07.01.2008

Audubon, Uccello, la grâce

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Ils parlent la langue des oiseaux. Impossible de rendre ici la beauté époustouflante des planches d’Audubon reproduites dans ce Grand Livre des Oiseaux, qui doit pouvoir se consulter dans quelques bibliothèques. La pureté des lignes, le modelé des courbes, la douceur implacable des couleurs, le soigné des détails, feuillages, plumes, eaux, ciels, les flèches des becs comme des lances chez Uccello. Ces deux-là se laissent traverser par les signes et les retracent au poil comme à la plume, leur peinture a la sauvagerie raffinée d’une écriture primitive.
« Il se nommait vraiment Paolo di Dono : mais les Florentins l’appelèrent Uccelli, ou Paul les Oiseaux, à cause du grand nombre d’oiseaux figurés et de bêtes peintes qui remplissaient sa maison... L’Oiseau devint vieux, et personne ne comprenait plus ses tableaux. On n’y voyait qu’une confusion de courbes »… « Tout est tournant, tout est vibratile, et que vaut l’œil dépouillé de ses cils. Lave, lave les cils, Uccello, lave les lignes... », écrivirent Schwob, puis Artaud.
 
« Ce fut une remarquable combinaison de la nature que d’accorder aux mêmes animaux le vol et le chant, car, ainsi, ceux qui ont à divertir les autres créatures avec la voix se rencontrent d’ordinaire dans les lieux élevés, d’où celle-ci peut se répandre plus largement à l’entour et toucher un plus grand nombre d’auditeurs ; et d’autre part, l’élément destiné au son, l’air, se trouve peuplé de créatures chantantes et musiciennes. C’est vraiment un grand réconfort et un grand plaisir que procure, autant, me semble-t-il, aux animaux qu’à nous-mêmes, le chant des oiseaux. Je crois que cela tient moins à la douceur des sons, à leur variété ou à leur harmonie, qu’à cette idée de joie qu’exprime naturellement le chant, en particulier celui-là, lequel est une sorte de rire que l’oiseau émet lorsqu’il est plongé dans le bien-être et le contentement », disait quant à lui l’animal Leopardi (cité dans La jeune fille et la Vierge)de61ef82671d835c8ac7c40f3071fe61.jpg
47c3696b36f117aaf95f0d4b2a1355d1.jpgLe bestiaire du Christ était une écriture, comme l’était déjà celui de l’homme des cavernes, dont les courbes emmêlées traçaient en même temps que des dos et des fentes stylisés (et sexués, selon la lecture judicieuse de Leroi-Gourhan) des séries de signes, mains, tirets et points restés encore indéchiffrés. L’Éternel nous écrit, je L’aime.
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09:46 Publié dans ARt de lire | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Littérature