« Derrière la porte | Page d'accueil | To love or not to love »
04.04.2008
Savane et attracteur harmonique
Nous sommes en pleine guerre de religions. La guerre de la religion athéiste contre toutes les spiritualités. Ou pour le dire autrement, du nihilisme contre la foi, l’adhésion à la ruche de sens de la vie. D’une vision de l’homme comme « passion inutile » (Sartre) ou « amibe malchanceuse » (Jean Rostand), misérable amas de matière instrumentalisable, affamable et tuable en série et en masse, tel qu’il le fut par des porcs nommés Hitler, Staline, Mao ou Pol Pot, en leur siècle si fier de s’être débarrassé de Dieu – de cette vision qui perdure et s’acharne, terrifiée à l’idée de se retourner sur soi, de cette vision qui enferme l’homme à double tour dans l’enclos du bétail humain, contre toutes celles qui lui ouvrent la porte étroite vers les chemins de l’Être.
Hier nous avons parlé pendant des heures, Anne Dambricourt et moi. Et ce n’est pas fini. Après le déjeuner, elle m’a emmenée dans son bureau. Je devrais dire, en son royaume. Une grande vieille pièce dans les hauteurs du très poétique Institut de Paléontologie Humaine, où travailla aussi Teilhard de Chardin, son maître. Et que dirige Henry de Lumley, qui la soutient - et que j’ai connu avant d’écrire Lilith. J’allais le voir à son bureau du Jardin des Plantes, puis lors de conférences où il m’invitait, et même à Tautavel, sur les fouilles de la Caune de l’Arago, où il découvrit des erectus de 450 000 ans, qui ne connaissaient pas encore le feu.
Dans son royaume donc, nous avons continué à parler, manipulant de vrais crânes de sapiens, de pré-sapiens, de grands singes et de tout petits singes, tandis qu’elle me faisait observer l’évolution des boîtes crâniennes et des mandibules, l’enroulement qui aboutit, d’une face plate et horizontale, à notre tête ronde et notre visage vertical. Cela non par une progression continue, mais par bonds dans le temps, selon une logique interne de développement au niveau de l’embryon. Ses découvertes (lire ici et ici), qui relativisent la théorie darwinienne, provoquent la fureur de la communauté scientiste - une grande partie des scientifiques mais aussi presque toute la presse, unis comme une seule masse de bêtise et d’aveuglement dans leur panique unique-pensance. S’accrochant à leurs branches et poussant des cris tels des singes effarouchés dès que se trouve remise en question la ridicule théorie du chimpanzé devenu homme par nécessité de se redresser pour voir au-dessus des herbes de la savane.
Cette scientifique de haut niveau, visionnaire, a été l’objet de cabales, d’attaques mensongères, de calomnies (insinuant qu’elle était financée par les créationnistes américains alors qu’elle démontre avec force et logique son opposition au créationnisme), et doit continuer à se battre chaque jour contre les obstacles incessants qui sont opposés à la diffusion de son travail et de son enseignement, contre la censure, contre la volonté qui fut émise par des instances officielles de ne lui permettre de continuer ses recherches que sous la surveillance d’un tuteur. Telle est la démocratie athéiste dans laquelle nous vivons, cadenassés.
Car l’hypothèse de ce qu’Anne appelle un « attracteur harmonique » dans l’évolution, remettant en cause l’idée que nous ne serions que le résultat d’une somme de hasards, est tout simplement inacceptable pour le vieil homme moderne, convaincu de sa parfaite inutilité et tenant absolument à ce que ses enfants, ou ceux des autres, ne puissent pas se connaître plus doués de sens et de beauté qu’il ne le fut et le reste.
Images : zèbres et gnous encore quadrupèdes ; impalas en train d’acquérir la station bipède
10:38 Publié dans Dans le Temps, journal | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature








