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11.09.2008

Aube. Le temps de Dieu

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« Une goutte d’eau a fait cela », note seulement Victor Hugo, le souffle coupé, contemplant le cirque grandiose de Gavarnie. Nous sommes en 1843, près de Lourdes, donc. Mais Lourdes n’a pas encore « eu lieu ».

Oui, une goutte d’eau. Combien lui a-t-il fallu de temps pour filtrer à travers le cœur de pierre des montagnes, y tracer son invisible chemin, surgir enfin dans la lumière, si petite d’abord puis prenant de l’ampleur, commençant à creuser la matière, à l’évider afin qu’elle puisse accueillir le ciel, lui tendre ce vaste et profond miroir circulaire, bordé de neiges, où les hommes se rendent pour marcher au sein même de la beauté, qu’une haute cascade éclabousse de vie et désigne comme essentiel voyage vertical du ciel à la terre, et de la terre au ciel où le regard remonte ? Combien de temps – le temps de Dieu, inscrit dans l’éternité.

Quinze ans après le voyage de Victor Hugo aux Pyrénées, une petite parole en patois allait sortir de la roche de Massabielle, à Lourdes, annoncée par un léger souffle de vent et apparue d’abord sous la forme d’une lueur blanche semblable à une ravissante toute jeune fille, un Aquero qui allait, chemin faisant dans l’âme d’une enfant pauvre, se déployer en Immaculée Conception,  creuser le cœur de pierre des hommes raisonnables et les conduire à faire d’une prairie traversée d’eau un sanctuaire à ciel ouvert, pour des foules de plus en plus immenses de souffrants et de croyants venus trouver, en Marie dans sa grotte, une porte de communication entre le ciel et la terre.

C’est une bien longue phrase, celle d’un pèlerinage, un bien long chapelets de mots et de jours. À contempler Lourdes du sommet du pic du Jer, qui domine la ville, on peut avoir l’impression que Dieu a accompli là, comme à Gavarnie, un pèlerinage à sa mesure. Oui, la forme de cette cuvette où se niche la cité, et le lac qu’elle abrite, sont la mémoire du gigantesque glacier qui inaugura la place, cent mille ans avant nous. Sa pureté, sa blancheur, n’étaient-elles pas, dans l’Esprit, la première projection de l’Immaculée promise à se révéler là ?
Millions d’années à l’échelle de Dieu travaillant sa Création, milliers d’années à l’échelle de l’homme méditant les Écritures. C’est ainsi que pourtant, nous le voyons, Dieu et l’homme cheminent de concert, à la rencontre l’un de l’autre.

Revenue au pied de la grotte, ne me lassant pas de contempler le mouvement des foules cosmopolites et multicolores, ne me lassant pas de contempler le défilé des visages, des mains et des parures, je songe que toutes les couleurs du monde se rassemblent ici de même qu’elles sont unies, invisibles, dans le blanc de l’aube où la créature entre en communion avec son Seigneur.

texte paru dans la revue des Assomptionnistes, ce mois de septembre