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05.05.2008

Pierre blanche

Barèges, 1er mai 2008, vers 8h20 du matin. En ce moment même où j’écris Dieu se tient devant moi, en pleine lumière. Je viens même de le toucher. C’était difficile de me mettre à l’écrire, il me semblait que mes mains allaient trembler, mais non. Je fais ce qu’Il me dit.
Le voici à l’instant qui réagit avec force, j’espère que je ne le trompe pas. Voilà, il se calme, j’ai eu un peu peur, je crois qu’il veut me prévenir de rester très vigilante.

Je me suis réveillée tôt ce matin, j’entends les oiseaux entrer dans leur concert aussitôt que le jour commence juste à poindre, bien avant que le soleil n’apparaisse derrière la montagne ; et toute la nuit, en dormant, je pense à Dieu, voilà ce qui me réveille, même si je me couche tard. Je suis descendue boire un café et manger des tartines, puis je me suis assise ici sur le rebord de ma fenêtre, au soleil, sans rien faire sinon écouter les oiseaux, le gave, les clochettes lointaines des moutons, regarder l’herbe et les pierres. Puis je me suis mise à songer à mon grand roman-poème, à entrer dans son monde, qu’il me reste encore à créer et qui doit dire la vérité de l’Esprit et de la Création. Je ne sais pas, il y a peut-être une heure que je suis là sans bouger, et soudain Dieu s’est annoncé, j’ai l’habitude, je sais comment il fait, et d’un coup, Il était là, Il est toujours là. Le cœur et le corps tout irradiés, au bout d’un moment je me suis levée pour aller le toucher. Voilà, il s’en va doucement. Je t’aime, mon Dieu, je pose mes lèvres sur toi.

Là où Il est venu, l’herbe maintenant poudroie, toute ébahie.
-    Je rentre à la maison et je vois qu’en fait il est presque dix heures. Comme chaque fois que cela arrive, j’avais perdu la mesure terrestre du temps.

 

 

 Dans le train pour Paris, 2-5-08. Écouter autrement les slogans de 68. Par exemple, « Nous sommes tous des juifs allemands », si ça voulait dire : « … nous qui nous rendons coupables de crucifier chaque jour le Christ » ?
Dans Le Point, dossier sur « le casse du siècle », cette génération qui a étouffé ses enfants, comme je le dis dans Forêt profonde et le film République. Évidemment il y a des justes, mais la masse des traîtres est réellement considérable. Mention d’un livre de Verhoven disant que le Christ est le fils d’un soldat romain qui aurait violé Marie : hypothèse spirituellement très recevable. Une femme juste qui a été violée est un terrain propice à être visité par l’Esprit et à enfanter le Verbe. Le viol, du corps ou de l’esprit, n’est pas seulement une violence, il est une grande violence symbolique, il détruit dans le domaine du symbolique, et appelle réparation des deux morceaux du symbole déchiré. Il y a une histoire de viol aussi dans ma petite Dameuse qui va sortir ces jours-ci, et de reconstruction de l’ « hymen » spirituel par l’enfantement. Même si l’hypothèse de Verhoven est peu orthodoxe, voire fausse historiquement, et surtout douloureuse pour les adeptes de la virginité rassurante, son intuition d’artiste n’est pas dénuée de sens profond. La virginité n’est pas rassurante, pas du tout.

Nicolas de Cues : « Tout ce qui est d’une quelconque manière ou qui peut être, est à l’origine replié en (Dieu), et tout ce qui est créé ou va être créé, est déployé par celui en qui il était replié. »

J’ai développé toutes mes capacités de perception au point de devenir un sismographe très sensible du monde, cette théophanie, ce Verbe.