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22.02.2008
Le rêveur est un prophète
Je reviens de la place de la République. C’était une belle fête, très gaie, musique, danse et discours, les avec- et sans-logis réunis (j’y reviendrai bientôt sans doute avec un petit film). Et Augustin Legrand est très charismatique, très beau par sa belle gueule mais surtout par ce qui passe par ses yeux, son visage, cette force venue de loin, un homme à soulever les montagnes, à l’évidence guidé par le ciel.
Je suis très admirative de tous ceux qui agissent, ceux qui créent une force d’action comme lui, mais aussi ceux qui participent, entrent dans l’action, tous ces bénévoles de toutes les associations qui étaient là, solides très visiblement dans leur mission. Il se trouve toujours des assis pour critiquer, la critique, contrairement à l’action ou à la production, est tellement aisée. Mais j’ai vu ce soir des gens heureux, des gens qui sont à la rue comme des gens de la rue, j’ai entendu des orateurs citer Victor Hugo (« la misère est une maladie du corps social… ce but sublime, l’abolition de la misère… vous n’avez rien fait tant que vous n’avez pas tout fait… ») et les auditeurs applaudir, citer l’abbé Pierre (« je préfère que les hommes vivent dans l’illégalité plutôt qu’ils meurent dans la légalité ») et l’assemblée exulter. J’ai vu un clochard céleste apostropher Augustin dans toutes les langues, la figure déformée par les drogues et la vie dehors mais très grand seigneur, saluant en grec, japonais, arabe… J’ai vu beaucoup de gens, des jeunes surtout, et chaque fois que je vois des gens, dans le métro aussi, je les trouve merveilleux, je les regarde et ça me rend heureuse, il faut voir les gens en-dehors du travail, dans les moments creux, pour qu’apparaisse combien chacun est merveilleux.
J’ai fait tant et tant de rêves. J’ai rêvé de Rimbaud me désignant le ciel, d’Homère me donnant sa tête à manger, j’ai rêvé que j’étais une grande baleine blanche… J’ai vu aussi sans dormir des choses que l’on ne voit qu’avec les yeux de l’esprit, il n'y a pas longtemps c’était le Christ en gloire vêtu de pourpre et tenant une lance d’or. Tous ces gens qui agissent sont habités par cela, même s’ils ne l’ont pas vu.
Je parle de mes rêves pour les faire agir. (Et voici la suite d’une petite vidéo sur le rêve dans l’islam : « Le rêveur doit-il parler de son rêve ? »)
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02:07 Publié dans Dans le Temps, journal | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Littérature







