07.11.2009

Arslan. Faire voir l'homme

DSC08853.JPGDSC08854.JPGDSC08855.JPGDSC08860.JPGDSC08863.JPGDSC08864.JPGDSC08869.JPGDSC08870.JPGDSC08871.JPGDSC08875.JPGDSC08877.JPGDSC08878.JPGPascal ; Nerval ; Maupassant ; Pessoa et Walser ; Strindberg ; Nietzsche ; Messiaen ; Xenakis ; Kafka ; Pound ; Prokofiev ; Lautréamont. Oeuvres de Yüksel Arslan photographiées à santralistanbul. (cliquer sur les images pour les voir en grand)

"Dans un temps fatigué, Arslan ne se résigne pas à perdre sa foi
en l'homme. Il explore, à travers une œuvre encyclopédique, le
chemin douloureux de l'art qui nous a fait errer de longs siècles
à la recherche de nous-mêmes. Il produit des documents qu'il
nomme des "artures" - à mi-chemin entre peinture et écriture.
Il travaille avec des couleurs naturelles. Sur des séries qui
représentent des années et des années de lectures,et touchent
à la préhistoire,à l'histoire sociale,à l'art,à la poésie,à la pensée,
aux sciences. Et il faut à Arslan une force peu commune pour
ainsi parcourir toutes les époques,et fabriquer son propre outil.
(...)
Arslan n'est pas un doctrinaire, mais un témoin. Il a lu des
centaines et des centaines de livres pour rencontrer en
l'homme un être menacé, fragile, instable. Il le débusque dans tous ses états,dans tous ses ébats.Il se penche sur l'esprit qui souffre comme
d ' autres se battent pour que l'on n'oublie pas les torturés,les massacrés,les enfermés.Les failles du système nerveux sont justement des fenêtres où l'on peut regarder la vie nue, des meurtrières à travers lesquelles l'on peut guetter la progression du seul ennemi qui vaille,la mort.
On s'est trop habitué à mettre en vitrine dans nos têtes un homme
d'opérette. On a trop macéré dans une vie culturelle aseptisée. Les
artistes eux-mêmes, pourtant chargés d'être des phares, de lever les
coins du voile,d'être vrais et de tout dire,s'en tiennent le plus souvent
à des images flatteuses d'un produit publicitaire. Il faut bien vivre,
disent-ils en enjolivant à tout va. Ce qui rend Arslan furieux : « Ils
n'osent rien. Avec leur puritanisme à la con ! »
Eh, bien, l'art, lui, Arslan le fécondera à nouveau. Dans une étreinte
sauvage.Il n'est pas là pour donner des explications,surtout pas pour
faire une œuvre de vulgarisation: le propos d'Arslan est une prise en
charge artistique.Sans concession.
On a parlé à son sujet d'art brut,c'est de l'art brutal.
Et le résultat est un émerveillement.
Arslan me fait penser à ces moines enlumineurs, ces copistes, ces
calligraphes qui, coloriant leurs miniatures au fond de leur cellule,
ramènent toujours les usages et les mœurs de ces siècles obscurs sur
fond d'or. Si on lui montrait ce côté religieux, Arslan éclaterait sans
doute de son grand rire ventral qui le secoue jusqu'aux larmes. Et
pourtant quelle impression de clarté, de beauté quand nous pénétrons
dans l'exposition qui réunit à Paris pour la première fois les 87 artures
de la série,c'est comme si cette œuvre constituait un endroit où l'on se
recueille devant nos tourments : cathédrale, mosquée ou édifice
rabelaisien ? Je souhaite à chacun de rencontrer cette lumière première,
qui ruisselle d'une fraternité universelle,qui brille d'intelligence.
Car notre temps de servilité a besoin de cet esprit libre. "
Jacques Vallet

texte inclus dans ce document : Arslan.pdf trouvé sur le site des Editions Hermaphrodite, ici

Arslan.jpg(cliquer pour lire)

Arture, c'est le mot plein de chair, de geste, de vie, inventé par Arslan pour dire ce qu'il fait : faire voir l'homme, dans les deux sens.

J'ai photographié une toute petite part de son travail sur les auteurs et musiciens, mais on voit aussi à santralistanbul ses fantastiques séries sur le capitalisme ou les maladies mentales.

une vidéo sur cette rétrospective : ici

un article de Marc Semo sur l'art à Istanbul aujourd'hui : ici