09.02.2010

...

Je pars quelque temps... mais repasserai de temps en temps. À bientôt !

08.02.2010

C'est bon de rire

Grand ménage de printemps en ce moment sur Bibliobs. Après l'article de Pierre Jourde démontant une fabrication éditoriale aux très gros rouages, nommée Haenel, voici Aude Lancelin qui révèle que dans son dernier opus le grave BHL (quelqu'un l'a-t-il déjà vu rire, d'un bon rire ?) a pris pour argent comptant le canular "Jean-Baptiste Botul" (dont je lus naguère le très drôle Nietzsche et le démon de midi). Ou bien il est vraiment très malvoyant (mais on a souvent mieux vu que lui le monde sans faire autant de déplacements), ou bien quelqu'un de ses employés est facétieux, je ne sais pas, mais je ris de bon coeur.

 

Enfants

 

Enfant je grimpais à la corde

Plus vite que tout le pays.

Sauvageons en petite horde

Courant tout le jour ébahis


Par notre vie de long en large

Et du sol en hauteur, en plein

Milieu de l'être et dans ses marges.

À travers les forêts, au sein


Du bruit de l'océan, des vagues,

De ruelle en ruelle, perçant

La mort de cris, rires et dagues,

Nos épées de bois dispersant


Les superbes comme en la Bible

Fait Dieu. Et nous n'en savions rien.

Car Dieu était chez nous passible

De moqueries et de mépris, chien


Qu'il était de donner vie chienne

À ceux qui s'escriment au bien

Et ne récoltent que des peines.

Or, à l'arbre le plus ancien,


Corps à branches, vers la lumière

Nous montions, sentant se lever

En nos cœurs le radieux mystère

De l'Invisible, qui rêvait.


 

07.02.2010

Apostrophe (2)

 

Moi je vais vous dire à la neige

Je file et je verrai chacun

De vous dans un flocon j'allège

Votre carne des mers l'embrun

Pour moi vous êtes qui m'arrose

La face à la face de qui

Se lève au matin dans la rose

Nuée de la montagne qui

Se couche au bout de sa tournée

Payée dans l'eau mon sang exquis

Grand poisson rouge à l'écrasée

De l'astre moi mon cœur acquis

À vous la chaude confiture

De mon vivant au pauvre temps

Présent à toi Dieu mon armure

Mon inventure mon sextant

Je vais aller dire à la neige

La beauté des hommes mon corps

Livré à l'amour qui m'assiège

Vers toi je les monte à mon bord

Tempête longue blanche douce

Coiffant les cheveux des forêts

Bébés je vous porte en ma gousse

Nous voyageons jusqu'à l'arrêt

Du bus qui n'a pas d'existence

Pérégrinons dans l'I love you

La foi la nouvelle partance

Milliers flocons milliers voyous

Vierge une milliers d'étoiles

À sa couronne de fraîcheur

Pétillant au fourneau du poêle

Ma parole donnée par cœur.


 

23:23 Publié dans Apostrophes | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : littérature

06.02.2010

Chanson du retournement


Tu es une mine, lui dit l'homme.

Elle fut exploitée, ravagée.

Jusqu'au point que nul être ne nomme.

Tremblements de la terre excavée.


Avides les fourmis s'agitaient

Sur sa vie, sa parole précieuses.

Frénésie ! Leurs sales mains fouillaient

Au pillage, aux soldes très honteuses.


Cacophonies et rengorgements.

Pitres d'humains, bave aux commissures

De leurs organes en soulagement,

Se régalant de leurs vomissures.


Que devient l'homme quand il se perd ?

Quand il n'est plus un vrai bien qu'il veuille ?

Platées de mensonges, il s'en ressert

En groupe, que ce marais l'accueille.


Ainsi le peuple le soutient-il.

Il l'a mauvaise, son inconscience.

Partout dans la cité, noirs terrils,

Faux prophètes de sa fausse science.


Un souffle passe.

Les yeux fermés,

La vie s'efface.

Reste à aimer.


Grâce ! Sur toi, inépuisable

Source, vient murmurer l'Esprit.

Le ciel est à jamais épris

De toi et il te garde aimable.


Vendanges de l'amour, la belle

Saison ! Le rouge monte aux joues

Des siècles des siècles, je voue

Le temps qui s'annonce à l'airelle


Et à la vigne redondante.

Cueille la grappe ! Le beau jour

Te cueillera, dans ses atours

De pâtre à la flûte chantante.


Dans les prairies célestes, abondent

Les nappes étendues, portant

Les vins et les mets succulents.

Très loin dans leurs forêts profondes


S'ouvrent, bien rondes, les clairières

Où se prépare le berceau

De notre volonté dernière.

Frères, notre ultime vaisseau.


 

Enlever le voile

itineraire.jpgQu'il le sache ou non, la thèse d'une complicité entre Hitler et Roosevelt, exposée dans son dernier livre, est un aveu d'Haenel sur sa complicité avec Sollers, dans le pillage de mon œuvre, la grande déportation de mes mots dans son livre précédent, Cercle. (Et les yeux fermés de leurs "alliés", "que des menteurs et des complices", comme il le dit).

« Une fois seul et concentré dans la nuit, ce qui tracera des flammes, c'est votre autre main. Pas la droite, pas la gauche, pas non plus une troisième : l'autre main, celle qui est son propre événement. Une telle main n'est occupée que d'elle-même, comme un saint, un léopard, un diamant. C'est elle qui rouvrira pour vous les dérives. » écrit-il.

Cette autre main, celle qui est « son propre événement », c'est la mienne qui écrit. Les paroles de feu qu'il a pillées pour en truffer son texte gris. La poésie qui s'y trouve, elle vient de moi, même si elle a été considérablement abîmée dans le transport.

image trouvée ici

bien vu, la pitrerie finale, dans Les Bienveillantes


05.02.2010

Chanson à boire

 

Je suis l'heureuse, la bienheureuse,

Toutes mes étoiles dans l'autel

Vivent, petites abeilles à ciel

Blanc qui butinent mes très soyeuses


Fleurs, des champs, des forêts, des prairies

De mes terres et de tout mon cosmos,

Qui me font des baisers jusqu'à l'os,

Surchauffant comme mille aciéries.


Suis-je glorieuse, royale, sainte,

Ou ahurie ? Oh, le grand bonheur

De la vie reçue au chant d'honneur !

Poussière d'or, ma couronne tinte


Contre la voûte du monde, tête

En l'air quand je monte, sans arrêt,

Jusqu'au dernier étage, et après,

Continue, dans l'amour qui me tète.


Dieu, mon Dieu, quelle béatitude !

Vois comme j'aime tous tes enfants !

Comme d'un murmure à l'olifant

Je les appelle où tu les dénudes,


À l'assaut de nos humaines ruines,

De nos coinceries viles, en avant,

Toute ! Que nous emporte le vent,

Et buvons sous ta petite bruine.

 

 

La vérité nue, devant le monde aveugle

georges04.jpgO me dit qu'il emporte avec lui Souviens-toi de vivre à Londres, bien qu'il l'ait déjà lu. L'un de mes fils aînés s'inquiète de voir que ce livre porte encore la trace de la longue entreprise de destruction que j'ai subie, par volonté d'occulter et tuer ma parole.

(Entreprise très moderne).

Lui aussi nous montre ce que l'homme fait à l'homme. Son corps exposé, sa plaie ouverte même après sa résurrection, pour que nous ouvrions les yeux. Se désaveugler, encore et toujours, seule voie pour le salut du monde.

J'ai trouvé la peinture de Sergio Birga ici.

 

Déchirer le voile

 

La terre tremble, les tombeaux s'ouvrent.

Du cœur de l'homme sortent les morts.

L'eau et le sang ont coulé du corps

D'amour. Les ténèbres tombent, couvrent


Les heures du jour très long, blessées.

Tonnerre sans pluie, ébranlement

De l'univers, horrible moment

De la mort dans l'âme rabaissée.


Froid. Les pierres, muettes, se fendent.

Au pied de la croix de vérité,

Témoins et proches tétanisés.

Que du ciel le jugement descende !


Le ciel se tait, leur reste invisible.

Parmi les hommes, combien ont ri

Devant la douleur de l'homme pris

Au piège des hommes ! Indicible.


Ils jaillissent de la mort du monde,

Les morts, ceux qui sont saints, seuls vivants

Dans la ville suicidée, errant.

Parlent-ils ? Personne qui réponde.


Personne, sinon, au sanctuaire,

Cela qui vient au jour, déchirer

Le voile et exposer, nu, le vrai.

Commencement de la nouvelle ère.


 

04.02.2010

"en jeu la littérature"

"Mais alors, que reste-t-il du livre sans la vérité ? Et bien il reste la simple dénonciation, assénée sans base narrative crédible, d’une prétendue complicité entre Hitler et Roosevelt. On en mesurera la nouveauté en se souvenant que c’était déjà là l’argument de Staline pendant le pacte germano-soviétique, et celui, bien sûr, des nostalgiques de la collaboration après guerre. Est-on encore dans la littérature ou dans la négation de l’Histoire ?

A moins que l’on ne soit dans la négation de la littérature ?"

Marc Weitzmann, à lire en entier ici sur Libération

 

"L'absolu littéraire réduit au kitsch, au pompeux, au lyrisme adolescent. Tantôt on jurerait une parodie d'hymne scout par les Inconnus, tantôt on se croirait dans un livre de Villepin. De temps en temps, ça pourrait être les paroles d'une chanson de Gold. Haenel fait semblant. Ses textes sont fabriqués tout comme son personnage est fabriqué. Après avoir publié des pages pleines d'enthousiasme lyrique sur le génie de Philippe Sollers, il s'est retrouvé comme par hasard publié dans la collection « L'Infini », puis, comme par hasard, indéfectiblement soutenu par le Monde des livres, avant, comme par hasard, de recevoir le prix Décembre, parrainé par Pierre Bergé, ami de Philippe Sollers et de l'ex-directrice du Monde des livres. Diamants de joie, feu du vent. Comment vendre comme de l'absolu du réseau pur jus, première pression. Et qu'on ne ressorte pas l'éternel cliché de la « querelle germanopratine». Toutes les querelles ne sont pas germanopratines. L'affaire ne serait en soi ni très grave ni très originale, si elle ne mettait pas en jeu la littérature, ce qu'elle peut, son rapport à la vérité, la capacité contemporaine à juger d'un style et d'une œuvre. Si la tromperie nommée Haenel n'était pas aussi énorme, et si elle n'utilisait pas la figure héroïque de Karski. Il y a des obscénités qui finissent par révolter."

long et fin article de Pierre Jourde, à lire en entier ici sur Bibliobs


"Parce qu'il y a une bataille pour la vérité. Parce que le mensonge, comme le diable selon Baudelaire, a maints tours dans son sac, à commencer par celui de faire croire qu'il n'existe pas et qu'il est un autre visage du vrai. D'où méfiance. Ruses. Corps à corps sans merci. Guerre de papier, mais guerre quand même."

Bernard-Henri Lévy, interview à lire en entier ici sur l'Express

 

Déchirer le voile

La Renaissance est derrière nous. Nous avons à la garder vivante dans son meilleur, pas à chercher à la répéter. Ce que le monde attend maintenant, c'est la Résurrection.

Ce que pressent le parti d'Olivier Besancenot en présentant une candidate voilée. Car une femme voilée est un signe d'enterrement (et je suis pour l'interdiction de la burqa, mais pas pour celle du voile).

Bien sûr ces trotskystes se trompent. Ils veulent enterrer le vieux monde. Ils pressentent que ce vœu est politique, et plus que ça, spirituel. Mais ils ne pourront pas dépasser la mort avec leurs stratégies, conscientes ou inconscientes.

Ressusciter demande l'abandon de l'homme, de chaque homme, à la vérité, l'amour, l'humilité. Le renoncement au mensonge sous toutes ses formes. Ce n'est pas rien. Un retournement complet, plus révolutionnaire que tous les révolutionnaires. Du brouillard de pollution à la lumière du ciel.


Chanson de la balladine

 

Ils courent, mes doigts, sur les touches

Blanches et noires des mots, des notes

De l'esprit piano qui s'abouche

Avec mon souffle, entre mes côtes.


L'homme dans la fureur du monde

Cherche une adresse douce, bonne,

Maison de parole féconde

Qui rende heureux quand elle sonne.


Et si ma musique s'emporte

C'est de passion avec la salle

Venue partager l'heure forte

Donnée par l'enfant de la balle.


Aussi mes rimes féminines

Ce jour vous demandent la grâce

De comprendre la balladine

Qui vous écrit de place en place,


N'ayant que sa langue pour tente,

Venue de notre humaine enfance

Présenter la vie tendre, ardente,

De la toute nouvelle alliance.

 

 

Dans les siècles des siècles

spirale1.jpgMa poésie est sans doute trop lisible, trop vivante, trop parlante, énergique, musicale, virtuose, sensée, cordiale, enthousiaste, mystique, directe, pour les tenants de la poésie des dernières décennies.

Normal : je n'écris pas pour me mordre la queue, mais pour les temps qui viennent, et pour vous qui sentez l'heure.


03.02.2010

À l'heure de prier

 

J'ai craché du feu sur les paupières

Du monde que la glaise scellait,

Que le sceau du malsommeil plombait.


Nous mettrons le feu à la misère

Des hommes quand leurs yeux dessillés

Trouveront les chemins contemplés.


Venez, allons boire à la lumière

Des amours qui nous ont relevés,

Des regards que nous avons rêvés !


La flamme est allumée, la prière

Maintenant va rejoindre l'aimé

Dans le jour que la nuit a trouvé.

 

 

L'arbre

 

Il est l'arbre et nous sommes sa terre.

Ses racines étirent dans le temps,

Dans nos chairs, le lien qui se resserre

Lentement entre l'être et l'étant.


Ô tout-puissant Vivant, notre père,

Sommes-nous, oui vraiment, le terreau

Qui te sert de mère nourricière ?

Chiffre neuf, compagnon du zéro.


C'est toi qui jettes dans la matière

Les eaux qui la fécondent, en l'obscur

Le feu qui ferait crier les pierres,

Aux grottes les signes de l'azur.


Dieu ! Grâce à ta frondaison entière,

Nous avons nos racines au ciel

Et bientôt, en assemblée plénière,

Nous rejoindrons ta vie, ô Réel.

 

 

Chanson de la pucelle aux puceaux

 

Je dis toujours la vérité.

Si seulement j'étais bien crue !

Mais ils ne savent que douter,

Les hommes auxquels je donne nue


Ma langue. God ! Crue je le suis,

Estiment-ils. On fait la chose,

On ne la dit. Bienvenue, nuit,

Qui cèle de l'humain la cause,


Le procès, la résurrection !

Cachez ce sein dans l'invisible !

Mesdames et messieurs, pardon,

Je le fais en beauté lisible.


Ce que je pense, je le dis,

Ce que je fais aussi, et j'aime

Aimer qui j'aime, tout crédit

Payé sur terre et au ciel même.


Discrétion ! me dit-on, l'œil rond

Du pécheur empêcheur de dire

La vérité nue des corons

Et des châteaux de l'âme, cire


De feu qui appose le sceau

De Dieu sur la condition douce

Et dure de l'homme, puceau

Toujours face à la vie qui pousse.

 


Procès

 

Quelle écriture dans la chair

Crée un être vivant ? Le songe

Amoureux de deux êtres, clair

Procès sexuel qui allonge


Le temps par les générations ?

Et puis ? Comment se réenroule

La nouvelle phrase, l'action

En marche dans le sang qui coule


De source à reprise ? Passion.

Dieu sur l'échelle de la vie

Accomplit la décorruption

Progressive, longue, hardie,


Du matériau spirituel.

Jusqu'au déchirement du voile,

Il se dépouille du partiel

Brouillon de l'œuvre en cours. L'étoile


Du matin révèle la nuit

Passée aux hommes qui s'endorment

À l'heure de partir au puits

Chercher la vie qui se reforme.


Montée doucement dans le jour,

Elle prononce d'un silence

Le verdict lumineux d'amour :

L'être jouit dans la patience.


 

Chanson des chiots

 

D'où vient la joie ? Les petits chiens,

Bondissant et jappant, s'amusent,

Tout comme l'homme, sur son chemin,

Sifflote, baguenaude, accuse


Réception de la vie, merci !

La joie est rapide à la course,

Revient en ballerine, rit

En ceux qui couchent à la Grande Ourse.


Eh, frères chiots, vous oubliez,

Dans votre jeu, votre gamelle !

De la nécessité déliés,

Légers, vous vous faites la belle !


Les hommes au banquet gravement

Pensent à se remplir la panse.

Sous la table les chiots, mangeant

Les miettes, accomplissent leur danse.


Allégresse, tapis volant

Des infimes réjouissances

Qui transportent amoureusement

Le cœur tout près de sa naissance !