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05.02.2008
Je suis la foi

Je dis : je suis la foi.
Je ne fais pas de ce mot un complément d’objet. La foi est un attribut du sujet que je suis.
Je dis : je connais Dieu, et je l’aime, d’un amour infini.
Je ne dis pas « je crois en Dieu », car je n’ai nul besoin de croire. Ce à quoi il faut croire n’existe pas, ai-je écrit un jour. Dieu n’est pas une fable pour enfants. Saint Paul réclamait des chrétiens adultes, mais trop souvent les croyants et les athées se comportent comme des enfants face au Père Noël. Ils « y » croient ou bien n’ « y » croient plus, comme s’il s’agissait seulement de se tenir soit dans le mystère et l’émerveillement, soit dans la lucidité et la désillusion.
Si la foi est un complément d’objet, si « j’ai » la foi, alors, comme tout ce que j’ai, je peux la perdre. Avoir la foi, c’est être dans le doute. Etre la foi, c’est posséder en soi une certitude indestructible. J’ai longtemps cherché à atteindre le noyau de l’être. Et bien sûr il était en moi, il est en chacun de nous. C’est pourquoi chacun de nous peut dire « je ». Je vis et j’écris sous la dictée de Dieu, voilà ce qu’est « être la foi ». La foi est ce noyau de l’être en lequel nous sommes unis à Dieu.
Les nouveau-nés, les innocents, les arbres, les animaux sauvages, les fleuves, tous les éléments de la nature, toute la nature réunie… toute la Création est, sont la foi. Tel est l’état originel, l’état paradisiaque que nous avons perdu en perdant notre confiance, c’est-à-dire notre foi, en la parole de Dieu. En choisissant d’écouter en nous les susurrements mensongers du serpent. L’état que nous perdons chaque fois que nous nous laissons séduire par le mensonge. Le mensonge, matière compacte du monde, s’accumule autour du noyau de l’être jusqu’à nous le faire perdre de vue. La foi du charbonnier, c’est cette lumière toujours allumée en l’innocent, malgré le noir qui l’enveloppe – malgré la nuit, dirait Jean de la Croix.
J’étais la foi, je ne le savais pas et je ne m’en souciais pas, étant la foi. Je traversais de grandes joies et de grandes souffrances, comme tout être humain, mais en restant indemne et libre. Puis j’ai connu ce que trop souvent l’homme moderne est appelé à connaître : la transformation, par autrui, de son être en objet. Cette transformation, c’est le mensonge qui l’opère. Pire qu’un arrêt de mort, c’est une dévastation, un cauchemar épouvantable, le règne de l’enfer. Elle peut prendre différentes formes dans l’Histoire collective, de l’exploitation au génocide. Mais chacun sait qu’elle peut aussi se produire de différentes façons dans son histoire personnelle et privée.
C’est là, dans l’accomplissement du nihilisme, que la question de la foi devient d’une urgence impérieuse. Seul le noyau de l’être peut survivre à la dévastation. Si vous avez été symboliquement poignardé ou déchiqueté, seule la foi, lieu où vous êtes uni à Dieu, peut vous permettre, après votre mort symbolique, de vous reconstruire et de revenir à la vie. Etre la foi, c’est se donner à chaque instant la chance de retrouver l’accord avec la vie. Etre la foi, c’est être en vie.
Je ne fais pas de ce mot un complément d’objet. La foi est un attribut du sujet que je suis.
Je dis : je connais Dieu, et je l’aime, d’un amour infini.
Je ne dis pas « je crois en Dieu », car je n’ai nul besoin de croire. Ce à quoi il faut croire n’existe pas, ai-je écrit un jour. Dieu n’est pas une fable pour enfants. Saint Paul réclamait des chrétiens adultes, mais trop souvent les croyants et les athées se comportent comme des enfants face au Père Noël. Ils « y » croient ou bien n’ « y » croient plus, comme s’il s’agissait seulement de se tenir soit dans le mystère et l’émerveillement, soit dans la lucidité et la désillusion.
Si la foi est un complément d’objet, si « j’ai » la foi, alors, comme tout ce que j’ai, je peux la perdre. Avoir la foi, c’est être dans le doute. Etre la foi, c’est posséder en soi une certitude indestructible. J’ai longtemps cherché à atteindre le noyau de l’être. Et bien sûr il était en moi, il est en chacun de nous. C’est pourquoi chacun de nous peut dire « je ». Je vis et j’écris sous la dictée de Dieu, voilà ce qu’est « être la foi ». La foi est ce noyau de l’être en lequel nous sommes unis à Dieu.
Les nouveau-nés, les innocents, les arbres, les animaux sauvages, les fleuves, tous les éléments de la nature, toute la nature réunie… toute la Création est, sont la foi. Tel est l’état originel, l’état paradisiaque que nous avons perdu en perdant notre confiance, c’est-à-dire notre foi, en la parole de Dieu. En choisissant d’écouter en nous les susurrements mensongers du serpent. L’état que nous perdons chaque fois que nous nous laissons séduire par le mensonge. Le mensonge, matière compacte du monde, s’accumule autour du noyau de l’être jusqu’à nous le faire perdre de vue. La foi du charbonnier, c’est cette lumière toujours allumée en l’innocent, malgré le noir qui l’enveloppe – malgré la nuit, dirait Jean de la Croix.
J’étais la foi, je ne le savais pas et je ne m’en souciais pas, étant la foi. Je traversais de grandes joies et de grandes souffrances, comme tout être humain, mais en restant indemne et libre. Puis j’ai connu ce que trop souvent l’homme moderne est appelé à connaître : la transformation, par autrui, de son être en objet. Cette transformation, c’est le mensonge qui l’opère. Pire qu’un arrêt de mort, c’est une dévastation, un cauchemar épouvantable, le règne de l’enfer. Elle peut prendre différentes formes dans l’Histoire collective, de l’exploitation au génocide. Mais chacun sait qu’elle peut aussi se produire de différentes façons dans son histoire personnelle et privée.
C’est là, dans l’accomplissement du nihilisme, que la question de la foi devient d’une urgence impérieuse. Seul le noyau de l’être peut survivre à la dévastation. Si vous avez été symboliquement poignardé ou déchiqueté, seule la foi, lieu où vous êtes uni à Dieu, peut vous permettre, après votre mort symbolique, de vous reconstruire et de revenir à la vie. Etre la foi, c’est se donner à chaque instant la chance de retrouver l’accord avec la vie. Etre la foi, c’est être en vie.
Chronique parue dans La vie du 31 janvier au 6 février 2008
22:20 Publié dans Articles | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Littérature







