20.09.2009

La fin et le début

 

Lu Netherland, de Joseph O’Neill. Étonnant que ce roman tant vanté par Barack Obama se termine par un renoncement à l’Amérique. Tout ce que j’ai aimé y retrouver : le cosmopolitisme et la folie douce et dure de New-York, le Chelsea Hotel (où je vécus jadis quelque temps très vivant), la correspondance, via l’ange, de cette ville avec Istanbul, tout cela, évoqué avec force, finalement abandonné au profit de la morne valeur-refuge du couple-avec-enfant plan-plan (avec le soutien de la conseillère conjugale !) et d’une Europe tout aussi perdue que l’est New-York après le 11 septembre, mais paraissant juste moins risquée.

Signe que les plus paumés, aujourd’hui, sont bien ceux qui hier dominaient, qui semblent encore dominer mais ne trouvent qu’à se replier sur leur monde de plus en plus petit, de plus en plus s’effondrant sur lui-même : à l’instar de ce financier et de cette avocate, ils sont en réalité à la recherche de la vie chez des personnes qui leur sont socialement inférieures et qui pourtant les délaisseront, leur resteront inaccessibles. Signe que leur temps est derrière eux, même si cela n’apparaît pas encore clairement.

Pas étonnant, donc, que Barack Obama ait aimé ce livre, en fait. L’Amérique dont il a hérité dépasse les possibilités des Blancs dominants, demande un dépassement de leurs valeurs, du rêve américain ; et sans doute son être est-il partagé entre leur mélancolie et le désir d’accompagner la renaissance si risquée de son pays, travaillée par des forces souterraines inquiétantes.

La reconstruction par le cricket, sport d’équipe aux règles complexes, qui peut dans le roman être lue comme une tentative de convoquer à la fois la rugueuse réalité et le rêve, le passé et l’avenir, et les hommes de diverses origines, s’avère insuffisante. Ce qu’il faudrait, c’est à peine si les dernières lignes osent l’évoquer. Regarder le visage de ses proches, entrer timidement dans l’amour… c’est encore le stade de la vision confuse dans le miroir, mais ce peut être un début, c’est le très simple et pas si simple début.

14:55 Publié dans ARt de lire | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature