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11.05.2008
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Quelque soit le point de ma vie où je suis, il me reste beaucoup plus de temps à vivre que je n’en ai vécu jusqu’à présent. Pourquoi ? Parce que la nuit est noire.
La nuit est noire parce que la lumière des corps célestes les plus anciens, donc les plus éloignés, ne nous parvient plus que sous forme très affaiblie, en micro-ondes invisibles. Ceci est la marque de la finitude du temps – et c’est un poète, Edgar Poe, qui l’a compris avant les scientifiques. Le passé, tout en demeurant (sous forme de micro-ondes), prend fin en se fondant dans la nuit. Grâce à quoi je peux contempler le ciel constellé, au lieu qu’un passé qui refuserait de laisser la place (entre les étoiles) envahirait l’espace d’une lumière et d’une chaleur telles qu’il serait invivable.
Même s’il ne me restait que quelques instants à vivre, mon avenir serait plus long que mon passé. L’avenir est la démultiplication du présent, ou si l’on veut, le présent est un poème de sable, un nombre transfini (comme π) en train de s’écrire. Du moins en est-il ainsi si je contemple le ciel, c’est-à-dire si j’habite le monde en conscience.
Certains rêves non freudiens ; les extases ; ce qu’on appelle les expériences de sortie de vie ; la fusion amoureuse ; la prière… certains états improprement nommés « de conscience altérée » donnent accès à la pure contemplation, qui est réalisation de l’essence dans son mariage avec l’esprit, et promesse d’une actualisation renouvelée de l’être par-delà sa finitude.
Le temps est infini, mais en avant. La finitude relative du passé est la marque qu’il y eut un début dont nous nous éloignons et qui est en même temps devant nous. À partir de la source, le temps jaillit et s’écoule, mais il ne se perd pas. Sur son parcours il irrigue l’espace, déploie un réseau fin, complexe, infini, grâce auquel la vie peut éclore et se développer ; tout en se dirigeant vers son but, l’accomplissement de la métamorphose qui opère sa résurrection.
La vie dans l’esprit est une promesse de résurrection pour l’homme aussi, corps et âme : à la façon dont l’eau jaillie de la roche, tout en se perdant par évaporation, fécondation des terres et fusion dans l’océan, ne se corrompt pas et reviendra du ciel tout entière pure et claire, essence et substance.
18:08 Publié dans Suite | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature, spiritualité







