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26.03.2008
Ce que je fus
J’ai vécu en vagabonde du désert, comme dit William Blake, le sable était l’extase et les arbres me ramenaient l’extase. Dès l’enfance j’ai lu, affamée d’âmes, j’ai sucé, bu les poètes à même leur corps, leur verbe, je les ai absorbés par larges goulées de sang. Entre eux et moi c’était de l’amour, de l’amour vibrant et insatiable. J’ai écrit, pour me manger moi-même. Je suis devenue ma propre nourriture, je n’en finissais pas d’y revenir, me déguster encore, me bouffer parfois avec frénésie, aller, mendiante, aspirer la moëlle au plus profond de mes os. J’ai livré ma rage et mon plaisir en pâture à qui me voulait lire, j’ai dit à mon lecteur « tiens, c’est pour toi », je lui ai dit « prends, prends-moi, sers-toi, je t’en prie fais comme chez toi, je t’en prie, oui ». J’étais la vie surabondante et je n’appelais pas les hyènes, mais dans mes terres retournées, mes frondaisons échevelées, mes mers poissonneuses, les oiseaux.
15:30 Publié dans Dans le Temps, journal | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature







