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05.04.2008

Aujourd’hui

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de l’homme qui fut mon mari. Je l’aime toujours, tous ceux que j’ai aimés je les aime toujours. Lui et moi nous nous sommes connus à dix-sept ans, dans un vieux grand et beau café donnant sur la plage, là-bas à la Fin des Terres, nous pouvions rester des heures assis derrière les baies vitrées sans consommer, les patrons étaient gentils et nous parlions de poésie. Ensuite je suis partie en voyage, j’ai quitté le lycée avant l’heure, nous nous sommes retrouvés l’année suivante, nous avons un peu erré, sommes revenus au bord de l’océan à regarder passer le temps, avons eu deux enfants, nous sommes mariés, sommes partis en ville, sommes allés à l’aventure chacun de notre côté, avons divorcé. Sans dispute, en refusant que l’avocat inscrive sur un papier comment nous devions nous arranger pour la suite, puisque nous étions entièrement confiants l’un envers l’autre, ainsi qu’il devrait toujours être.
Demain c’est l’anniversaire de notre fils aîné.

L’autre jour j’ai parlé du péché avec un prêtre, je lui ai dit que je n’aimais pas ce mot, à cause de l’épaisse couche de délectation morose dont on l’a enrobé, signifiant et signifié. Il m’a répondu que l’erreur était d’objectiver le péché, alors qu’il se trouve (ou non) dans la relation. Oui, c’est parfaitement cela, nous le savons même si nous ne voulons pas le voir : au moment d’accomplir tel acte, sommes-nous en train de trahir Dieu, ou non ? De trahir l’amour, la vérité, ou non ? Sommes-nous dans une disposition d’esprit où nous voulons jouir de notre trahison, ou non ?
Ceux qui croient que l’érotisme consiste dans le plaisir malsain de la transgression, voient-ils leur misère ? Cela revient à croire que les plaisirs de la table consistent à manger en cachette des aliments moisis.

Finalement nous n’irons pas habiter dans ce bel appartement donnant sur l’église. Je l’ai visité, je suis revenue cinquante fois à l’agence apporter toujours de nouvelles paperasses, nos revenus étaient tout à fait suffisants, mais finalement l’agent immobilier m’a dit qu’il me fallait une caution bancaire, soit un an de loyers bloqués sur un compte pendant tout le temps de la location. « C’est toujours comme ça pour les artistes et les étrangers », a-t-il dit tranquillement. Bien, nous continuerons à camper ici ; après tout, je préfère.

J’ai toujours avec moi L’entrée de Jésus à Jérusalem mais je n’avance presque pas dans la lecture, je prends le temps de la vivre, et ce temps prend tout mon temps.