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28.11.2007

Les chutes de la lune sauvage vous saluent

Ce matin au réveil, sentant agréablement la courbe de ma colonne vertébrale, je pensais aux chutes du Niagara, que j’ai visitées un jour en compagnie d’un tas d’écrivains américains, canadiens, australiens, invités comme moi au salon du livre de Toronto. Je crois qu’Assia Djebar et moi étions les deux seuls auteurs venus de France, j’avais les oreilles farcies d’anglais aux multiples accents, ce qui me permettait de me déconnecter encore plus rapidement car comme dans toute réunion de ce genre ça piaillait copieusement, ce qui a le don de me faire taire, voilà au moins une bonne chose. C’est pourquoi sur la photo que l’on m’offrit en partant, je regarde l’objectif par en-dessous avec ma mine renfrognée d’autiste pressée de se retourner vers les chutes splendides qui explosent dans mon dos. Je suis enveloppée dans un des grands ponchos en sac poubelle bleue qu’on nous avait distribués pour approcher ce monstre de la nature et qui épouse mes courbes généreuses de femme enceinte – mon troisième fils avait cinq mois de vie dans mon ventre, je lui avais fait prendre l’avion depuis Paris, un an plus tard j’ai fait naviguer mon quatrième fils, qui n’était encore qu’une petite graine d’homme, pendant une heure en parapente entre les montagnes. Histoire de leur offrir à chacun un baptême de l’air précoce – c’est bien, de savoir se laisser porter.
Le soir, devant une salle pleine de centaines de personnes qui avaient payé leur place, une dizaine de dollars il me semble, nous faisions des lectures. Tous ces auteurs ont la culture de l’entertainment, ils ne pouvaient pas monter sur scène sans se livrer à un petit numéro d’humour pour amuser le public, je me souviens d’avoir été frappée par l’aisance avec laquelle Joyce Carol Oates, que je n’imaginais pas spécialement boute en train, accomplissait son sketche. Je n’avais rien préparé de tel mais j’étais de très bonne humeur, je suis toujours heureuse sur scène, j’ai fait mon bout de lecture en français puis j’ai laissé une comédienne lire en anglais un épisode de Derrière la porte (qui doit reparaître en mars prochain, je le signale au passage pour ceux qui me demandent où le trouver), assise à côté d’elle et riant beaucoup avec la salle, à chaque passage dont elle mettait bien en valeur la drôlerie.
Tout ça me donne envie de bouger. Hier j’ai passé quinze heures assise à établir le très long tableau comparatif des emprunts de Yannick Haenel à Alina Reyes, j’ai l’impression de faire un travail d’universitaire, pas complètement dénué d’intérêt mais enfin vivement le retour à la pure écriture et aux promenades sous le ciel. J’adore mes lapsus d’écriture et de lecture, dans mon alerte quotidienne google sur les oiseaux, au lieu de « Mise en liberté de sept rapaces à Ustaritz -  Hegalaldia, le centre de protection de la faune sauvage accueille des oiseaux blessés dans des accidents routiers ou de chasse. Aujourd'hui sept rapaces ... » j’ai lu : « la lune sauvage ».