28.01.2009
Être les Vêpres de la Vierge de Monteverdi
Vespro della Beata Vergine, Claudio Monteverdi .
Direction musicale Jean-Christophe Spinosi .
Mise en scène et conception visuelle Oleg Kulik ,
Scénographie Den Kryutchkov
Direction musicale Jean-Christophe Spinosi .
Mise en scène et conception visuelle Oleg Kulik ,
Scénographie Den Kryutchkov
Son Hermes Zygott .
Ensemble Matheus .
Chœur du Châtelet
Ténors : John McVeigh, Tilman Lichdi
Mezzo : Marie Kalinine
Sopranos : Sylvia Schwartz, Valérie Gabail
Basse : Nicolas Testé, Luigi de Donato
Contre ténor : Florin Cezar Ouatu .
Les Vêpres de la Vierge
Un chef-d’œuvre de la musique sacrée, souvent comparé au Messie de Handel ou à la Passion selon saint Matthieu de Bach, revisité par un des plasticiens russes les plus en vue. Le monde contemporain et sa violence confrontés au sacré. Jusqu'au 29 janvier, au théâtre du Chatelet.
Ensemble Matheus .
Chœur du Châtelet
Ténors : John McVeigh, Tilman Lichdi
Mezzo : Marie Kalinine
Sopranos : Sylvia Schwartz, Valérie Gabail
Basse : Nicolas Testé, Luigi de Donato
Contre ténor : Florin Cezar Ouatu .
Les Vêpres de la Vierge
Un chef-d’œuvre de la musique sacrée, souvent comparé au Messie de Handel ou à la Passion selon saint Matthieu de Bach, revisité par un des plasticiens russes les plus en vue. Le monde contemporain et sa violence confrontés au sacré. Jusqu'au 29 janvier, au théâtre du Chatelet.
Vespro della Beata Vergine. C’est une œuvre extraordinaire, au sens premier du mot, étrange, très complexe, magnifique, donnant une impression ineffable de pureté, par un déploiement de sophistication qui confine à la sauvagerie. Une œuvre parfaitement unique, una sancta, unique et composée d’une infinie variété de styles et techniques savamment entremêlés, grégorien, récitatifs, polyphonies, d’une infinité de dialogues entre les nombreuses voix du chœur, des solistes, des musiciens. Une soie peinte aux doigts, un monument baroque aux murs translucides, un cosmos de parfums, une messe déshabillée, un chant d’amour raffiné, bienheureux, épuré, résonnant doucement et longuement, une liturgie céleste – ou « spatiale » selon Oleg Kulik, qui lui a donné d’investir tout le théâtre du Chatelet, jusque sur le trottoir.
L’artiste russe de 47 ans, réputé « sulfureux » pour avoir d’abord vu en l’homme le chien, est passé comme il dit de dog à God. Et l’on sent bien que ce passage, qui l’a amené à voyager au Thibet et en Mongolie, est une quête bien sûr inachevée, et encore empreinte de beaucoup d’enfantillages. Mais incontestablement cet homme a une vision, et la puissance et l’art de la dire. Aussi ne faut-il pas se raidir sur la partie cirque de son travail, son emploi du costume frisant le déguisement et son syncrétisme bricolé. Ce cirque, il le revendique, et il faut l’inclure au niveau supérieur de son oeuvre, accepter que ce dérisoire assumé soit partie intégrante de sa spiritualité cosmique, projetant tout à la fois le brûlant et le froid, l’éternel et le temporel, le divin sublime et le pauvrement humain.
Oleg Kulik se donne à nous dans une splendeur qu’innocente le don simultané de sa misère. Et sa mise en espace de l’oratorio de Monteverdi est une œuvre de grande générosité, toute au service de la musique, des chants, des voix (magnifiques interprétations), épousant avec amour la grande beauté du lieu, ce théâtre qui répond avec grâce au caractère lui-même théâtral de ces Vêpres tout en dialogues, et proposant au public une véritable communion, en l’intégrant au spectacle par une scénographie utilisant la salle aussi bien que la scène, et des jeux savants de lasers qui concourent tout à la fois à faire éclater l’espace, à le démultiplier et à l’unir, nous incluant dans une voûte céleste toute symbolique, comme dans une grotte obscure que nous serions en train de peindre aux lumières valsantes des torches, en hommes préhistoriques. Une odyssée de l’espace, en somme…
Ce à quoi il nous invite ainsi, c’est à sortir de l’être du spectacle et du spectateur, pour entrer dans l’être en train d’être et en train de communier, ce qui me semble une bonne définition de Dieu, et du rapport de l’homme et de Dieu. Cérémonie, célébration tout en reflets, où nous sommes appelés à répondre à un don de soi par un don de soi.
(J’y serais bien restée toute la nuit, à vivre cela en boucle. J’aurai le bonheur de chanter ces Vêpres – plus modestement – au sein du chœur Saint-Séverin, le 14 mars prochain à l’église de la Trinité, au profit des œuvres de l’hospitalité Saint Jean de Dieu.)
10:55 Publié dans ARt de lire | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature



