24.10.2009

Épée de feu tranchante


Je me trouvais hier soir en compagnie de quelques personnes très impliquées dans la foi chrétienne. L’une d’elles, alors que nous nous apprêtions à prendre congé les uns des autres, évoqua ce texte de Luc où

« Jésus disait à ses disciples : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et comme il m'en coûte d'attendre qu'il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. » (12, 49-53).

Et tout le monde se mit à murmurer son incompréhension, voire sa réprobation discrète quant à cette parole de Jésus. Un feu, encore, on peut comprendre. Mais la division, jusque dans la famille !
Chacun repartait déjà de son côté, j’ai juste eu le temps de dire : « moi, j’aime vraiment beaucoup cette parole ! »

Oui, Jésus divise, parce qu’il tranche à vif dans le mensonge qui lie artificiellement les êtres.
Quelle profonde jouissance.
Une fois la vérité ainsi révélée, on peut créer de nouveau le monde. Pas avant.
Dieu, d’abord, dit.
Son dit fait la lumière (le feu).
Puis il sépare. La lumière et les ténèbres, le ciel et la terre, les terres et les mers, le jour et la nuit, l’animal et l’homme, l’homme et la femme, le bien et le mal.
Il distingue. Il discerne.

Voilà ce qu’est penser. Et ce penser est un créer. Et ce créer est un aimer. Et cet aimer est l’origine de ce penser. Car sans vérité, c’est-à-dire sans distinction, il n’est que faux amour. Et sans amour, il n’est pas cette puissance de feu qui déchire le vide et le vague, surmonte l’abîme et prononce la vraie parole de vie, la pensée qui agit et qui crée.

Les hommes la plupart du temps vivent dans le faux amour. D’où leurs malheurs, leur malédiction. C’est comme s’ils vivaient dans un monde encore incréé. Ils y voient mal, ils barbotent dans la mort ambiante.

On ne peut aimer que dans la lumière de la vérité. Le Christ ne divise pas comme le diable, par ennui pervers, il divise par amour supérieur, pour rétablir la pureté de la relation. Comme il voudrait que son feu soit déjà allumé ! Car tant qu’il n’a pas brûlé le voile de mensonge à travers lequel nous communiquons, la Parole d’amour ne passe que considérablement affaiblie, torturée, assassinée.

Quand il a dégagé toute confusion, toute pollution entre les êtres, quand ils peuvent se connaître face à face, alors Il règne.