05.09.2009

Distinguer le vivant et le mort

 

Ce que disent Thérèse d’Avila et Jean de la Croix sur les degrés de l’oraison n’est pas faux, mais à nuancer, ainsi que toute l’ancienne façon de classer les étapes du progrès spirituel. Il y a bien des degrés, mais ils ne montent pas au ciel de façon raide et droite comme l’échelle de Jean Climaque. Ils montent comme les chemins en montagne, et comme les grands oiseaux planeurs dans les airs : en tournant. Qui veut monter tout droit comme Icare voit fondre ses ailes de bricoleur et tombe à l’eau.

Le chemin spirituel est subtil. Il ne s’agit pas de foncer tête baissée vers le nord, ou l’Orient. Il ne s’agit pas non plus de courir en tous sens vers tout ce qui est attirant. Notre voyage passe et repasse par tous les points cardinaux et c’est en connaissance de cause qu’il ne perd pas la boussole. Qu’il se déroule en gardant au plus profond de soi son seul aimant : Dieu. Ou, si on ne l’appelle pas Dieu, la vérité, l’amour, la liberté, la justice, l’accomplissement. Tout chemin où peut cheminer aussi cela qui fait Dieu, est bon. Tout chemin où Dieu ne peut être, nous perd. De même, il faut faire très attention aux prières comme aux actes que l’on dit, répète ou fait. Telle prière, est-elle orientée vers la vie, ou vers la mort ? Est-elle tonique, ou morbide ? Veut-elle réellement le bien du prochain, ou bien cherche-t-elle secrètement un intérêt personnel, quitte à détruire le prochain ? Le louvoiement qui souhaite ou fait un mal pour obtenir un prétendu bien est un péché contre l’Esprit, absolument interdit.

Il y a bien des degrés dans l’oraison et le progrès spirituel, sans quoi nous tournerions en rond, ce ne serait pas un chemin et nous n’irions nulle part, nous ne ferions que marcher dans la mort déjà là. Mais tant que nous sommes sur terre, c’est un chemin en lacets. Qui nous fait beaucoup revenir sur nos pas, mais pas tout à fait, du moment que nous continuons à nous élever. La progression peut paraître lente, mais c’est ça, la montagne. Comment croyez-vous que Moïse est allé les chercher, les tables du Témoignage ? En téléphérique ? Pendant ce temps, les impatients, les angoissés, en bas, adressaient leurs prières à un veau même pas vrai ni vivant. Misère !

Franchement, la splendeur des paysages découverts au fur et à mesure vous paie bien de toutes les difficultés, et de votre persévérance. Une fois le sommet atteint, ce sera le top ? Oui et non, car figurez-vous que de là, il va pouvoir se passer quelque chose de mieux encore que dans la plus fantastique course en montagne : vous serez transfiguré, comme le Christ vous en a montré l’exemple ! Au lieu d’avoir à redescendre, maintenant vous allez pouvoir continuer à monter, mais dans le ciel ! Le long de colonnes d’air chaud, désormais, comme les grands oiseaux ! En spirale, débarrassés de toutes les aspérités du terrain ! En vous laissant porter ! En virtuoses de l’esprit que vous êtes devenus ! En compagnie des prophètes, en compagnie des saints, en compagnie de Dieu ! Et votre corps de chair pourra bien retourner à la terre un jour ou l’autre, ce chemin du ciel, pour vous, il ne sera jamais fini.