07.05.2008
QUESTIONS Á MADAME ALINA REYES AU SUJET DE “LA JEUNE FILLE ET LA VIERGE”
1. TOUT D’ABORD, LA QUESTION D’USAGE: POURQUOI AVOIR ÉCRIT CE LIVRE?
J’ai écrit ce livre parce que j’ai une relation personnelle avec Lourdes. Depuis près de vingt ans je passe régulièrement par cette ville pour me rendre dans ma maison des Pyrénées, en altitude. Je ne pouvais faire autrement que de m’y intéresser, même alors que j’étais sans religion. Cependant je poursuivais une quête spirituelle qui m’a amenée à reconnaître Dieu très clairement. C’est ainsi que j’ai fini par comprendre l’aventure de Bernadette.
2. QUE SIGNIFIE CE LIVRE DANS VOTRE CARRIÉRE LITTÉRAIRE? UNE RUPTURE? UNE CONTINUITÉ?
Il y a toujours eu dans mon oeuvre une dimension spirituelle, quoique moins évidente. J’ai toujours cherché la lumière, mes romans se terminaient presque tous par une aube et une “résurrection” symbolique, mes articles reliaient toujours la sexualité à la politique et à l’amour. Il n’y a pas de rupture dans mon oeuvre, mais plutôt un bond dans son évolution. Désormais je parlerai très clairement de Dieu, toujours en poursuivant le même combat pour la vérité et la liberté.
3. VOUS PRÉTENDEZ VOUS ELOIGNER DE LA MIÈVRERIE QUI COLLE GÉNÉRALEMENT Á LOURDES. COMMENT FAIRE POUR “VENDRE” LOURDES A UN PUBLIC SCÉPTIQUE AUQUEL IL FAUT S’ADRESSER DE FAÇON “NON BIGOTE? Y PARVIENT-ON?
Je dis ma vérité, voilà tout. Comme je l’ai toujours fait. Certains lecteurs peuvent la recevoir, d’autres non. Je n’ai pas pour but de “vendre” Lourdes, j’offre ma parole à qui veut l’entendre.
4. POURQUOI CITER PLUSIEURS FOIS TOUT AU LONG DE L’OUVRAGE A KAFKA, RIMBAUD ET D’AUTRES ÉCRIVAINS DON’T ON PERÇOIT MAL LE LIEN AVEC LOURDES?
J’explique dans mon livre le lien entre Lourdes et les poètes. Bernadette est un génie poétique. C’est à elle que fut révélée cette phrase jamais prononcée auparavant : “Je suis l’Immaculée Conception”. Une phrase qui donne encore à penser. Lourdes, comme la poésie, est une affaire de “verbe”. De même qu’au début de la Genèse, la parole et la lumière y sont liées. La lumière, qu’au début Bernadette voit dans la ténèbre de la grotte, parle. Je montre comment la nature parle à l’enfant, comment Dieu nous parle par le monde. Tout ceci est une opération très poétique, et rien n’est plus normal puisque Dieu est le Verbe.
5. VOUS CRITIQUEZ ÉGALEMENT “UNE CERTAINE IMAGERIE PIEUSE QUI AIME A FAIRE PASSER BERNADETTE POUR UNE BORNÉE”. QUELLE EST LA BERNADETTE QUE VOUS REVENDIQUEZ? EN QUOI BERNADETTE PEUT-ELLE ÊTRE UN EXEMPLE POUR LA FEMME CHRÉTIENNE D’AUJOURD’HUI? (DEUX QUESTIONS IMPORTANTES POUR LE LECTEUR)
Bernadette est une jeune fille libre, comme l’étaient déjà en ce temps les femmes dans cette région des Pyrénées. Elle est intelligente, le commissaire de police qui l’a longtemps interrogée en a témoigné. Elle est aussi très solide, ne se laissant dévier par personne de sa vérité, tenant toujours son cap. Elle n’est pas intéressée, elle agit en pure gratuité. Et tout en étant courageuse et responsable, elle conserve son esprit d’enfance, qui lui permet de s’ouvrir à l’invisible et de dépasser le morne quotidien. Je l’admire pour toutes ces qualités. De plus elle nous renvoie à Marie, qui est un modèle pour les femmes, dans ses rapports avec son fils, avec son mari et avec Dieu. Marie obéit à l’Esprit Saint plutôt qu’à l’ordre social et au regard des autres (tomber enceinte avant le mariage, ne va-t-elle pas être mal vue, voire répudiée par son futur mari ¿). Marie a su établir une relation de confiance avec Joseph. Marie a su donner la vie à son enfant tout en acceptant qu’il soit un être libre, non dépendant d’elle. En tout ceci elle est un exemple pour les femmes, mais aussi une occasion pour les hommes de méditer sur leurs rapports avec les femmes.
6. POURRIEZ-VOUS NOUS RACONTER EN QUELQUES MOTS L’ITINÉRAIRE DE VOTRE CONVERSION?
Il ne s’agit pas vraiment d’une conversion. J’ai toujours été mystique, même quand je n’avais pas une claire conscience de Dieu. Il m’a fallu beaucoup de temps pour arriver à la pleine évidence de ma spiritualité. J’ai déjà raconté cela dans un précédent roman, “Forêt profonde”, paru quelques mois avant mon livre sur Lourdes, et j’y reviendrai de façon plus détaillée dans un prochain livre.
7. ASSUMEZ- VOUS LE MAGISTÉRE DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE DANS TOUTE SON INTÉGRALITÉ? OU- IL Y AURAIT-IL ENCORE DES RÉSERVES E VOTRE PART?
Comme toute institution, l’Église est parfois prise dans certaines lourdeurs qui entravent la libre circulation de l’esprit en son sein. Mais elle fournit un travail très précieux et je crois qu’il faut la soutenir et l’aider, notamment en nous montrant nous-mêmes exigeants quant à la qualité de notre foi, et dans notre désir de vérité et d’amour. L’Église, n’est-ce pas aussi nous tous et chacun de nous, les croyants catholiques ?
8. PAGE 47, VOUS VOUS MONTREZ SÉVÈRE VIS-A-VIS DE LA FAÇON MODERNE CONSIDÉRER LE CORPS- “UNE MÉCANIQUE A MAINTENIR EN ÉTAT DE MARCHE FORCÉE”- . PEUT-ON Y VOIR UN COSNTAT SÉVÈRE DES DÉGATS DU RELATIVISME?
Oui, et de toutes les philosophies qui ont voulu réduire l’homme à une absurdité. Quand les âmes sont menacées, les corps le sont aussi, et réciproquement. Je n’ai cessé depuis vingt ans de critiquer la vision moderne des corps, et leur exploitation par toutes les industries de la beauté, du sexe, de la consommation en tous genres. Sans transcendance, nous ne sommes plus à nos propres yeux que de la viande, des mécaniques reproductibles en laboratoire, des marionnettes du grand spectacle planétaire destinées à travailler et consommer, incapables de seulement pouvoir envisager une autre vie. Or une autre vie est possible. Si nous nous débarrassons du diktat des modèles imposés pour converser seul à seul avec l’Invisible, en quête de notre propre vérité, qui est l’universelle vérité de l’amour.
Envoyées hier, mes réponses à José María Ballester Esquivias, pour l'hedomadaire espagnol ALBA.
12:29 Publié dans Lourdes | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature, christianisme



