20.01.2009
Dans la rue
Dans la rue, sans faire exprès, à un mendiant qui sans rien dire tendait vers moi sa main ouverte, j’ai dit « merci ». Juste avant, alors que je m’apprêtais à sortir, on avait sonné à ma porte : un homme d’une quarantaine d’années peut-être, l’esprit visiblement vif, mais physiquement très marqué par la pauvreté, m’a raconté, l’air enjoué, qu’il passait « comme chaque année » récolter de l’argent pour « une association » pour les SDF ; et j’avais fait comme si j’y croyais. Puis, à la correspondance, dans le métro, un violoniste jouait, très bellement, avec beaucoup d’âme, l’Ave Maria. Ensuite, tout en marchant, en promenant le flacon d’amour qu’est mon corps, je n’ai pas arrêté de le chanter, et toute la ville baignait dans une lumière d’une douceur ineffable.
Au coin de ma rue un homme avait depuis quelques jours installé son salon-chambre à coucher, à savoir un canapé en mousse sans son habillage, une couette et des sacs plastiques. Hier tout cela se trempait sous la pluie, aujourd’hui il n’en reste rien. Tout à l’heure sur un quai du métro un autre dormait, entouré aussi de ses sacs plastique, sur une étroite banquette noire, son sac à dos accroché dans son dos, pour éviter de se le faire voler, et pendant dans le vide. À la sortie, au détour d’un couloir, un homme assis par terre avec son enfant dans les bras, tous deux parfaitement immobiles et repliés tendrement l’un contre l’autre, devant un simple papier portant ces mots : J’AI FAIM.
Au cours de notre conversation, j’ai dit à Christophe, mon éditeur aux Presses de la Renaissance, que depuis toujours j’étais très intéressée par les autistes. Justement, me dit-il, nous venons de publier un livre d’une jeune femme autiste, mutique et handicapée moteur, Annick Deshays. Et il me l’a donné, avec d’autres livres dont je reparlerai peut-être. Celui-ci s’appelle Libres propos philosophiques d’une autiste. Je rentre à la maison, je l’ouvre, je vois que c’est tout à fait passionnant, digne d’un grand poète. Au hasard, au début du premier chapitre :
« Je vis libre dans cette quête de Raison et de Sagesse. Frayer des chemins de traverse pour inciter mon cerveau à travailler continuellement, quitte à saturer les ondes, me fait l’effet de forcer le destin de vivre en plénitude.
Je pratique le stretching régulier de mes neurones. J’isole mon fragile parcours, circulant dans une constellation d’étoiles illuminant mon chemin de réflexion : un humble oiseau me restituera la joie de puiser les vraies sources de vie ; une timide jonquille tournera mes désirs vers la purifante vertu des latentes couleurs du printemps ; un festin de notes tressées harmonieusement nourrira mes grâces créatrices.
Joie profonde léguée en ma forteresse quand une figure bienveillante hisse mon être dans un gustatif jeu de réflexion, tel un miroir jouant la réciprocité ».
Ne pouvant ni parler ni tenir un stylo, elle écrit grâce à une méthode adaptée, par ordinateur. Elle dit aussi, en quatrième de couverture :
« Pire que tout c’est le putain de silence forcé et trucident. »
Mon roman sur Marie Madeleine avance lentement, mais en me surprenant davantage de jour en jour.
• est là, au milieu de nous.
Ce jeudi c’est le jour de sortie en librairie de Lumière dans le temps. Je trouve parfait que la première émission à laquelle je participerai pour ce livre soit celle de Brigitte Lahaie, sur RMC (ce même jeudi, cinq minutes à partir de 15h20).
... et merci à l'ange qui a réglé le problème de bug sur ce blog (si j'attendais assistance de la plateforme, il serait toujours illisible !)
17:07 Publié dans Dans le Temps, journal | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature, christianisme



