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04.06.2008
Bonté
Avant de participer aux journées du jubilé des médias, j’ai passé deux heures, la veille, dans la librairie des Sanctuaires (d’où mon livre part comme des petits pains, tient à me prouver Bruno, le libraire, aussi gentil que tout le monde ici). J’ai rencontré des pèlerins venus d’un peu partout, à chacun je demandais s’il passait un bon temps, ici. Et chaque fois, le visage déjà serein s’illuminait de bonheur : « Oh oui ! » Une dame venue de Nouvelle Zélande me dit : « Quelle chance vous avez, en Europe, d’être près de ce lieu, de pouvoir y aller facilement ». Beaucoup de gens « simples » mais aussi des personnes cultivées, les uns comme les autres capables d’échanges profonds. Ceux qui étaient déjà venus racontaient que le bonheur trouvé ici durait ensuite pendant des semaines, des mois. À Lourdes, où se conjuguent la grâce de Marie, celle de la jeune fille qui témoigna d’elle et celle du site, le don d’amour répond à la souffrance et annule la mort. Pour moi, passer de l’infamie d’un certain milieu « littéraire » aux gestes et à la parole du cœur de ceux qui participent à la vie de ce lieu, est un apaisement sans limites. J’ai de nouveau une habitation parmi les hommes, et cette habitation s’appelle le Christ. Je veux maintenant toute ma vie remercier.
Les diverses tables rondes ont permis d’entendre des points de vue très variés sur l’événement de Lourdes et la mariologie – ce mot m’amuse, je ne peux m’empêcher d’y entendre « marioles » parce que j’ai l’oreille frondeuse, comme les gens du pays, mais en vérité c’est une bien belle étude que celle de Marie, même si je crus un moment que le protestant, le catholique, l’orthodoxe et l’anglican, à force de se disputer les mérites et les non-mérites de la Vierge, allaient régler la question en duel, comme dans La Voie lactée de Bunuel… Parmi les intervenants, le rabbin Michel Liebermann, la musulmane Mahbouba Ben Naser, docteur en philosophie et enseignante en théologie, Hamid Demmou, président de la confrérie soufie Alawiya, sont aussi venus déployer l’éventail de la parole sur Marie et les Écritures, un vrai festival d’intelligence et de beauté. « C’était si beau que j’ai eu envie de pleurer », m’a confié une jeune journaliste après l’intervention de Jacques Nieuviarts sur les signes et les gestes de Lourdes. J’étais invitée à parler aussi, j’ai évoqué la phrase de Miguel Torga « l’universel, c’est le local moins les murs » et le langage universel de la nature, par lequel Dieu a parlé ici à Bernadette et continue de s’adresser aux hommes de partout. Jacques Perrier, l’évêque, très présent, a notamment conduit notre troupe d’exactement 70 participants sur les lieux-clés de l’histoire, en parlant de Bernadette avec une fraîcheur et une proximité qui m’ont étonnée et ravie, car tout de même il y a loin entre cet homme savant et cette enfant ignorante – eh bien, non, tant la spiritualité peut donner d’humanité.
Une nuit, à 23 heures, dans la fraîcheur et la douceur de la grotte, il a co-célébré avec plusieurs prêtres présents une messe pleine de silences recueillis. Puis, sous les étoiles, nous sommes remontés à la cité Saint-Pierre où nous logions, coin de paradis bâti de structures d’accueil confortables et harmonieuses, dont la mission est de recevoir les plus modestes - par exemple les gens du voyage sont accueillis chaque été lors de leur pèlerinage dans ce merveilleux cadre vallonné, vert, parmi les chants d’oiseaux, les caquètements des canards sur les courbes herbeuses que parcourent aussi des lapins en liberté, et avec les sourires des bénévoles qui servent les repas, près de la reproduction de la bergerie de Bartrès (semblable à ma maison), aménagée en chapelle.
La bonté est un mot que l’on n’emploie pas beaucoup. Mais il existe.
Images du Panorama de ce mois (avec en vignettes des témoignages extraits du livre "Lourdes, paroles de pèlerins", de Christophe Henning, chez Bayard), Panorama où se trouve mon assez long article sur Bernadette, différent de ce que j'ai pu dire dans mon livre.
15:03 Publié dans Dans le Temps, journal, Lourdes | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature, christianisme










