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07.12.2007

Pechblende

Il arrive que vous entriez dans un certain territoire où vous manipulez l’écriture comme Marie Curie les blocs de pechblende.
Je suis morte, je l’ai annoncé le 15 mai dernier, un peu après mon retour de Compostelle et Finisterre, chez Juan Asensio. Ce n’était pas une plaisanterie, une imagination. C’était la vérité. Je l’avais reçue, aussi évidente qu’un faire-part écrit noir sur blanc. Je n’en ai jamais douté, j’en suis toujours aussi sûre.
Tout à l’heure j’ai dormi vingt minutes. Cette phrase m’a réveillée : « Je crus parfaitement à tout ce qui m’arriva après ma mort ». Une phrase de début de livre, qui sera peut-être. Le fait est que je suis revenue de la mort, mais qui est ce « je » revenu ?  Le même qu’avant ? Non. Je vais au photomaton, je regarde mon visage, je ne le reconnais pas vraiment. Bien sûr la lumière de l’appareil aplatit et gomme, mais quand même. Je n’avais pas la même tête, avant. Je dois me prendre en photo pour le voir. Je n’ai fait aucun soin particulier, je n’ai rien fait pour changer, j’ai changé, c’est tout. Si je me regarde dans la glace, je ne vois pas le changement, c’est pareil pour mon corps, j’ai dû changer mes soutiens-gorge pourtant je vois mes seins toujours pareils, à les regarder je ne comprends pas pourquoi ils ne rentrent plus dans ma lingerie d’avant. Malgré cela évidemment je fais toujours la même taille, j’ai à peu près toujours la même morphologie, je suis toujours pareille quand même. Eh bien c’est la même chose pour mon âme. Je suis la même, mais changée beaucoup plus radicalement qu’on n’évolue normalement au cours du temps. Je constate que je n’ai plus la même attitude devant la vie, je me sens complètement guidée. En même temps je suis comme en enfance, je me suis mise à prendre des cours de piano, je veux prendre des cours dans d’autres matières, j’ai besoin d’apprendre. Je ne sais pas où je vais mais j’y vais en toute confiance, c’est-à-dire le futur n’a pratiquement plus de sens pour moi, il est compris dans le présent.
Au printemps dernier, dix jours après ma mort, je suis partie passer les cinq jours autour de la Pentecôte au carmel d’Avranches. C’était la première fois que je faisais une telle chose, je n’ai reçu aucune éducation religieuse. Là-bas, le lundi de Pentecôte, il m'est arrivé quelque chose d'absolument extraordinaire. Je ne peux pas le dire comme ça, j’essaie de développer dans un roman-poème ce qui m’a été révélé au cours de cette aventure. Ensuite, au mois de juillet, je suis allée sur l’île de Pythagore, sur l’île de saint Jean, et à Éphèse. À chacun de ces trois endroits j’ai eu une révélation. J’ai appelé ces trois endroits « le triangle d’or ». À l’intérieur de ce triangle, Éphèse est aussi un triangle, dont les trois sommets sont : le site antique (lui-même triangulaire dans le temps, dédié à la Grande Déesse, puis visité par Paul, puis accueillant l’église du concile dont subsistent les ruines, où s’est manifesté à moi, via mon fils dont le nom signifie Dionysos, une mue entière et intacte de serpent, que j’ai toujours) ; à quelques kilomètres de là, la maison très émouvante et paisible, que les musulmans vénèrent, où Marie est dite avoir fini sa vie ; à quelques kilomètres encore, les ruines majestueuses, impressionnantes, de l’église saint Jean, où il a son tombeau. J’ai les oreilles qui résonnent, à évoquer tout cela.
C’est au carmel d’Avranches que j’ai été accueillie dans l’Au-delà, et c’est dans ce triangle d’or que j’ai été remodelée en vue de mon retour à la vie. Tant pis pour ceux qui prendront tout cela pour folie, je le dis parce que je le dois, je n’ai pas fini de dire, tout l’inconnu qui est dans la langue, que je connais mais que je ne peux communiquer qu’en employant plusieurs méthodes, dont celle-ci, ici.