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12.12.2007

Traverser

À deux heures cette nuit, j’avais ces trois livres réunis sur ma table, comme trois tentations mortelles, trois miroirs où se perdre, se noyer, se briser. L’amour sexuel de la mort d’Un rêve de glace ; le meurtre comme vie sexuelle d’Un enfant de Dieu ; la distance à soi des Contes de la nuit. Respectivement signés Hubert Haddad ; Cormac Mc Carthy ; Peter Hoeg.
J’avais ces livres, ces trois nerfs qui se touchant voulaient m’ouvrir une connaissance précisée. Il me fallait écrire pour la trouver, mais je ne les ai pas touchés, de peur qu’ils ne contaminent mes rêves. Demain, au jour, ai-je pensé. Par peur qu’il ne me faille écrire comme on creuse, par peur de ne rien trouver dans le trou, par peur de n’y trouver d’autre trésor que la vision de ma tombe. Pourquoi veux-tu parler de ces livres, pensais-je. Pour exorcisme, soit. Et quoi ? Le monde se taisait, muet face à ma nuit. J’ai éteint la lumière, je suis partie me baigner dans ces mots qui me remplissent d’or : « Qui es aux Cieux. Que ton Nom soit sanctifié. Que ton règne vienne, sur la terre comme au ciel. Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire. Pour les siècles des siècles. » Je me suis endormie, comme je m’endors chaque nuit, tard mais bienheureuse, d’un sommeil de bébé.
Ce matin je sais que la sauvagerie de ces trois textes m’a portée saine et sauve dans ma traversée nocturne, qu’ils ont constitué l’ardente armature d’une barque compassionnelle d’où ils sont montés dans le jour, clair triangle que j’entends résonner et dont j’essaierai, dans quelques heures, de rendre l’écho.