11.09.2009

Debout face au ciel

Les yeux de Dieu que vous voyez au-dessus de ce texte ne sont pas un effet de mon imagination. Je les ai vus, comme je L’ai vu bien d’autres fois, tout simplement parce qu’Il s’est manifesté en ce lieu et en ce moment, comme en d’autres et pour d’autres.

Je vois que beaucoup de croyants, même parmi les ecclésiastiques, ont une vision très réduite de Dieu. Car c’est la religion de notre temps, de réduire Dieu à l’humain. Même Maurice Zundel, qui est un magnifique mystique, dont la vision de Dieu en l’intériorité de l’homme est merveilleusement profonde, ne voit pas que Dieu est aussi aux cieux, comme le prie Jésus. « Aux cieux » n’est pas seulement symbolique. Toute la Bible nous montre Dieu aux cieux, tous les prophètes l’y voient, sans cesse Il s’y manifeste. Ce n’est pas seulement symbolique, cela arrive réellement. Dieu est bien une personne réelle, une personne autre que l’homme. Il est présent, Il vient et nous attend, Il nous aime.

(Malheur à nous si nous n’allons pas à sa rencontre, si nous ne sommes pas prêts au moment de sa venue – non parce qu’alors il nous punira, mais parce qu’alors nous serons rejetés, selon la loi naturelle de la vie, qui rejette tout ce qui n’est pas viable).

Teilhard de Chardin, lui, avait cette foi en  la présence cosmique de Dieu. Comme l’ont d’autres scientifiques, pour lesquels il n’y a pas d’incompatibilité entre foi et raison.

Evidemment Il se manifeste aussi bien sur la terre, qui appartient elle-même au ciel. Il s’est même incarné dans un homme, comme le savent les chrétiens. Et nous n’avons rien de mieux à faire que de prier, en paroles, en actes et en vie d’amour, pour qu’Il puisse pleinement habiter en nous-mêmes et en nos prochains.

Savoir que Dieu est réellement là, en personne, dans toute situation d’amour pur, en troisième personne avec nous, concrètement et vraiment, cela est salvateur entièrement, cela seul est capable d’amener toute l’humanité au salut, pleinement, ouvertement, totalement. Voilà ce que réalisera l’eucharistie, quand nous saurons que le Christ est réellement, vraiment et pleinement présent dans l’hostie, quand nous cesserons de le mâchonner sans savoir, quand nous saurons que Dieu peut à volonté se rendre visible et même touchable à travers sa création, que Dieu se transsubstantie comme Il veut et nous rend, si nous Le laissons nous habiter, transsubstantiables aussi, libérés des contraintes du temps et de l’espace, libérés.

« Nous baignons dans le mal », m’a dit un curé l’autre jour. Il faudra que je lui demande s’il n’est pas manichéen. Ou s’il ne m’a pas menti par omission. Je ne vais tout de même pas lui faire un sermon. Je sais qu’il n’est pas réellement manichéen, et j’étais si heureuse de notre rencontre, et de notre conversation. Mais un manichéen veut tant démontrer, sous prétexte de bien faire, que nous baignons dans le mal, que pour ce faire il n’arrête pas d’ajouter le mal au mal : en vérité, le manichéen veut faire croire qu’il travaille pour Dieu, alors qu’il Le redoute et, dans son amour que le soupçon du mal rend impossible, Le hait. Le hait en l’homme et le nie sur la terre comme au ciel.

Regardez un enfant qui prie, même sans avoir appris à prier : il s’élève vers le ciel. C’est ainsi que Dieu a appelé, appelle ce quadrupède, ce primate, à se mettre debout, à devenir homme, pour pouvoir aller vers Lui.