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08.05.2008

Connaissance

L’autre jour mon fils Sydney, dont le nom vient de Dionysos, et qui a treize ans, m’a dit : il faut que je lise Casanova, je sens que c’est un homme comme moi. Il a beaucoup de petites amies, les unes à la suite des autres, parfois j’en vois qui viennent à la maison, ou bien il me les montre quand il parle avec elles par msn, me parle d’elles. Le désir et le goût de l’amour ne le rendent pas malhonnête, il est honnête avec lui et avec elles. Il y a déjà très longtemps qu’il a compris tous les jeux de l’amour mais ça ne l’a pas du tout corrompu, il est une pure flamme. Comme il fait de la danse, hier soir je lui ai montré des photos de Nijinski (il y en a une sur le mur dans l’entrée depuis que nous habitons ici, mais je lui en ai montré d’autres sur internet, et parlé de ses sauts), et cette vidéo de la reconstitution de L’après-midi d’un faune tel qu’il avait été chorégraphié et dansé par lui.


Je viens de finir de relire ses Cahiers. Je vais en faire une note. J’ai pris au moins quatre grandes pages de notes en le lisant, rien que de ses phrases à lui. On ne peut pas faire la critique d’un tel texte, il faudrait juste tout recopier. Mais je vais faire l’amour avec son texte, voilà ce que je peux faire. Avant de devenir fou comme Nijinski, comme Nerval, comme Hölderlin, comme Artaud, comme Rimbaud, c’est-à-dire comme quelqu’un qui, à force d’errer, a atteint le sommet aigü de la Connaissance où l’on a juste la place de se tenir debout sur la tête comme un point d’exclamation, Nietzsche a compris où Dionysos rejoignait le Christ. Bien qu’il soit élevé sans catéchisme comme je l’ai été, mon fils Sydney, depuis tout petit, réclame d’allumer une bougie chaque fois que nous visitons une église, et je vois avant de l’avoir allumée qu’elle brûle dans ses yeux. Ensuite hier soir, j’ai passé beaucoup de temps à rechercher cette image de « revoir Nijinski danser », impossible de la retrouver par google, finalement je l’ai retrouvée ici même dans ce blog, dans l’une des notes de l’année dernière. Toute la nuit je dors dans les rayons de Dieu, sa coupe de rayons d’or.