08.04.2008
E la nave va
L’autre jour il m’a dit qu’il partirait bientôt en Afghanistan, pour accompagner une mission humanitaire. Je suis contente de le savoir en voyage, et d’entendre par lui des nouvelles des mondes. O, en ce moment même, remonte en pirogue un fleuve de Guyane, à la frontière du Surinam. Regarde sur l’atlas, m’a-t-il dit hier soir, et montre aux enfants ! Il m’a fait rire en me racontant que ses vêtements étaient inutilement enduits de répulsif, car s’il n’y a pas de moustiques en ce moment, l’odeur du produit marche sur les humains. Est-ce qu’il suffit à éloigner les femmes ? je lui ai demandé. Je les ai fait rire aussi, Pascal et lui, en m’exclamant à tout moment de la conversation : « attention aux serpents ! » ou « attention aux piranhas ! », des trucs de ce genre sur les bêtes. Il était une heure du matin ici, là-bas le soir tombait, j’entendais le chant de la forêt, toute criante.
Au bout de trois mois d'existenz, le blog de Jo dépasse maintenant les 1600 visiteurs par jour, et il reçoit des témoignages d’admiration de jeunes fans de mangas (« je voudrais être comme toi » « je voudrais pouvoir parler avec toi »). Tous ses copains à sa suite se sont mis à ouvrir des blogs, avec son aide, mais ils n’ont au plus que quelques dizaines de visiteurs par jour, il est une sorte de stalker de la génération douze ans ! Tout content, il a mis une photo de lui, bronzé devant le Parthénon, avec un sondage pour savoir si on le trouvait plutôt beau gosse, SUPER beau gosse ou mhh moyen (prudent, c’est la pire appréciation qu’il a proposée). Les votes avaient très bien commencé pour lui, mais comme il s’est fait aussi des ennemis sur un forum, ils sont venus lui plomber ses statistiques… Ce dont il se fiche royalement, toujours aussi dans la lune que son frère est dans le rire.
Hier j’ai reçu par la poste le numéro de la revue La Licorne où se trouvent des pages sur Poupée, anale nationale. Guillaume Bridet, l’étudiant qui les a écrites, et qui était venu me voir lors de mon passage éclair au Salon du Livre, me remercie dans un petit mot pour ma douceur. Je suppose qu’il a trouvé un contraste entre mon livre et moi. Son article, très intelligent, se termine sur ces mots : par sa langue qui n’est plus tout à fait la nôtre sans être non plus simple aboiement, elle nous avertit opportunément qu’elle reste notre semblable. Il reste beaucoup à faire à l’homme de Lascaux : dessiner, écrire et d’abord se prémunir contre la tentation de sa propre humanité prédatrice.
11:17 Publié dans Dans le Temps, journal | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature



