dame de Paris, etc (l’ennui qui s’en dégage m’a empêchée de lire son livre en entier), y compris la perte de sang liée à une expérience de perte de soi que j’ai, moi, réellement menée… Et dont je ne me suis pas contentée de faire des phrases. Je lui ai écrit tout ceci, mais comme tous les autres, il ne m’a pas répondu. Logique.


Il y a ici, dans la blogosphère, qu’elle a beaucoup critiquée dans son livre, des êtres humains derrière les masques. Des imposteurs aussi, toujours. Vigilance. Les personnes qui sont restées silencieuses en lisant « Alina Reyes », de même que celles qui ont été bienveillantes ou malveillantes avec elle, celles avec qui elle a été souriante ou dure, elle les a aimées et elle les aime toujours. Maintenant je voudrais vous dire qu’en rentrant à Paris, fin août, j’ai trouvé un nid de palombes sur ma fenêtre. « La palombe bleue », c’est le nom du train de nuit que je prends depuis dix-sept ans, entre Lourdes et Paris, parce que ce doux oiseau migrateur passe au-dessus des Pyrénées et inspire des chants immémoriaux aux montagnards qui l’admirent et le chassent. J’étais là lors de l’éclosion de l’œuf, j’ai assisté à la croissance du poussin au duvet d’or, à son nourrissage, ses apprentissages, le développement de ses ailes et de ses plumes perle et bleu…  J’étais là aussi, chance ! lors du premier envol de la petite palombe. Tout ça était merveilleux.
Je voyage, j’étudie, j’écris.  À bientôt, ici ou là.