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16.10.2007

REYES-HAENEL, 7 : Arbres dans le corps, loups, chiens

C’est dans La Chasse amoureuse que les arbres ont poussé dans mon corps et dans le corps de l’homme, c’est là qu’Haenel les a trouvés.
…cet arbre qui a poussé en moi… l’arbre de mes os…c’est difficile de marcher, avec cet arbre dans le ventre…Souviens-toi de m’aimer, bel arbre…Tu es l’arbre du monde et je suis pour toi l’arbre qui conduit jusqu’à toi… grands arbres qui m’aiment… des arbres dans nos chairs qui marchent nuit et jour…
…j’étais pleine de sève et je sentais, sans plus de conscience qu’un arbre, que j’allais en faire des feuilles

Haenel : Je ne serai plus un homme, ni une femme, mais l’un et l’autre éclaboussés dans un sang nouveau irrigué de sève : feuillage, écorce, bourgeon, fleur…
Moi : la graine de mon sexe déployée en arbre, racines entre mes cuisses, tronc dans mon trou, branches puissantes dans mon ventre, frondaisons dans ma poitrine où chantent des oiseaux, feuillage volubile au vent…
Haenel : des feuillages qui me bruissaient les jambes, puis le changement des saisons dans mes bras, une humidité de mousse entre les doigts, et mon corps tout entier lanciné en style d’ombre de lumière. Un arbre !

Des loups, j’en ai beaucoup, dans mes rêves (publiés dans Ma vie douce), dans mes livres, et spécialement dans Forêt profonde.
…les loups Désespoir, Haine et Ressentiment… les loups et les chiens face à face… la faim réelle, celle qui vous rend maigre et irrécupérable comme un loup… la gueule du loup… je suis une louve à loup…
…moi sa louve gémissante j’ai léché les paupières de mon homme

Haenel : le pelage gris envahit mes paupières
Moi : les loups… Je sais bien que c’est dans ma tête…
Haenel : les loups… Je les entends immobiles saliver dans ma tête
Moi : C’est là que les loups filent, sans un bruit entre les troncs blancs des bouleaux
Haenel : Les loups courent dans la neige ; on ne les distingue plus de l’écorce des bouleaux

J’ai publié chez Gallimard, il y a longtemps, un récit de mon enfance intitulé Le chien qui voulait me manger. On trouve un peu partout dans mon œuvre des chiens méchants qui mordent. Dans Forêt profonde, un berger allemand qui mord un enfant dans le dos, un chien méchant qui chie sur le tapis d’une maison bourgeoise où la narratrice est femme de ménage, un husky avec son maître, lors d’une scène un peu inquiétante dans un parc à Genève, le chien d’un clochard cruel, une gueule de chien prise dans la glace, le chien de la famille crevé de faim au bout de sa chaîne, les mamelles de chienne de la mort couchée sur la ville, le chasseur Actéon dévoré par ses chiens, Dieu-le chien (Artaud), le chien qui s’accroche au dos de la narratrice, les dogues Libido et Volupté, chiens de la maîtresse de maison Signore, dans les rues d’une ville en guerre des chiens qui mordillent les cadavres, des têtes de chiens mises dans le ventre des victimes…
Par deux fois, en deux scènes importantes, le narrateur de Haenel se fait mordre, par « un de ces chiens-loups » puis par « un chien immense et noir ».

J’avalais de la neige boueuse, dit-il une autre fois.
Il m’est de plus en plus difficile de répéter ses phrases. Après l’avoir fait, j’ai envie de faire ce que j’ai écrit dans Forêt profonde, après une scène de bordel et de mort : J’ai pris une poignée de neige vierge, je l’ai mise dans ma bouche pour la laver.

ce n'est pas fini...