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03.04.2008

Deux rois

Reprenant la lecture de L’entrée de Jésus à Jérusalem, étude de l‘évangile de Matthieu par Jacques Nieuviarts, qui me passionne littéralement, me revient avec insistance l’Œdipe Roi  de Sophocle. Le fait d’entrer dans une ville pour y apporter une parole qui (re)définit l’homme et sauve (réponse au Sphinx), puis une vérité qui sauve (révélation de soi en être chargé du mal pour toute la communauté), aboutissant à la perte du royaume d’ici-bas, entrée dans la nuit/mort (yeux crevés) qui est aussi entrée dans la lumière (de la vérité) et accomplissement d’une parole antérieure (l’oracle de Delphes/les prophètes de l’Ancien Testament)… dans la tragédie suivante départ sur les routes accompagné de ses filles-sœurs, qui me rappelle aussi les femmes autour du tombeau du Christ, avant et après…  Et ces très spéciales histoires de famille autour de la naissance de Jésus comme de celles d’Œdipe…

Bien entendu je n’essaie pas de faire la moindre assimilation entre les deux histoires et leur sens respectif ; du reste l’une est mythe, fiction théâtrale, l’autre non ; il me semble seulement que l’on peut s’interroger sur de tels échos dans l’articulation des faits. Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu – cela bien avant que saint Jean ne l’écrive, évidemment, bien avant que Sophocle n’écrivît sa pièce. Comment procède le Verbe pour parler l’homme ? Il procède, justement. Le Verbe en son Esprit, qui est Dieu, se dit à travers nous, notre chair, lorsqu’elle est inspirée, autant qu’à travers notre verbe, lorsqu’il est inspiré. Il y a quelque chose de fractal en même temps que d’évolutif dans son processus. Il est une évolution, il a un sens, il se dirige vers – contrairement à ce que croit toute la modernité aveugle, les yeux grand ouverts mais ignorant son mal profond, tel Œdipe vainqueur de la sphinge grâce à son intellect, et mis en plus grand échec encore par cette victoire absolument insuffisante. Mais l’Esprit continue son chemin.