16.08.2009

Bergers, frères du Fils. Paroles en marche

« Passe devant », « passe derrière », tels sont les ordres le plus souvent donnés par les bergers et vachers à leur chien, quand il s’agit de rassembler les bêtes, leur faire prendre une direction, les faire rentrer dans la bergerie ou les conduire en altitude, cela dans un savant et infatigable jeu d’allées et venues, de paroles lancées aux brebis ou aux vaches,  de contournements et d’accompagnements par l’arrière, les côtés ou la tête du troupeau.

À contempler le travail immémorial des bergers, à le pratiquer un peu soi-même à l’occasion (ce que je fais cet été avec les vaches de Pierrot autour de ma maison), à pratiquer aussi, afin de les libérer, l’approche délicate et le saisissement d’oiseaux ou de papillons entrés dans la maison, qui se frappent affolés aux murs et aux vitres, ou encore à chasser les guêpes ou éviter les serpents, on comprend mieux ce qu’est le travail du Berger des hommes.

Ainsi lorsque Marc (8, 32-33) nous conte la première annonce de la Passion par Jésus :
« …c’est ouvertement qu’il disait ces choses. Alors Pierre, le tirant à lui, se mit à le morigéner. Mais lui, se retournant et voyant ses disciples, admonesta Pierre et lui dit : « Passe derrière moi, Satan ! Car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ».
Jésus parle ouvertement, Pierre le tire à lui, Jésus se retourne vers son troupeau, le prévient de la désagrégation ou du chemin erroné en faisant passer Pierre derrière : ballet, gestuelle de berger en effet.

Savantes passations de paroles « marchées » aussi, lorsque Jean l’Évangéliste écrit (1, 29-30), de Jean le Baptiste :
« … voyant Jésus venir à lui, il dit : « Voici l’agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. C’est de lui que j’ai dit :
Il vient après moi un homme
qui est passé devant moi
parce qu’avant moi il était. »
Jésus vient à lui, vient après, passe devant, bien que venant après, promis pour après, était avant… Telle est son œuvre, démultipliée, démultipliante, unissante, et toujours avec nous, parmi nous, avant nous.

Et tout être qui aime et apprend à aimer sait combien de montagnes il lui faut, combien de montagnes il peut parcourir et franchir, pour ne pas perdre, et laisser se perdre, la brebis éloignée.
Nous sommes les fruits, les récoltes, les brebis et bergers les uns des autres.

le petit journal de l’été continue en images ici, et Dieu appelle à toute volée,