08.11.2009
Le Don
Ciel,
Source, rivière, mer,
Enfants de la terre.
Sans terre, plus de lieu
D’être
Pour ciel, source, rivière, mer,
Pluie.
Et l’homme, au lieu de prendre gloire,
Prend fin.
Ô table des matières de Dieu,
Chair du monde,
Autel, présence de l’Époux
Au creux de la Donnée.
De la glaise, dans la glaise, il vient, l’infini.
Viens, jaillis, répands-toi,
Du vase des mains qui l’ont travaillée et sculptée,
Sang blanc de l’amour perpétueur de joie !
Passion.
12:54 Publié dans Bénédictions | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature, christianisme
06.11.2009
Frai
Coeur d’enfant, bouton d’or,
Mon âme vogue sur le Bosphore.
Tous les bateaux du monde
Tremblent entre mes doigts,
L’eau sous leur quille ballotte,
Pousse, remonte par mes veines,
Tend mes lèvres, frai
De mots d’amour, ô porte
Ouverte où se fraie Dieu !
Tout temps déjugulé.
22:57 Publié dans Bénédictions, Istanbul | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature, christianisme
28.10.2009
Oraison
Avant même d’ouvrir les yeux, le matin, je suis en oraison. Dieu m’habite pendant mon sommeil aussi. Quand il m’arrive de me réveiller dans la nuit, je vois que j’étais en dialogue avec Lui. Je ne fais presque plus de rêves, toute la nuit je suis en dialogue et amour avec Lui. Nous sommes présents l’un à l’autre, nous sommes à l’autel, et c’est la surabondance de joie qui me réveille.
J’appelle cela oraison, mais ce sont trois expériences bien distinctes, que cette forme d’oraison en dormant, l’oraison libre à l’état de veille, et l’oraison dans la chapelle.
La prière est une sortie de soi vers le Tout-Autre, de même que le chant est sortie de la voix. C’est quand le chant sort de nous que le chant nous emplit. En expirant nous faisons le vide, la place où Dieu peut venir habiter à l’intérieur de nous. En disant, en chantant la prière, par la vocalisation nous expirons notre âme vers Dieu, de même qu’en mourant nous expirerons vers la Vie – et Dieu et la Vie viendront en retour en nous.
Dans l’oraison, cette longue prière silencieuse, nous expirons aussi, en esprit. Nous sortons de nous, nous mourons à nous-mêmes en nous projetant vers Ce qui nous attend, et que nous ignorons encore. Chaque oraison est une aventure imprévisible avec « Ce qui nous attend », qui est Dieu, donc aussi Ce qui vient à nous, à partir du moment où nous nous tournons vers Lui.
Et de même que dans le chant nous réalisons deux sortes de communion, l’une avec l’ensemble des autres chanteurs (ou auditeurs), l’autre avec la musique elle-même, dans l’oraison nous entrons en communion avec l’ensemble des hommes, et avec Dieu. L’oraison accomplie est un rapport surnaturellement vivant, celui de la Trinité, en train d’oeuvrer en nous. À la croisée de notre être, le Christ nous fait entrer en oraison, lui, le corps humain, le visage bien-aimé, l’Ami proche à travers lequel l’Esprit nous unit à Dieu.
Beaucoup pratiquent l’oraison dans une attitude physique de repli sur soi, cherchant Dieu à l’intérieur. Je le fais aussi, mais le plus souvent je la vis en ouverture, et je pense que choisir de s’offrir ainsi peut aider ceux qui souffrent de « sécheresse », de l’impression que rien ne vient. Quand je vis l’oraison à la chapelle, ma tête d’elle-même se tourne vers le ciel, souvent même je sens la main de Dieu saisir ma nuque pour l’incliner vers Lui, parfois à plus d’un moment au cours de l’heure. Je suis prête à recevoir la pluie de Dieu, qui vient alors instantanément. Je n’ai plus qu’à me laisser arroser et à écouter venir, du fond de mon être, les fleurissements.
Thérèse d’Avila aussi avait ce sentiment d’arrosage, et sa très riche expérience de l’oraison lui faisait conseiller sans cesse de ne jamais se décourager, car au fond, peu importe le temps qu’il faut : même si les résultats semblent décevants, on ne peut les juger tels hâtivement, car l’essentiel est de prendre ce temps pour Dieu, de façon gratuite. Et je crois que même s’il semble que rien ne se passe, quelque chose se passe toujours, si nous nous mettons en présence de Dieu. Élie le sait : Dieu n’est pas forcément dans les manifestations les plus spectaculaires. Il peut être dans un souffle léger, si léger que souvent nous ne l’entendons pas. N’empêche, Il était là, et sa présence ne peut pas ne pas agir. Il faut juste, comme Il l’a demandé à Élie, sortir de la grotte, sortir de soi d’abord. C’est une politesse, si l’on veut, envers Dieu. Dieu vient à nous, mais c’est la moindre des choses que nous sortions au moins sur le pas de notre porte, pour l’accueillir, comme Abraham a accueilli ses anges, aussi.
L’important dans cette attitude d’ouverture (au moins mentale), c’est la conscience claire de se tourner non vers soi où l’on cherche Dieu, mais vers un Autre, qui vient à nous. Dieu vient habiter en notre cœur, notre âme, notre corps, à la façon dont Jésus a pris chair en Marie. Il nous faut d’abord accepter sa venue d’en-haut, l’accueillir d’où Il vient, comme Il vient, en nous prenant sous son ombre. Alors oui, il se passe vraiment quelque chose. Un bonheur avec Dieu, inouï. Qui vous laisse, quand vous en sortez, en état de choc. Il ne faut pas s’en inquiéter, seulement le laisser résonner paisiblement. Toute votre vie, cela résonnera. Et comme pour toute expérience spirituelle, c’est votre vie, le fruit, les œuvres qu’elle donnera, qui confirmera (ou infirmera) que cette expérience était vraiment une expérience de Dieu.
L’oraison, c’est comme lorsque le bébé s’endormait contre ma poitrine, et que je restais assise sans bouger, une heure durant parfois, sans rien faire, juste à sentir son cœur contre le mien, sa chaleur sur ma chaleur, son odeur adorée, et le mouvement de sa respiration au plus proche de la mienne.
Quand je me réveille, chez moi, à la maison, le matin, j’entre en oraison, ou l’oraison entre en moi, enfin cela se fait tout seul. Pour cela, je me réveille bien avant qu’il ne soit l’heure de me lever, afin d’avoir ce temps précieux devant moi où ma pensée paisible, joyeuse, amoureuse, va librement vers Dieu, tel que je le vois « au ciel » et tel qu’Il se manifeste pour moi sur la terre, à travers des êtres ou des faits. C’est une oraison douce et très légère, mêlée de rêverie et de méditation, qui souvent se termine par un bond que je fais dans mon lit pour noter une petite prière qui m’est venue. Après quoi, la journée peut commencer.
09:54 Publié dans Bénédictions | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : christianisme
26.10.2009
Grâce
Cette nuit j’ai fait des rêves merveilleux, si merveilleux qu’ils me réveillaient, dans un état de grâce extraordinaire, puis me rendormaient et continuaient. J’étais dans les rochers, dans l’eau, à Finisterre, en Galice, au bout du bout du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, où je fus à Pâques en 2007 (c'est la photo). Grande lumière, grande douceur, transparence de l’eau, vie partout. Un serpent de mer grand et gros comme un boa circulait lentement, passant jusque sur mes cuisses nues, mais je n’avais aucune peur, je savais qu’il ne me ferait pas de mal.
Ensuite j’étais sous l’eau, dans la beauté translucide, d’autres personnes étaient là, nous étions comme un équipage, et je respirais parfaitement, comme un poisson dans l’eau, cette eau était une eau de lettres.
Ce matin à Cœur du 5 bonheur de revoir tous ces amis, oui je les aime, ils me donnent leur grâce d’êtres à nu, c’est ce que je cherche, les êtres à nu, et tout le monde est si habillé en ce monde ! À la montagne aussi j’aime parler avec les êtres à nu, les plus simples, ceux qui vivent en direct avec la nature. Car le dehors, la Création, et même la rue déploient en l’être toute une richesse inouïe, que nous ne savons pas voir, le plus souvent.
Quelqu’un a parlé de la grippe A, du vaccin contre cette grippe, j’ai dit que je trouvais qu’il fallait refuser ce vaccin. Mais toi t’en as pas besoin, a dit Claudius, le dormeur des quais, tu repousses toute grippe, toi ! C’est vrai, j’ai dit, parfois elle essaie de m’attraper, mais elle s’y sent pas bien, elle repart vite ! Quand il a su que je partais à Istanbul, il voulait se mettre dans ma valise, Didier le dormeur d’Austerlitz aussi, j’ai promis de penser à eux tous et de leur envoyer une carte postale.
Nico arrive et me raconte qu’il prépare avec deux danseuses un spectacle mêlant danse vivante et réalité virtuelle interactive. Je pense à cet Asiatique à barbe blanche qui bougeait avec des gestes de chorégraphie, tout à l’heure, au square, dans le rond des tout-petits, s’accompagnant de temps en temps du mouvement d’un cheval de bois auquel il donnait l’impulsion.
12:31 Publié dans Au fil des jours, Bénédictions, Coeur du cinq | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature
25.10.2009
Fous de Dieu (à propos de l’aveugle de Jéricho)
Ce qu’un être humain fait pour rejoindre Dieu paraît toujours fou, étrange, voire stupide, voire inconvenant. Voyez ce mendiant aveugle, Bartimée. Alors que Jésus sort de la fameuse ville, accompagné de ses disciples et d’une foule nombreuse (bientôt l’entrée à Jérusalem !), ce pauvre hère, assis au bord de la route, se met à hurler après lui, réclamant sa pitié.
Quelle misère. Ils l’ont bien compris, ceux qui ont écrit ce negro spiritual, traduit en français par Marguerite Yourcenar :
L’aveugle, il s’tenait sur la route,
L’aveugle, il hurlait sur la route,
Il hurlait : « Sauve-moi, Seigneur ! »
Il hurlait : « Seigneur, sauve mon âme ! »
L’aveugle, il s’tenait sur la route,
Et il hurlait : « Sauve-moi, Seigneur ! »
« J’sais pas où tu es, mais j’espère ! »
L’aveugle, il hurlait sur la route.
Il hurlait : « Sauve-moi, Dieu not’Père !
J’sais pas où tu es, mais j’espère ! »
« Tu m’laveras tout blanc comme la neige ! »
L’aveugle, il hurlait sur la route.
« Seigneur not’Père, quand te trouverai-je ?
J’suis lavé dans ta blanche neige ! »
L’aveugle, il s’tenait sur la route,
L’aveugle, il hurlait sur la route.
Il hurlait : « Sauve-moi, Seigneur ! »
Il hurlait : « Seigneur, sauve mon âme ! »
L’aveugle, il s’tenait sur la route,
Et il hurlait : « Sauve-moi, Seigneur ! »
Ah oui, quel spectacle. Autour de Jésus les gens l’interpellaient vivement pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! », raconte Marc (10, 46-52)
Alors Jésus s’arrête.
C’est que, voyez-vous, cet homme prie. Et sans aucune retenue. Il crie vers le Sauveur. En public, oui. Les autres sont indignés. Mais lui, l’aveugle, le mendiant, peu lui importe de sauver les apparences, ce qu’il lui faut, c’est sauver ses yeux, sa vie. Foule ou pas foule, il crie dans sa nuit comme d’autres crient dans le désert. Assis au bord de la route, pétrifié par son sort, il crie comme crieraient les pierres.
« Je vous le dis, si eux se taisent, les pierres crieront », dira un peu plus tard Jésus, parlant de ses disciples lors de son entrée messianique à Jérusalem (Luc, 19, 40).
Peut-être l’aveugle, malgré sa grande misère, ou grâce à elle, a-t-il compris quelque chose avant tous les autres ? Peut-être a-t-il « vu » avec une acuité toute particulière qui passe là ?
Jésus entend son appel et s’arrête.
Jésus prend le temps de s’arrêter, comme toujours quand il le faut.
« Appelez-le », demande-t-il.
Comme il est bizarre, lui aussi. Cet aveugle est aveugle, voyons ! Ne serait-il pas plus naturel que celui qui voit aille vers l’aveugle ? Jésus n’a-t-il pas pourtant montré, à maintes reprises, qu’il n’hésitait pas à aller vers ceux qui lui demandaient secours ?
Mais décidément c’est à n’y rien comprendre, aussitôt qu’on lui a transmis l’appel de Jésus, voici que l’aveugle jette son manteau, bondit et court vers lui ! Pour un peu, on se croirait dans un sketch comique. C’est le monde à l’envers. Comme si une sorte de super-héros fringant s’était caché sous le manteau du mendiant.
Il n’a rien, mais jette tout ce qu’il a, son manteau. On voit la scène d’ici : il n’y voit rien, mais bondit et court droit à travers la foule vers Celui qu’il a prié, et qui l’a appelé.
Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? — Rabbouni, que je voie. »
Oh, mon Dieu. Ça pleure en moi quand je lis ça. Ne dirait-on pas Marie Madeleine au jardin, le matin de Pâques. Il a fallu que le Christ l’appelle, elle aussi, pour qu’elle ouvre les yeux, le reconnaisse. Et alors : Rabbouni ! Le même mot respectueux et tendre.
Après la traversée de la nuit, après l’épreuve mortelle, après le dépouillement, le salut. « Va, ta foi t'a sauvé. » Il ne dit pas « tu es guéri », il dit « ta foi t’a sauvé ». C’est son dernier miracle avant d’entrer dans sa Passion, et c’est le miracle qu’il nous laisse comme un message : le miracle que Dieu nous apporte en vérité, ce n’est pas la guérison, mais le salut.
Dieu n’est ni médecin ni sorcier, il est sauveur. Parfois nous avons besoin d’un médecin, mais toujours nous avons besoin de Cela qu’on appelle Dieu. Parfois nous croyons avoir besoin d’être guéri, alors que nous avons besoin d’être sauvé. Et qu’il nous faut pour cela tout simplement nous tourner vers Dieu et l’appeler de toutes nos forces.
Même un aveugle peut faire cela. Car la foi qui sauve, c’est dans le cœur qu’elle se trouve. Et rejoindre Dieu, c’est rejoindre l’amour.
Aussitôt l'homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route.
Comme c’est simple.
01:11 Publié dans Bénédictions | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : christianisme
24.10.2009
Épée de feu tranchante
Je me trouvais hier soir en compagnie de quelques personnes très impliquées dans la foi chrétienne. L’une d’elles, alors que nous nous apprêtions à prendre congé les uns des autres, évoqua ce texte de Luc où
« Jésus disait à ses disciples : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et comme il m'en coûte d'attendre qu'il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. » (12, 49-53).
Et tout le monde se mit à murmurer son incompréhension, voire sa réprobation discrète quant à cette parole de Jésus. Un feu, encore, on peut comprendre. Mais la division, jusque dans la famille !
Chacun repartait déjà de son côté, j’ai juste eu le temps de dire : « moi, j’aime vraiment beaucoup cette parole ! »
Oui, Jésus divise, parce qu’il tranche à vif dans le mensonge qui lie artificiellement les êtres.
Quelle profonde jouissance.
Une fois la vérité ainsi révélée, on peut créer de nouveau le monde. Pas avant.
Dieu, d’abord, dit.
Son dit fait la lumière (le feu).
Puis il sépare. La lumière et les ténèbres, le ciel et la terre, les terres et les mers, le jour et la nuit, l’animal et l’homme, l’homme et la femme, le bien et le mal.
Il distingue. Il discerne.
Voilà ce qu’est penser. Et ce penser est un créer. Et ce créer est un aimer. Et cet aimer est l’origine de ce penser. Car sans vérité, c’est-à-dire sans distinction, il n’est que faux amour. Et sans amour, il n’est pas cette puissance de feu qui déchire le vide et le vague, surmonte l’abîme et prononce la vraie parole de vie, la pensée qui agit et qui crée.
Les hommes la plupart du temps vivent dans le faux amour. D’où leurs malheurs, leur malédiction. C’est comme s’ils vivaient dans un monde encore incréé. Ils y voient mal, ils barbotent dans la mort ambiante.
On ne peut aimer que dans la lumière de la vérité. Le Christ ne divise pas comme le diable, par ennui pervers, il divise par amour supérieur, pour rétablir la pureté de la relation. Comme il voudrait que son feu soit déjà allumé ! Car tant qu’il n’a pas brûlé le voile de mensonge à travers lequel nous communiquons, la Parole d’amour ne passe que considérablement affaiblie, torturée, assassinée.
Quand il a dégagé toute confusion, toute pollution entre les êtres, quand ils peuvent se connaître face à face, alors Il règne.
00:00 Publié dans Bénédictions | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : christianisme
22.10.2009
La nouvelle île

(voir ici)
... c'est chez moi, sur le chemin de mer que je pris en bateau chaque semaine sept ans durant...
et dans l'estuaire de la Gironde, d'une grande présence aussi dans Souviens-toi de vivre...
auquel les éditeurs étrangers s'intéressent déjà...
15:03 Publié dans Bénédictions, Confession, Souviens-toi de vivre. Marie Madeleine | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature, christianisme
21.10.2009
À propos de la Conférence des baptisé-e-s de France
Hier déjeuné avec Christine Pedotti, cofondatrice avec Anne Soupa du Comité de la jupe et de la Conférence des baptisé-e-s de France. Je ne répèterai pas ce qu’elle m’a dit, ce serait indiscret. Mais ce que je pense, ce que je lui ai dit, je peux le redire, en le précisant un peu.
Tout d’abord, il est toujours salutaire de libérer la parole. L’Église, tant l’institution que l’ensemble des fidèles, a hérité d’une certaine culture, devenue une seconde nature, du par-dessous. On fait bonne figure, mais derrière la façade tout ce qui ne va pas hante la maison comme une armée de fantômes de plus en plus envahissants. Je ne crois pas en une « liberté intérieure » qui ne resterait qu’intérieure, qui ne se traduirait pas, sinon par une liberté de mouvement, du moins et pour commencer, par une liberté de parole.
Les « baptisé-e-s de France » veulent aérer la maison, et ils ont raison. Avoir conscience d’être dans le tunnel, c’est pouvoir vouloir en sortir. Seulement il ne faut pas s’égarer sur le chemin de la sortie. Que les fils prodigues retournent chez leur père. Le catholicisme ne sera pas sauvé par des mises en œuvre de stratégies humaines, mais par l’Esprit Saint. C’est lui, la petite lumière qui brûle au bout du tunnel, et que nous ne devons pas quitter des yeux, si nous ne voulons nous égarer dans quelque impasse. Si nous sommes sous l’Esprit, l’Esprit nous guidera. Pour cela, il faut prier et faire pénitence, c’est-à-dire entrer de nouveau dans la conversion, de tout notre cœur. Entrer dans l’ascèse, nous dépouiller jusqu’à l’os, jusqu’à la vérité, actée.
Souvenons-nous par exemple de cet autre moment de crise du monde et de l’Église qui aboutit à l’éclosion de nombreuses hérésies, dont le catharisme – qui avait ses beautés mais n’était pas viable. Qui vint rendre sa fraîcheur au christianisme ? François d’Assise, qui se mit au service du Christ en quittant ses vêtements. Dépouillement. Même mouvement que celui de Thérèse d’Avila réformant les Carmes, quelque peu égarés dans le confort, en les déchaussant.
Le cœur du christianisme, c’est la pauvreté. Heureux les pauvres de cœur… Toujours revenir au discours de Jésus sur la montagne, aux Béatitudes. Nous ne réformerons ni l’Église ni le monde si nous ne nous réformons nous-mêmes, individuellement et ensemble. Les catholiques doivent renoncer à l’appétit et même au goût que cultive le monde pour les biens matériels et les positions sociales. Ils ne trouveront pas autrement la pauvreté du cœur. Quand nous serons pauvres de cœur, alors l’évolution vers la vie s’opèrera elle-même.
J’ai foi en la parole que nous pouvons libérer, au travail qu’elle peut faire, du moment que nous ne quittons pas le Christ des yeux. Soyons vigilants.
Personnellement, je ne souhaite pas que l’on puisse donner aux laïcs la possibilité d’administrer certains sacrements, dans certaines situations où le manque de prêtres se fait cruellement sentir. Je ne souhaite pas brader l’Esprit. Je souhaite que nous ayons beaucoup de prêtres, comme il se doit dans toute société humaine qui se respecte, depuis la nuit des temps.
Il faut donc que la vie de prêtrise soit de nouveau possible. Il faut la repenser. Sans précipitation, sans procrastination non plus. Repenser la question du célibat avec finesse et compassion. Que l’on accepte le mariage des prêtres ou qu’on s’en tienne à leur célibat, se défaire de toute crispation hystérique sur le vœu de chasteté. La chasteté n’est pas nécessairement l’abstinence totale, et un exemple comme celui de l’abbé Pierre prouve assez qu’une certaine souplesse sur cette question n’empêche pas de faire une œuvre magnifique au service du Christ.
Oser penser aussi la question d’une possible accession des femmes à la prêtrise. Certaines femmes, dont je suis, ressentent profondément l’appel de cette vocation. Mais pour ma part, je ressens aussi un parfait abandon au temps de Dieu, et je ne souhaite pas du tout aller plus vite que lui. Si je n’ai pas la possibilité de répondre personnellement à l’appel que je reçois, d’autres après moi l’auront, quand le temps sera mûr pour cela.
Que notre parole accompagne le mûrissement du temps. Nous sommes un peuple enceint du Royaume, vivons notre état dans la grâce.
14:14 Publié dans Au fil des jours, Bénédictions | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : christianisme
19.10.2009
Finalement
Ils se coupent de la vie, les hommes,
Dès qu’ils retiennent leur parole
Derrière les barreaux de leurs dents.
Qu’ils ouvrent la bouche, qu’ils accouchent
Leur désir, leur amour, leur vérité,
Et leurs enfants leur rendront toute jeunesse.
Les hommes vivent dans les limbes, vivent-ils ?
Parfois ils veulent m’entraîner dans la mort et je nage,
Jour contre jour, les tirant, flottille,
Vers la source étroite qui fait signe,
Là-haut, de joie, nous attendant.
Oh, souffle doucement dans nos voiles, Esprit,
Que même les nuits sans étoiles nous allions,
Ensemble et l’un vers l’autre, à bon et juste port.
Finalement ils sont rares les êtres
Qui savent obéir à l’Amour.
Finalement l’Amour les sauve
Ceux qui aiment pourtant, ceux qui souffrent d’amour,
Bataillent à contre-courant de la mort ambiante,
Plongent en apnée dans la nuit du barrage,
Livrent le long combat, et libèrent,
Combattant, les vannes de la vie.
09:53 Publié dans Bénédictions | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature, christianisme
11.10.2009
Nous sauve
La première fois que je suis allée à Sainte-Rosalie, en sortant de la messe du dimanche matin je suis restée devant l’église à contempler, dans un tel bonheur que c’était comme mourir et entrer au paradis. Je ne pouvais même pas prendre l’appareil photo, alors que c’était si extraordinairement beau, ce soleil blanc sur la façade de l’église toute simple et sur les fidèles qui sortaient en saluant les prêtres, les enfants avec le curé comme avec un grand frère de sagesse et d’amour… La lumière était incroyable, tout baignait dans une grâce inouïe et simplissime.
J’y suis retournée, le mardi, demander à Patrick, le curé, si je pouvais être des leurs. La lumière n’était plus la même, ce n’était plus la sortie de la messe, je n’étais plus tétanisée de joie, j’ai pu photographier.
Pendant cette première messe à Sainte-Rosalie j’avais pleuré secrètement, de ressentir ce qui se passe là-bas, quelque chose de coloré et vivant, avec beaucoup d’enfants présents, paisibles, heureux. Ce matin, comme la télé était là, il y avait plus de monde que l’église ne pouvait en contenir. Comme d’autres, je suis restée debout au fond, assise juste devant moi une jeune femme avec un nouveau-né, autour de nous des enfants, et des gens calmes et heureux d’être là. La messe est célébrée, je pleure à l’intérieur des larmes de joie.
À la fin, comme nous sommes si nombreux et comme la télé doit rendre l’antenne, on ne peut donner la communion aux derniers, dont je suis. Nous refluons, sentant cruellement la privation.
Dehors, j’essaie d’oublier cette tristesse physique de n’avoir pu communier. Je marche, je regarde la beauté des gens, du monde, mais cela continue à me manquer. Puis je rencontre, successivement, sur mon chemin, trois mendiants. Par trois fois, le sourire et la parole échangés, ainsi que la pièce ronde et dorée comme une hostie, de la main à la main, me consolent.
Heureux sommes-nous, d’avoir des pauvres. Disant cela, je ne fais pas l’apologie de la misère. Je leur exprime ma gratitude. Car plus le monde s’éloigne de la pauvreté, plus la pauvreté est déconsidérée dans le monde, plus l’homme perd sa nudité, et plus celui qui a été jeté dans le dénuement nous sauve. Oui, nous sauve.
19:33 Publié dans Au fil des jours, Bénédictions | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : christianisme



