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03.04.2008

Derrière la porte

422908921.gifà l'occasion de sa ré-édition...

Etrange comme tous les critiques oublient de parler des personnages nommés "Ombre de l'Amour Perdu" et "Ombre de Moi-Même", qui hantent les mêmes couloirs que les deux "héros".

En tout cas, quatorze ans ont passé depuis que j'écrivis ce livre, un hiver, seule dans ma grange, en quelques semaines, devant la cheminée. Il ne faisait pas plus de dix à douze degrés à l'intérieur, dehors je passais chaque jour une demi-heure à creuser une tranchée dans la neige pour pouvoir sortir de chez moi... c'est mon sang qui chauffait !

Quatorze ans ont passé, et aujourd'hui je ne cherche plus ni l'une ni l'autre de ces "Ombres", j'ai bien trouvé l'Amour, celui qu'on ne perd pas, et je lui ai donné "Moi-Même", à jamais.

 

Regards croisés derrière la porte : hybridité dans la nouvelle érotique d’Alina Reyes
 
Joëlle PAPILLON, Université de Toronto
 
Alors, si tu le veux bien, jouons. Car le seul guide pour se perdre en ce royaume, c’est le jeu,
avec ses plaisirs et ses risques. À l’entrée de la caverne tu choisiras un fil, puis, d’aventure en
aventure, d’autres encore, qui te conduiront à travers le dédale selon les lois incertaines de
ton désir et du hasard. À toi d’entrer dans le labyrinthe, d’y choisir les portes que tu voudras
ouvrir, afin de tracer toi-même ton chemin, ton livre, ton destin. (Reyes1, héros et héroïne :
1-2)
 
C’est avec cette invite, proposée au lecteur et à la lectrice, que s’ouvre le curieux Derrière la
porte d’Alina Reyes, paru en 1994 chez Robert Laffont, un livre hybride et difficilement classable dans un
genre fixe. Reyes, déjà reconnue pour son premier roman de 1988, le troublant Le Boucher, emprunte ici
une forme développée par la littérature populaire pour adolescents, soit l’aventure dont on est le héros,
dans laquelle chaque épisode ouvre à diverses possibilités de suite (présentées sous la forme de « portes
» à choisir puis à ouvrir) déterminées par le lecteur ou la lectrice. Ces épisodes utilisent le terme «
aventure » pleinement, puisqu’ils consistent à la fois en le récit de péripéties sur le chemin de la quête du
héros et de l’héroïne, et aussi en le récit de rencontres sexuelles. En récupérant et en pervertissant cette
forme des aventures dont on est le héros, Reyes crée un choc entre enfance et érotisme, liant deux
termes qui forment un tabou très fort, et qui se résume bien dans le mot-valise « ludibrique » proposé par
Jean Alter2. Reyes confronte également fantasmes masculins et fantasmes féminins par la scission du livre
en deux parties autonomes : une aventure dont on est le héros (hétérosexuel), et une aventure dont on
est l’héroïne (bisexuelle). 

la suite : JPapillonReyes.pdf