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04.03.2008

Obéir au Rêve

28-2-08 Hier première étape en Bretagne, un café au hasard sur la route, « Au cheval blanc » ; ils avaient un bel oiseau, un jeune perroquet, j’ai passé tout le temps à parler avec lui ; quand je suis partie, il a crié pour protester. Ce matin au mont Saint-Michel, à la librairie Siloé, de la Maison du Pèlerin, tenue par un sœur de Jérusalem, mon livre bien en évidence, debout. Ainsi donc je me trouve au lieu de l’archange, et peut-être est-il avec moi. En l’an 807, Aubert, évêque d’Avranches, vit en rêve saint Michel, qui lui demanda de lui construire une église sur ce rocher en mer. Un rêve a fait ce tour de force, en ce temps où l’esprit soufflait parmi les hommes. J’aime Dieu plus que tout, l’Unique, le vrai, le seul, je veux qu’Il revienne. J’aime les terres, comme ici en Bretagne, où les hommes le connaissent encore.

Du 28 au 29, dans la nuit. Notre chambre est sur la plage. La marée coule sur ma peau, c’est bon d’entendre la mer rouler ses vagues après l’amour. Stella maris, berce les hommes que j’aime, nous avons besoin les uns des autres.
Si vous n’êtes pas stupide, le sexe innerve et réveille l’esprit. Que ma chair exulte, et magnificat anima mea Dominum.

29-2-08. En chemin vers la forêt de Brocéliande, la route est devenue plus étroite et déserte, avant de s’arrêter net. Nous avons fait marche arrière, trouvé sur la droite un embranchement qui nous a menés à un carrefour de quatre chemins tout aussi perdus et désertiques, quatre incertains rubans de goudron défraichi et maculé de terre, dépourvus d’indication. Soudain de l’un d’eux, nulle part au milieu des champs, est apparue une belle femme élégante dans un long manteau cintré gris, soyeux, brillant. J’ai ouvert ma fenêtre. Elle avait mon âge et elle était très jolie, avec son air de grande douceur et de délicatesse, les yeux couleur de mer, les cheveux blond-roux coiffés en une très longue tresse passée sur le côté jusqu’à hauteur de hanche. Elle nous a indiqué très précisément le chemin pour Brocéliande, j’avais déjà compris que c’était une fée.

2-3-08. Deux jours à arpenter la forêt. Val sans retour, miroir des fées, perthuis du Néant, hotie de Morgane, trône de Merlin, fontaine d’Yvain (que j’ai aussi fréquentée, jadis, dans un texte très inspiré du Chevalier au lion), étangs, rivières, eaux et eaux, arbres et arbres, rochers, cailloux et terres rouges de fer, landes, landes et cieux. J’y ai pissé de nombreuses fois, j’adore faire ça dans la nature, et la première fois, là, accroupie sur les feuilles mortes, j’ai été soudain transformée en elfe-fée tout mignon. C’est pourquoi le lendemain un homme m’a dit : « Je vous ai vue hier midi, je vous ai vue hier soir, je vous ai vue ce matin, je vous revois maintenant, et vous êtes toujours très mignonne ». Les fées sont des faits, les combats des gestes, le Christ un événement, rien de tout cela ne se confond ni ne s’annule, Chrétien de Troyes et les croyants ardents de son temps le savaient bien.

Là-bas nous avons logé dans un hôtel restaurant qui est un relais de chasse, dîné sous le regard d’un très grand cerf dont le cou et la tête empaillés jaillissaient du mur, parmi d’autres cerfs, biches, chevreuils, sanglier, canards, blaireau, fouine, brochet géant… Le dimanche matin au café, toute une grande famille a débarqué, sûrement celle du comte qui habite dans le château proche, ai-je pensé. Des hommes entre douze et soixante-douze ans, d’une folle allure dans leurs bottes d’équitation, leurs vestes à carreaux écossais ou bien de velours côtelé, leurs gilets pourpres bordés de passements dorés, leurs lavallières blanches ou cravates munies d’épingles d’or, leurs casquettes anglaises. Dernière chasse à courre de la saison. Dehors, 4x4 et chevaux. Ah, ai-je pensé, j’étais faite pour vivre dans ce milieu ; si je reviens sur terre, que ce soit dans une famille de vieille noblesse ! (Mais il faudra que j’aille enquêter avec mon cousin Laurent, peut-être ai-je effectivement du sang bleu et ce n’est pas du tout insignifiant, l’esprit passe dans le sang). Forêt profonde… Dans ce monde que l’on veut réduire à l’état d’immense boutique, je préfère être issue de pauvres hères, près de la terre, que de boutiquiers ; l’Histoire et la bourgeoisie m’ont tuée, mais je revis…

Ensuite la pointe du Raz. Longues balades tout autour de la côte grandiose et sauvage. Nuits très semées de réveils fantastiques, à écouter le vent, la mer, écrire, prier... Poèmes.
Ce matin rêvé que je creusais dans un trou de sable, jusqu’à libérer l’eau claire pour mes fils. Près de Brocéliande, sur une route de campagne, une croix, et cette inscription : « Aime Dieu et va ton chemin ».

3-3-08
Si j’étais née dans une famille de croyants, au lieu de connaître la joie par les amants et les enfants, je serais peut-être devenue religieuse. J’ai fait mon apprentissage autrement, pour parvenir à servir au mieux de mes possibilités.
Cette nuit comme les dernières nuits, rêves dans lesquels tour à tour des moines, un prêtre ou des statues venaient me délivrer un enseignement. Aujourd’hui sur les routes, à la rencontre des lieux de mégalithes, mercredi retour à Paris.