13.10.2007

Apocalypse, délivrance

 

Quel moment intéressant ! Comme elle se révèle, la face livide du conformisme ! J’accuse, démonstration à l’appui (chez le Stalker, voir colonne de gauche) l’auteur en vue du moment, Yannick Haenel, d’avoir pillé mon travail, et aussitôt les voilà qui se tordent de malaise, les conformes, ceux qui tiennent à ce que chaque chose soit à sa place, et y reste, ceux qui ne veulent surtout pas qu’on les dérange dans leur crasse tranquillité.


Le premier ignoble fut Pierre Assouline, qui me condamna sans appel, avant de m’interdire l’accès à ses commentaires. Qui m’intima d’apporter la démonstration de mon accusation, puis empêcha que l’on vienne la mettre en lien chez lui lorsqu’elle fut faite. Quelques-uns de ses lecteurs s’engouffrèrent aussitôt avec gourmandise dans la brèche de la haine et du mépris, me lynchant sans la moindre pudeur.


C’est ensuite au tour des blogueurs qui ne connaissent rien à l’affaire de reprendre, après Assouline, le couplet selon lequel je serais folle, déprimée, jalouse. Et j’ose porter le soupçon sur la jolie figure si poétique et désintéressée d’Haenel, ancien d’une prestigieuse école militaire, bien propret sur lui, bien rangé depuis ses débuts sous l’aile de Philippe Sollers, celui qu’on dit pape ou parrain, celui qui dirige son affaire littéraire comme on dirige une  grosse entreprise familiale, avec quelques subtilités supplémentaires inspirées des œuvres et manœuvres d’experts en prise et maintien du pouvoir, le notable en chef du milieu littéraire !


Oui, j’ose. Et ce n’est pas fini. Si quelques-uns s’en étranglent comme si je m’en prenais à leur femme, à leur propre famille, si on prend même la peine de m’écrire pour m’avertir sévèrement que Gallimard pourrait bien me ruiner, Dieu merci, je constate aussi sur la Toile quelques réactions plus saines. Par exemple celle d’un libraire, qui après avoir publié sur son blog, dans les semaines précédentes, des critiques élogieuses du roman d’Haenel et du mien, après lecture de ma démonstration reconnaît aussitôt sa pertinence et se range de mon côté.


Je n’ai rien à perdre. Malgré l’effervescence produite par mon passage à l’acte, je suis très tranquille. Je dors peu, mais plus sereine que jamais, et le sourire aux lèvres. Parce que rien n’est abîmé dans mon cœur. Parce que la vérité délivre. Parce que j’ai à dire la vérité, j’y suis déterminée. Ce n’est même pas une détermination, c’est un processus. L’eau chemine longtemps sous les montagnes, puis soudain, timidement, elle perce la roche, et vous savez que rien n’empêchera cette timide résurgence de former un fleuve. C’est en moi d’abord qu’elle travaille, cette eau, c’est moi qu’elle travaille pour que je la laisse passer.


La vérité ne peut se dire d’un coup. Elle doit s’accoucher, c’est un travail. Je sais ce que sont les accouchements, moi petite femme j’ai mis au monde quatre garçons de près de quatre kilos, dont trois sans péridurale. C’est tout sauf facile mais il n’y a pas moyen de faire autrement, il faut bien que l’enfant sorte, et malgré les convulsions et les douleurs à en perdre parfois la tête, l’esprit est au fond merveilleusement serein et heureux, de savoir proche la délivrance, et l’apparition de la lumière qu’est un nouveau-né.

Je reviendrai avec de nouvelles précisions. Pour l’instant, je rappelle une petite partie de la démonstration que l’on peut lire sur le site de Juan Asensio :

(…) À ce stade de mon texte, je n’en suis qu’à la huitième des soixante-treize notes que j’ai prises au fur et à mesure de ma lecture, sur les images communes au livre de Haenel et au mien. Continuer à les détailler, même de cette façon sommaire, serait extrêmement long et fastidieux. Je vais essayer de résumer au mieux.

Nous avons donc encore en commun, au fil de mes notes : Notre-Dame de Paris, qui tient dans son livre une place aussi grande que dans le mien ; la vase merdeuse ; l’île saint-Louis et la vue sur la Seine la nuit, avec lumières des bateaux-mouches, etc ; Moby Dick et Ismaël, très présents dans son livre, en filigrane dans le mien et dans plusieurs autres de mes livres précédents (“Moby Dick est un accouchement”, disais-je dans Ma vie douce, lui lie la baleine à un “accouchement de plaisir”) ; il a une scène avec des bouchers, moi aussi bien sûr dans Le Boucher mais aussi dans Lilith ; les saignements, très importants dans son livre comme dans le mien ; les noms de ses bars, “la Licorne” et “Rosebud”, interrogés par moi dans la Chasse et dans Quand tu aimes, il faut partir ; la rencontre entre Nausicaa et Ulysse dans son livre, scène-clé de ma jeune adolescence que j’ai évoquée dans plusieurs textes ; la figure de la Vierge Marie et le thème de l’apparition, récurrents dans son livre, très présents dans le mien aussi, notamment avec une évocation de Lourdes ; les sosies ; le fait de voir son manuscrit comme un labyrinthe, évoqué dans mon journal en ligne et dans son livre ; Anna-Livia se livre à des courses matinales en forêt, tout comme je le fais, dans la vraie vie et dans mon livre ; une scène où le personnage a la sensation qu’il n’y a plus personne au monde, qu’ils sont tous morts, dans nos deux livres ; une différence importante : “si je ne prononce pas ces phrases… elles vont m’empoisonner”, dit-il, alors que j’écris : “Parler sans agir engendre la pestilence, dit William Blake » ; la sensation d’être devenu fou, dans nos deux livres ; l’évocation de la guerre, l’évocation du « refoulé », des sanglots, de la mort dans la neige, d’une scène avec une porte et une voix, une « voix de crime » pour lui, « une voix qui fait porter le mensonge » pour moi, K(afka) et sa hache pour nous deux, pour lui une « nuit s’ouvre à l’envers », pour moi une « nuit inversée », la possibilité de se jeter par la fenêtre, les mots en italien pour évoquer le fond, une gravure de Dürer chez lui, trois chez moi, le "royaume" par l'extase, les ponts, très importants, tout ceci dans nos deux livres. (…)