« Septième sens, septième ciel | Page d'accueil | Comment j’écris »
20.02.2008
Ailée
Un jour j’ai rencontré le poète Jean-Dominique Rey dans la rue, alors que j’étais avec mes deux derniers enfants dans leur poussette. Il était sidéré de me voir en mère de famille visiblement heureuse. « Sarane (Alexandrian) me l’avait dit, me dit-il. Il m’a même dit : et elle les aime beaucoup ! » J’ai éclaté de rire. Mais c’est encore ainsi pour beaucoup de monde : être à la fois une mère aimante et un auteur de « littérature érotique » semble un paradoxe étonnant. Plus étonnant encore de pouvoir écrire à la fois l’éros et l’esprit. Ils ne peuvent voir que l’un ou l’autre.
À « la tente des livres », à Lourdes, un visiteur qui se voulait bienveillant m’a dit : « Vous êtes une miraculée, vous ! » « Mais je n’étais pas malade ! », lui ai-je répondu. Car ces personnes associent érotisme et péché, pour ne pas dire prostitution. J’étais morte et je suis donc en vérité miraculée, mais pas comme on le croit. J’étais morte non pas à cause de ma sensualité, qui n’a jamais été dégradante mais au contraire enseignante, j’étais morte à cause du regard porté sur moi par certaines de ces personnes secrètement convaincues que la chair, c’est le diable – et que j’étais « la donna da uccidere », comme dit le titre italien de mon roman Lilith.
Être en état de foi, cela veut dire : chaque jour à la maison être la joie et l’assurance, pour tous ceux qui vous entourent. Pour cela il faut être pleinement en vie, dans toutes les dimensions de la vie que l’on a choisi d’investir. Cela s’appelle la liberté. La plupart n’osent pas la prendre. Ou s’ils la prennent, ils sont si convaincus d’être en faute qu’ils tombent en effet dans le mal, la vivent dans le mal, celui qu’ils se font ou font à autrui. Cela s’appelle la fausse liberté, et alors mieux vaut en effet ne pas la prendre et demeurer prudemment dans les limites que l’on ne sait pas franchir sans chuter. La liberté demande des dons d’équilibriste, elle demande même de savoir voler de ses propres ailes au-dessus des gouffres. Je suis devenue chrétienne parce que j’ai lu saint Paul, parce que j’ai lu les Évangiles, parce que je crois que cette religion est celle de la liberté, de la vérité entière qui libère soi et les autres, et je la vivrai ainsi.
13:01 Publié dans Dans le Temps, journal | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Littérature







