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06.03.2008

Parler

 

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J’écoute ma voisine jouer du piano, elle joue bien, même quand elle répète un morceau j’aime l’entendre, avec les erreurs, tout, c’est comme si j’étais moi-même le piano.
La nuit dernière avant de m’endormir je commence à lire Jérémie et je vois qu’il est comme moi, * lui parle à travers tout, je l’ai dit déjà beaucoup depuis longtemps mais je le redis, Tout nous parle et aime que nous lui répondions.

Voilà ce que le Seigneur me déclara. Puis il avança la main, toucha ma bouche et me dit :
« C’est toi qui prononceras mes paroles.
Tu vois, aujourd’hui je te charge d’une mission,
qui concerne les nations et les royaumes :
tu auras à déraciner et à renverser,
à détruire et à démolir,
mais aussi à reconstruire et à replanter. »
Alors je reçus cette parole du Seigneur :
« Qu’aperçois-tu, Jérémie ? » - « Une branche d’amandier, l’arbre vigilant », répondis-je. « Bien vu, me dit le Seigneur ; je serai vigilant, en effet, pour réaliser ce que j’annoncerai. »
Une seconde fois je reçus une parole du Seigneur : « Et maintenant, qu’aperçois-tu ? » - « Un chaudron bouillonnant, répondis-je ; il est incliné depuis le nord. »
Alors le Seigneur m’expliqua (…)

Je vois aussi que le roi d’alors s’appelait Joakin ou Konia, que Konya est la ville de Rûmî, que le 18 est le chiffre des soufis et aussi celui de mon fils Joachim, qui l’affirme régulièrement depuis qu’il sait parler. Mais cela n’est rien bien sûr, la Langue de * est en vérité infiniment complexe, précise, délicate, même si nous sommes devenus tellement illettrés en ce domaine que souvent nous n’avons même pas une petite idée de son existence.
Ces derniers jours j’ai relu Isaïe, que j’avais déjà mis en exergue d’un roman, il y a quelques années, et dont certains passages sont depuis restés soulignés au crayon à papier dans ma petite Bible, fait rarissime car je n’aime pas du tout écrire sur les livres mais ce prophète me galvanisait déjà.

Je l’ai dit l’autre jour à Frédéric Boyer, en déjeunant avec lui, je dois essayer d’écrire pour le peuple. Je l’ai décidé l’année dernière à la Pentecôte, au carmel d’Avranches, alors que je venais de « recevoir » les deux premiers poèmes de ma série (j’en suis à 68, je devrai m’arrêter à 70 et je suis triste à l’idée de devoir arrêter bientôt car rien n’est meilleur que de les écrire à mesure que je les reçois, mais je me concentrerai alors sur mon roman-poème, de la même façon j’espère). J’ai décidé d’aller voir Bernard Fixot, que je connais, et je l’ai fait. En septembre je lui ai donné à lire mes premières dizaines de poèmes, il les a beaucoup aimés, sans accepter pourtant de les publier (nous n’avons pas pour autant renoncé à nous retrouver un jour sur un autre projet). Or il ne leur faut pas une édition à 300 exemplaires. Un autre éditeur qui pourrait leur donner une bonne audience les a et les adore, lui non plus ne publie pas de poésie mais il étudie quand même la question. Ces poèmes d’amour sont une arme de guerre, je ne peux pas me contenter de « faire de la poésie » ou de « faire de la littérature ». 
Le mépris des « élites » pour le peuple en France est terrible. Je sais comme tout auteur que la plupart des lecteurs ne perçoivent pas tout ce qui se trouve dans mes livres, mais je sais aussi que leur degré de perception ne dépend pas de leur culture. Des gens très cultivés et « intelligents » manquent souvent complètement une parole, parce qu’ils sont justement trop dominés par leur intellect. Je dis que j’ai compris Nerval, Rimbaud ou Artaud dans mon adolescence bien plus profondément que beaucoup d’intellectuels. Parce que même si je ne comprenais pas tout, je comprenais quand même, j’absorbais la substance, de tout mon instinct. C’est ainsi que certains lecteurs sont plus profonds que d’autres, et si Jésus parlait en paraboles c’est parce qu’il savait que la parole entre dans l’être de cette façon, même quand elle semble demeurer énigmatique ou quand elle cache sa complexité. La parole est un pain, véritablement.

Demain matin à neuf heures je serai l’une des invités de Frédéric Mounier sur RCF, puis à dix heures l’invitée unique de Madeleine Caboche sur RSR. Le 18 mars (ou 19, je ne sais plus), je passerai une heure avec Louis Daufresne sur Radio Notre-Dame, le matin. Le 18, je participerai aussi à un débat au Salon du livre (mais je n’irai pas signer mes livres). Le 23, je serai au festival de Chartres.
« Un portrait de Bernadette qui sonne juste dans sa pureté, mais aussi dans sa crudité parfois oubliée » : une petite note sur mon livre dans Le Point, et, à propos de parler au peuple, ceci sur le succès de mes livres à l’étranger (même si les centaines de milliers d’Allemands qui ont lu mon Sept nuits ne l’ont pas analysé, le sens de ce petit roman les a touchés, plus que la grande muette critique française, qui ne voit rien si on ne joue pas le jeu du littérateur de chez littérateur).