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07.05.2008
La Dameuse
Baptiste roule un joint léger, il me raconte que là-bas, loin, on dit que l’esprit monte et descend par le centre de la yourte. Alors c’est moi l’esprit, je dis, et toi le tuyau du poêle. On s’embrasse encore, il me caresse les seins, je le touche là où ça recommence à durcir, dans l’ouverture en lotus de ses cuisses. J’ouvre sa braguette, je lui dégage bien tout et je le lui mets dans les mains, pour qu’il le fasse gonfler encore pendant que j’enlève mon pantalon et ma culotte. Je m’emboîte sur lui, toujours en tailleur, je commence à monter et descendre. Autour de nous sur les murs de feutre les lignes des dessins dansent. Je me sens brûlante à l’intérieur, avec mes hanches je fais des petits cercles pour bien remuer tout ça avec le tisonnier de Baptiste. Ça fait plein de gémissements qui passent par ma gorge, je suis trop heureuse, je dis à Baptiste que je l’aime, qu’il est beau, que je l’adore, je monte et je descends sur lui, je le regarde, il est beau, je lui mords un peu les dents et les lèvres en l’enfonçant et en le pressant bien en moi, ma tête se jette en arrière, tout mon corps se tend en arrière comme un arc, il glisse ses doigts dans l’espace libéré, sur mon clitoris, en même temps que le plaisir me prend et me fait bondir, quand il vient à son tour je suis en train de tressauter, je le sens partir loin, loin.
En retournant vers la maison je suis un peu soucieuse parce qu’on a oublié de mettre un préservatif, mais très vite je n’y pense plus, car soudain je vois un chevreuil. Ou bien j’ai senti son odeur d’abord, en tout cas c’est comme s’il venait de surgir du vide : je lève les yeux et il apparaît, fauve et vivant, ses grands yeux sur moi.
Je me suis arrêtée net moi aussi, on s’est dévisagés un moment, puis il est parti en sautant entre les troncs, où il a disparu. Je me suis mise à courir comme j’ai pu dans la neige, déjà que j’étais en retard !
En sortant de la forêt j’ai entendu l’hélico, celui des gendarmes de Gavarnie. Il s’est posé sur le plat, comme d’habitude, à côté de la maison. L’air tournoyait, les chiens aboyaient, j’ai regardé la grosse pale ralentir comme la lame dans le robot ménager quand on a fini de hacher. Là-haut, à l’arrière-plan, le pic du Midi dardait son antenne et ses coupoles blanches à craquer sous le soleil montant. En vérité, on aurait cru que tout était en or, le monde entier. Sans y penser j’ai levé la main pour faire aux gendarmes mon signe, le V, mais je me suis reprise et j’ai laissé tomber. Je fais ce que je veux quand je veux comme signe, y compris avec le majeur.
Il y avait déjà des clients au bar, je suis passée derrière le comptoir pour aider Nardone, mon père. J’ai vu par la fenêtre Baptiste rejoindre ses chiens et les atteler au traîneau, pour la première promenade de la journée. Guillaume et Titou, les pisteurs, prenaient un café avec Marto. Salut ! j’ai dit. Nardone faisait la gueule, il m’a demandé d’où je venais. Faire un tour, j’ai répondu bien net. Laisse-la donc, ta fille, a dit Titou, elle a dix-sept ans, elle est libre ! Lui et Guillaume ont ri, il a ajouté que j’avais toujours été une sauvageonne, qu’il fallait pas s’attendre à ce que je devienne une demoiselle bien élevée. Allez vous faire foutre, j’ai dit en leur envoyant un baiser.
Je les aime bien. Marto est resté muet, comme toujours quand il n’a pas encore bu. Je l’adore. Dans mon idée, c’est mon ange gardien. Drôle d’ange, taillé comme un ours, avec des paluches en forme de pelles à neige, et un gosier à bière plus raide qu’une piste noire. N’empêche. Lui et moi, on se comprend.
Les gendarmes sont entrés, je leur ai fait les cafés. Tout le monde s’est mis à parler des deux randonneurs à ski disparus la veille, à la Glère. Il n’y avait plus grand espoir de les retrouver vivants, mais les recherches continuaient. Les deux gendarmes s’en allaient rejoindre leurs collègues, qui avaient passé la nuit au refuge. La télé doit venir, ils ont dit.
Ça m’a fait un trou dans la poitrine et au ventre, je me suis éclipsée en cuisine. Jeannie, ma mère, était devant son éternelle marmite de garbure, en train d’éplucher des patates dans l’odeur du chou et du confit d’oie. J’ai pris la porte du fond, je suis montée dans ma chambre, j’ai ouvert la fenêtre.

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