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29.11.2007
Des déshérités, des abbés et d’une langue de feu
Hier soir je suis sortie, j’ai marché joyeuse dehors dans le froid, je suis sortie de ce tombereau, de ce tombeau de mots – je les ai comptés, ce sont aussi 70 motifs extirpés de mon œuvre que je dois continuer à déterrer proprement de cette chose insane, ce roman qui vu de bien près, derrière sa joliesse apparente, est un véritable chaos de n’importe quoi jusqu’en chacune de ses phrases, un dépotoir de phrases qui ne tiennent pas debout. Dans Forêt profonde, la narratrice se demande si l’humanité n’est pas devenue une décharge publique métaphysique, eh bien j’ai l’impression d’avoir été mise en pièces comme Dionysos Zagreus et d’être en train d’aller récupérer mes 70 morceaux de chair dans un monceau d’être en décomposition où on les a disséminés.
Hier soir je suis sortie, je me suis fait belle et je suis sortie, j’ai retrouvé des amis, on s’est serrés sur le cœur et mon cœur était chaud, j’ai beaucoup ri et c’était bon. Hier soir nous avons cherché un nom pour une nouvelle société de production et nous l’avons trouvé, hier soir nous étions entre hommes vivants, hier soir nous étions le rêve et l’action amoureusement enlacés.
Et ce matin je pense que les bandes de racailles que j’ai vues à plusieurs reprises semer la peur dans les rues ne font pourtant pas autant de mal que les bandes de racailles intellectuelles qui réduisent l’esprit en charpie et par leur système mafieux exposent leur sac à poussière à la Une en le faisant passer pour un coffre à trésor, ce matin je pense que celui qui, le visage masqué par sa capuche et le groupe de ses complices autour de lui, m’a craché un jour dans les cheveux, a moins insulté l’humanité que celui qui en cachette a trituré mon âme pour poursuivre son commerce avec la mort avant d’exposer ses ordures bien emballées et de tâcher de les faire bouffer aux humains en leur arrachant des cris de contentement, agissant ainsi en parfaite complicité, intelligence et synchronie avec le système d’oppression contemporain.
C’est un même néant qui habite les jeunes néo-Français déculturés, inemployés et haineux, et la vieille France désélitée, l’esprit bourgeois qui a trouvé le moyen de perdurer en allant s’encanailler à gauche. De la même façon que ceux-là brûlent des voitures par adoration de la société de consommation et tirent sur la police par désir de dictature, ceux-ci brûlent en paroles la société de consommation, eux qui ont toujours consommé, par désir de préservation et de conservation de leur position dominante. Des déshérités acharnés à piller, voilà ce qu’ils sont, les uns et les autres. Des vandales, dont il faut sans relâche révéler l’absurde et mortifère mécanique, la révéler à leurs propres yeux.
Hier soir je suis sortie, je me suis fait belle et je suis sortie, j’ai retrouvé des amis, on s’est serrés sur le cœur et mon cœur était chaud, j’ai beaucoup ri et c’était bon. Hier soir nous avons cherché un nom pour une nouvelle société de production et nous l’avons trouvé, hier soir nous étions entre hommes vivants, hier soir nous étions le rêve et l’action amoureusement enlacés.
Et ce matin je pense que les bandes de racailles que j’ai vues à plusieurs reprises semer la peur dans les rues ne font pourtant pas autant de mal que les bandes de racailles intellectuelles qui réduisent l’esprit en charpie et par leur système mafieux exposent leur sac à poussière à la Une en le faisant passer pour un coffre à trésor, ce matin je pense que celui qui, le visage masqué par sa capuche et le groupe de ses complices autour de lui, m’a craché un jour dans les cheveux, a moins insulté l’humanité que celui qui en cachette a trituré mon âme pour poursuivre son commerce avec la mort avant d’exposer ses ordures bien emballées et de tâcher de les faire bouffer aux humains en leur arrachant des cris de contentement, agissant ainsi en parfaite complicité, intelligence et synchronie avec le système d’oppression contemporain.
C’est un même néant qui habite les jeunes néo-Français déculturés, inemployés et haineux, et la vieille France désélitée, l’esprit bourgeois qui a trouvé le moyen de perdurer en allant s’encanailler à gauche. De la même façon que ceux-là brûlent des voitures par adoration de la société de consommation et tirent sur la police par désir de dictature, ceux-ci brûlent en paroles la société de consommation, eux qui ont toujours consommé, par désir de préservation et de conservation de leur position dominante. Des déshérités acharnés à piller, voilà ce qu’ils sont, les uns et les autres. Des vandales, dont il faut sans relâche révéler l’absurde et mortifère mécanique, la révéler à leurs propres yeux.
Ce matin j’ai reçu une très très bonne nouvelle, et même deux. La première est pour l’instant un secret, disons juste qu’à ce propos un éditeur évoque ma « langue de feu » (et pas pour parler d’un roman érotique). La deuxième est que les frères bénédictins de Belloc m’invitent à faire une conférence dans leur abbaye, au pays basque.
« C’est un tourbillon qui ramène la vie du néant et de la mort, sa langue est un jeu de marées insatiables, puissantes, bienheureuses », dit KA, commentant ma nouvelle « Notre femme », dans le Magazine des livres. Que la langue vive et ramène à la vie, que demander de plus ?
13:30 Publié dans Dans le Temps, journal | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Littérature







