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06.04.2008
Histoire, toujours
En ce début d’avril l’année dernière, en route pour Saint-Jacques de Compostelle, je visitais la réplique de la grotte d’Altamira, et apprenais à souffler la peinture comme eux, en la faisant monter à travers un petit os creux.
Extraits de mon cahier du moment :
« Me restait à aller au bout de cette rue Saint-Jacques ».*
« Je disparais de cet univers, apparais dans le Réel du Haut Regard ».
Et quelques jours après, au retour, ayant reçu comme par faire-part l’annonce de ma mort :
« Parce qu’aucun être humain ne me répond ».
Quelques jours après encore, je partais pour le carmel d’Avranches, où je fus enlevée au ciel puis remise sur terre, instruite et missionnée.
* “Le Temps réfléchit à ce qu’il fait de moi”,
dis-je en un rêve où le Temps se présentait sous la forme d’une paille carrée, à l’intérieur de laquelle montait la Substance : sa réflexion, et moi-même.
Corps de veille éteint pour mon travail, un songe ou une vision viennent, m’éclairent et me font écrire, couchée dans le lit bleu de mon bureau,
rue Saint-Jacques, ce conduit rectiligne et pentu, le long duquel montent les siècles : première rue de Paris, piste gauloise puis voie romaine, avant de mener les pèlerins sur les chemins de Compostelle (champ des étoiles ?), et d’être encore aujourd’hui l’une des principales (et des plus polluées) voies de communication de la capitale.
J’habite là, sur le chemin de mon pèlerinage,
marchant à l’intérieur de mon être du nord au sud de cette artère,
solidaire des millions d’hommes qui, au cours du temps, peinèrent à contre-courant,
nombreux et solitaires, radicalement et nouvellement seuls dans leur déracinement consenti et la quête de leur propre étrangeté,
hommes de passage défrichant pas à pas l’épaisse frontière de l’espace et détricotant à même leur corps le temps social.
Couchée sur le ventre nue dans mon lit chaque nuit je continue à avancer, le désir au sang, immobile à l’écoute de la rue,
où j’entends passer les cohortes anxieuses et apaisées de ceux qui comme moi tentèrent l’aventure, mus par une volonté de renaissance, mus par la volonté de sentir au-delà du sensible, et de vivre, vivre vraiment,
alors que l’humanité depuis des millénaires succombe à la force d’attraction de l’immobilisme, de la mort, de la fixation, déplace des montagnes pour s’emmurer, morte ou vive, construit des villes pour neutraliser la nature, circonscrire la vie, le mouvement,
et que tel un virus contrarié mais puissant la vie en redouble d’ardeur, investit les créations humaines comme celle de Dieu...
(La Chasse amoureuse, avril 2004)
dessin : l'homme-oiseau d'Altamira
14:37 Publié dans Dans le Temps, journal | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature







