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07.04.2008
grand désert blanc silencieux
Hier soir et aujourd’hui c’était le temps des mots doux. J’en ai reçu par la voix, par l’écrit, et par la pensée. Je suis allée avec mon fils Syd, treize ans, rue Saint-Jacques, où nous avions rendez-vous et où nous habitions avant. Il faisait beau, en chemin je m’arrêtais pour contempler les fleurs multicolores et fraiches dans les massifs, les nuages blancs et gris joufflus, enfin tout, tout était ravissant, et Syd sifflait et s’agitait comme un être en mutation qu’il est, et se moquait de moi et riait. Comme nous avions marché vite nous avons profité de notre avance pour aller contempler le Val de Grâce.
Au retour, catastrophe, gris et froid, pluie et neige. Lui ça lui plaisait, n’a pas voulu prendre le bus, on a refait le chemin à pied jusqu’à Saint-Marcel, en se trempant et en riant encore. En chemin j’ai pris du lait au Franprix, à la caisse il y avait une bonne musique, il s’est mis à danser sur place et à rire parce que je ne dansais pas à cause du type devant dans la queue qui n’arrêtait pas de me regarder, lui avec ses deux bouteilles d’alcool, moi avec mes deux packs de lait.
Ce soir à table il m’a dit je te préviens au Franprix dans les allées tout le monde regardait ton cul. Comme j’étais en jeans, j’ai dit mince, il faut que je maigrisse. Non c’est pas ça, a dit son frère, il y a longtemps que c’est toujours comme ça. J’ai rougi.
Je pense souvent à ma vie si je devenais moniale (imaginons que ce soit possible). J’ai décidé qu’entre les temps de prière je ne resterais pas tout le temps dans ma cellule à écrire. J’écrirais, bien sûr, mais je ferais aussi une activité manuelle. Pour aider concrètement la communauté, et parce que ce n’est pas bien de rester uniquement dans l’étude. Par exemple dans ma vie d’aujourd’hui j’ai à m’occuper de deux enfants de treize et douze ans, les réveiller le matin, leur préparer leur petit déjeuner, leur préparer un déjeuner à midi aussi car c’est mieux que la cantine et même si je fais un truc rapide ça prend quand même du temps, et écouter leurs histoires de collège, puis l’après-midi les allées et venues, les copains etc, le soir encore un repas à préparer, les courses, les lessives, et puis d’autres choses par-ci par-là comme cet après-midi la visite chez l’orthodontiste, enfin ce n’est pas rien, et tant mieux. Quand O est là il me relaie beaucoup, mais quand il est là, il est là, donc c’est encore une autre occupation pour moi. Donc je suis quand même bien requise par les occupations concrètes. Quand je pars toute seule à la montagne (cette année je n’ai pas pu le faire) j’ai aussi à m’occuper, l’hiver, de déblayer la neige, transporter les bûches pour faire le feu, descendre la poubelle à pied au village et revenir avec les courses dans le sac à dos, c’est excellent pour ne pas s’égarer dans le grand désert blanc silencieux.
Je sais tellement de choses sur Dieu. Sur la liberté, le mal, l’histoire et au-delà. Je fais un peu l’idiote pour me reposer et ne pas les dire tout de suite car il faut que je trouve la bonne façon, la façon dont elles peuvent être reçues. J’ai recommencé à écrire le grand poème amorcé l’année dernière sur la route de Saint-Jacques de Compostelle, j’adore l’écrire.
23:03 Publié dans Dans le Temps, journal | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature






