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14.03.2008
Jean de ma Croix
La Croix est ce qui tient le chrétien debout. Elle structure l’être et le monde, les ordonne et les ouvre, les maintient ouverts aux dimensions humaines, tout en donnant des directions à l’infini.
Je la sens dans mon corps. Solidement plantée, harmonieusement développée. La croix extérieure du Christ souffrant a préparé la croix intérieure du Christ en gloire, qui peut maintenant se tenir debout, bras écartés, appelants et contenants, dans le cercle d’or du Royaume.
La Croix est un arbre déployé dans ma chair. Ses racines amoureuses enlacent la terre à chacun de mes pas. Grâce à elles, je ne perdrai pas pied, même dans la tempête.
Son tronc a poussé dans mon corps. Il est l’axe du monde descendu en moi, et qui monte. Oh, comme il me rend solide, puissante ! Les mouvements de la sève me lient au cycle des saisons, au temps de l’Eternel.
J’ai ses branches dans mes bras, sa frondaison dans mes poumons. Elles me rendent accueillantes, le vent bruisse dans mes feuilles au rythme continu de mes respirations. Je reçois les oiseaux, nuit et jour ils chantent dans ma tête et font silence de leurs chants. O mon Dieu, mon Amour, c’est toi qui exultes en moi ! Mon Christ, c’est toi qui passes par ma gorge et me donnes une voix.
La misère avait cloué les hommes sur la croix comme autrefois on clouait les chouettes au front des granges. Corps et âme ils demeuraient cloués, sans le savoir, au triste ciel de leur forfaiture. Maudissant leur destin, attendant Dieu pour lui faire endurer leur souffrance.
Il est venu, et c’en fut dit. Ils lui firent endosser l’arbre de la mort dont ils s’étaient repus. Jésus marche parmi nous, chargé du poids de nos trahisons. Pourquoi veut-on m’interdire de t’aider, Seigneur ? Toi seul le sais, de ton supplice et ta révélation, l’une dans l’autre se déploie. En te rejoignant, en allégeant ce poids mort sur tes épaules, nous rendons sang à notre cœur de bois. Qu’il s’ouvre à la croix spirituelle, que l’arbre sacrifié en nous reprenne vie, qu’il s’élance gracieux tel une rose des vents où contempler notre désir d’orient !
J’ai fait l’épreuve, Dieu, d’être désorientée. Je l’ai voulu, mais je ne le savais pas. Je te voulais en moi, toujours plus. Par où te faire entrer encore ? Aucune déchirure ne me satisfaisait. C’était me perdre qu’il fallait. M’égarer, folle, me perdre tout à fait, qu’il ne reste rien de moi, que la place soit libre entièrement pour toi. Comment atteindre l’aube sans traverser la nuit ? Qui étais-tu, que je cherchais ? C’était pour te connaître que je me suis risquée hors des chemins que les hommes ont tracés.
Il faisait si sombre, et je suis tant tombée. Il faisait si profond. J’errais dans la forêt sauvage, bête blessée, phrase dévidée dans son vide. Autour de ton arbre je me suis enroulée, mon Epoux, toutes flammes, sans brûler. O notre ardeur. Fusion. Enseignement. Tu m’as inculqué les points cardinaux, la science de ton sang qui torsade en nos veines. Orientée de nouveau, à chaque instant je t’aime et je vois à l’est le jour se lever. Croix et chair, l’une en l’autre vivantes. Et à réinventer.
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