17.01.2009

Sourds et aveugles

"Parce que l’information est devenue l’une des principales armes de la guerre, les militaires doivent l’utiliser désormais avec la plus grande précision possible.  A Gaza, l’armée israélienne a ainsi choisi de tenir la presse internationale totalement à l’écart du théâtre des opérations militaires. Et de condamner les journalistes et reporters à suivre les combats à distance, en spectateurs rendus sourds et aveugles, désarmés devant l’un des plus graves conflits du moment.
«Un équilibre délicat doit être maintenu entre une politique élémentaire d’accès à l’information et des circonstances exceptionnelles de guerre qui nécessitent, autant que possible, de laisser l’armée faire son travail», explique Zeev Segal, professeur à l’université de Tel-Aviv (Libération, 6 janv. 2009).
En ces «circonstances exceptionnelles», il se confirme que tuer est un «travail», peut-être le plus vieux du monde. Un travail inséparable de formes de visibilité, d’une modélisation des flux d’images, de mots et de sons.

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Alors que des génocides se sont menés, ou se mènent encore, notamment en Afrique, dans une invisibilité presque totale en raison de l’indifférence de la communauté internationale, il en va différemment au Proche Orient qui est sous les regards permanents de tous les observateurs du monde. Cela a obligé Israël à adopter une «politique élémentaire d’accès à l’information», tandis que le «travail» de l’armée, prévu pour être excessivement coûteux en vies de civils et d’enfants palestiniens, devait être maintenu à l’abri des regards libres et indépendants de la presse internationale extérieure au conflit.

La solution mise en œuvre par l’armée israélienne est donc de plonger Gaza dans un redoutable et savant huis clos. D’une part, en interdisant totalement à la presse internationale d’accéder à la zone des combats, et même de s’en approcher en établissant une zone tampon de plusieurs kilomètres autour du territoire palestinien. D’autre part, en n’accordant le droit de rendre compte des événements qu’aux seuls journalistes palestiniens travaillant à Gaza pour des médias internationaux. Enfin, en diffusant largement sur tous les médias du monde des images produites par les services israéliens de l’information militaire.

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Le protocole informationnel draconien en vigueur n’est en fait qu’une version du blocus auquel était déjà soumis Gaza avant le conflit. Une évidente similitude relie en effet la façon dont les journalistes Palestiniens sont mis en situation de projeter vers l’extérieur leurs images et leurs textes, et la façon dont le Hamas harcèle de ses roquettes les villages israéliens alentours.
Hermétiquement bouclés dans un périmètre restreint dont ils ne peuvent pas sortir, les images et les roquettes sont autant de signes que les Palestiniens lancent au monde par delà leur huis clos: des appels, des témoignages, des menaces, des colères, des insultes et des crimes.

Ces flux nécessairement ténus et dérisoires, aléatoirement meurtriers, évidemment inadmissibles, sont gorgés de la haine et du désespoir que l’intégrisme religieux du Hamas a su exploiter, et que l’offensive israélienne veut détruire, au prix d’immenses souffrances et toujours plus de victimes…"


André Rouillé. Son article entier ici, sur Paris Art