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15.06.2008
Du sexe et de l’amour
L’autre jour la journaliste de Libé m’a demandé, pour son article « Sexe contre amour » à paraître cet été, si je préférais le sexe ou l’amour. L’amour ! ai-je répondu avec force et sans la moindre hésitation.
Je lui avais bien dit, d’abord, que je ne dissociais pas l’un de l’autre, et que je n’ai jamais fait l’amour ou baisé sans avoir au moins du respect pour mon partenaire, sans pouvoir repenser à lui, fut-il d’un soir, avec tendresse. Mais ce n’est pas de l’amour, ça, m’a-t-elle rétorqué. Eh bien si, et grandement. Le respect et la tendresse, c’est la compassion, l’agapè, la charité. Je ne dissocie pas mon corps de mon esprit, c’est pourquoi je suis pleinement humaine dans l’amour.
Il a fallu que je lui explique cela assez longtemps, elle ne semblait pas vraiment comprendre. Son discours à elle, c’était que dans un couple le désir disparaît au bout de quelques années et vous oblige à aller chercher des satisfactions sexuelles ailleurs. Je l’ai écoutée avec beaucoup de compassion, justement. Et puis, faire l’amour sans amour, c’est selon elle meilleur, car alors on n’a pas peur de paraître « sale ».
Je dois dire que je suis sidérée quand j’entends ce genre de choses de la part de personnes qui n’ont plus ni vingt ni trente ans. Comment tant de gens avancent-ils dans la vie sans rien en apprendre ? Certes l’amour peut être inhibant sur un plan sexuel lors des premières rencontres. L’amour rend à la fois timide et audacieux, c’est sa grâce car c’est justement cette instabilité qui oblige à inventer et permet finalement de sortir des sentiers battus.
Certes aussi le désir peut s’épuiser avec le temps, encore qu’il ne soit pas facile de déterminer si le désir s’épuise parce que l’amour s’use, ou l’inverse. C’est pourquoi, quand le couple devient alliance mensongère, on peut le quitter. J’ai entendu l’autre jour dans cette émission de télé où j’étais (fort triste), j'ai entendu l’auteur de La cinquantaine bien tapée (dans quel mépris de soi et de l’être humain faut-il se trouver pour publier un titre aussi vulgaire !) dire avec une sorte de délectation soumise que beaucoup de vieux couples sont liés par une douce haine. Évidemment, mais est-ce une raison pour se conformer à cette horreur ?
Je fuis ce genre de discussions entre copines (je n’ai d’ailleurs pas de copines) mais j’ai fini par lui dire, à ma journaliste, que mon compagnon et moi, qui vivons ensemble depuis dix-huit ans, avons toujours eu une vie sexuelle intense, ardente, tout à fait déshinibée, merveilleuse. Et qu’une fois passé le temps de la passion et de ses jalousies, demeure entre nous une entente profonde, dépourvue de tout mouvement haineux car ne s’accompagnant d’aucune frustration sexuelle. (Et je sais que beaucoup d’autres réalisent ce genre d’entente aimante, même si on ne fait passer que les discours nihilistes).
Il en fut de même avec les hommes dont je partageai précédemment la vie. Ce qui ne m’empêcha pas d’être parfois infidèle, parce que j’ai toujours aimé l’amour – les lecteurs de mon Carnet de Rrose le savent. Je suis fidèle parce que mon amour est toujours « pour la vie ». Un homme que j’ai aimé, ne serait-ce qu’un soir, je le garde à jamais dans mon cœur avec tendresse et respect. Simplement, je ne confonds pas l’amour et le couple.
Ce que toute ma vie j’ai cherché et chercherai, c’est l’amour. Qui vaut tous les risques, qui les vaut aussi sur un plan moral, car cette quête et cette exigence entrent dans les voies prétendument impénétrables de Dieu : épreuve semblant parfois mauvaise pour soi ou pour autrui, mais qui participe à la lutte du juste contre le faux, lutte à sans cesse mener et renouveler, pour le bien de tous en définitive, si l’on ne se laisse vaincre par la bête facilité.
L’amour est ce qui nous cultive et nous enseigne, nous remet en question, nous lave les yeux, nous met sens dessus dessous, nous fait connaître la souffrance mais aussi la joie ineffable, la grâce ; nous tient en éveil et nous met à zéro, nous rend à notre humilité, notre humanité, notre divinité, nous fait mettre un genou à terre et monter au ciel, nous prépare à mourir, en nous apprenant à dépasser la mort en atteignant la vérité, qui est la vie absolue, la vie dans l’Éternel.
... cet après-midi de 15h30 à 17h je suis sur Radio-Libertaire, l'invitée de Thierry Clair-Victor
10:17 Publié dans Dans le Temps, journal | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature







