11.06.2008

Papillons

Hier soir j’étais donc, pour La Dameuse et grâce à mon petit éditeur (Zulma) qui se démène pour défendre ses publications, à l’enregistrement de l’émission Esprits Libres, qui sera diffusée vendredi soir sur France 2. J’étais le seul écrivain sur le plateau auquel je participais, j’ai laissé les autres invités parler de leurs produits sans rien dire... la bouche pleine de taire. Il y avait une blondinette agréable à regarder mais dans cet étalage de vulgarité ordinaire – vulgarité des corps, des attitudes, de la parole, même sans un gros mot bien entendu – je dois dire que les moins indignes étaient les journalistes, Durand, Bourmeau et Tesson. Il paraît que c’est une émission culturelle voire littéraire, voici que les journalistes sont beaucoup plus fins et humains que leurs invités. Nous sommes en plein renversement du monde. J’ai jeté les trois livres reçus par coursiers successifs sans avoir pu lire plus de deux lignes de chacun. Après l’enregistrement on m’a proposé un verre, j’ai souvenir d’émissions où l’on vous offrait ensuite et même avant du champagne et des fleurs, et oui, j’aurais bien bu au moins un verre de vin mais, ce doit être la dernière mode, pas une goutte du moindre alcool, coca light, c’est ce qu’il y avait de mieux pour se remettre d’une heure de projecteurs dans la figure.

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Reçu ce matin une invitation à la remise du prix Georges Bernanos, qui sera attribué la semaine prochaine, et pour lequel La jeune fille et la Vierge est sélectionné, ainsi que les derniers ouvrages de Rémi Brague, Alice Decker, René Girard, Valentin Retz et Boualem Sansal. Discuté hier dans la journée avec plusieurs éditeurs. De plus en plus les financiers s’emparent de l’édition, ils n’y connaissent rien, veulent de la rentabilité. Que va devenir la littérature ? Se fera-t-elle aussi discrète, voire inexistante, que la poésie ? Je ne le crois pas un instant. La littérature trouvera ses voies, comme la poésie trouve ses voies hors des recueils de poésie, même si on ne s’en aperçoit pas. En fait, un verbe renouvelé, véritablement poétique, qu’il se réalise dans le roman ou dans toute autre forme littéraire, un tel verbe se fera entendre, ainsi qu’il en a toujours été. Je n’ai nulle envie de pleurer sur les systèmes qui disparaissent, sont menacés de disparaître, vont disparaître. Très bien, profitons-en pour inventer autre chose. Un jour où nous étions dans la dèche complète, O et moi, réduits à rendre notre appartement et à donner nos meubles à Emmaüs, nous avons pris notre vieille voiture et nous sommes partis avec les petits vivre dans le Sud marocain, ce fut l’une des plus belles périodes de notre vie. Nous revoici à Paris, logés beaucoup plus modestement qu’autrefois et même fort étroitement, mais tout aussi heureux, plus même, et la vie continue à s’inventer au jour le jour. Comme je l’ai dit hier aux deux femmes présentes sur le plateau (une de vingt-cinq ans, l’autre de cinquante-cinq mais la même, à part la différence de masse graisseuse à l’arrière-train) : plutôt que plombants « mari », « mecs », et « discussions entre copines », pensez donc « chasse aux papillons » !

Hier après-midi rue Gay-Lussac je suis passée lentement sous un arbre aux branches bien basses, me faire caresser le visage par les feuillages ; rue Claude Bernard un motard m’a appelée « ma puce »... aujourd’hui comme hier je me suis promenée et il m’est arrivé ainsi mille petites merveilles, mille autres à la maison avec mes proches qui m’amusent et me ravissent chaque jour… C’est pourtant simple !

(Paolo Uccello, Résurrection