29.01.2012

To teacher Jesus

 

En substance

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Paolo Uccello, Le miracle de l’hostie  profanée


Dans l’évangile de ce dimanche, Marc évoque l’  « autorité » avec laquelle Jésus enseignait. Le mot grec pour le dire, exousia, est le même que rapporte Matthieu (28, 18) lorsque le Christ ressuscité déclare à ses disciples : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre ». Qu’est-ce donc que cette autorité ou ce pouvoir ? Le mot exousia signifie pouvoir de faire, liberté, puissance, abondance, splendeur. J’en parle déjà dans Voyage mais je n’en finis pas de contempler ce mot. Ce qu’il nous dit littéralement, c’est que cette ex-ousia est un pouvoir qui vient de l’essence, de la substance, de l’être. Ce pouvoir est celui de l’être de Dieu, de l’Être, qui passe par le Christ avant sa mort, et y demeure pleinement à sa résurrection. Il s’agit d’un pouvoir infiniment fin, le pouvoir de la parole sur le vivant et sur la mort.

Ce seul mot, exousia, dit ce que dit le début du Notre Père : « Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Le monde est agité de bruit et de fureur, mais ce qui le commande, l’ordonne et y règne en vérité, c’est l’exousia du Christ. Telle est la bonne nouvelle qui ne se trouve jamais dans les journaux, du moins jamais explicitement, mais toujours dans le souffle léger qu’en patientant dans la montagne, après le bruit et la fureur, nous pouvons percevoir, même derrière les informations les plus triviales.

Cette semaine, j’ai lu deux petites histoires qui témoignent humblement de ce pouvoir à l’œuvre dans le monde, les voici :

 

En décembre 1854, alors que le parlement du royaume de Savoie discutait une proposition de loi sur la suppression des ordres religieux, le jeune prêtre turinois Giovanni Bosco avait fait état au roi Victor Emmanuel II de ses hantises, dont celles de prochaines funérailles à la cour.
 
A l'appui de celles-ci, il avait fait parvenir des documents anciens de la famille des Savoie où les ancêtres maudissaient à l'avance leurs descendants s'ils devaient agir contre les intérêts de l'Eglise. Plusieurs membres de la famille royale étaient morts peu après.
(ici)

 

« À la messe, au moment de l’offertoire, les anges gardiens des fidèles présents apportent en procession les offrandes et les demandes de ces derniers à l’autel du Seigneur. » C’est ce qu’affirme une mystique bolivienne, Catalina Rivas, à qui la Vierge a montré réellement ce qui se passe pendant l’Eucharistie. Elle témoigne : « Les anges des personnes qui offrent et demandent beaucoup portent un vase (ou un bol) contenant quelque chose qui resplendit, d’une forte lumière blanche doré. Ceux dont les fidèles n’ont rien à offrir avancent les mains vides ». ()

 

Dans le premier cas, il s’agit d’une histoire où l’on ne sait s’il faut vraiment voir une relation de cause à effet entre les deux termes. Dans le deuxième cas, il s’agit de la très belle vision d’une mystique. Dans les deux cas, il semble que l’on soit dans un domaine mouvant du point de vue de la rationnalité, et pourtant il y a là plus de « splendeur essentielle » (exousia), et donc de vérité, que dans tout ce que nous considérons d’habitude comme raisonnable. La raison réelle, substantielle, produit l’étonnement et fait autorité.


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28.01.2012

Promenade du jour, amour

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Que par nos bouches le jour rallonge

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Après avoir parlé toute la journée, il sait bien, lui, que sa parole à coup sûr va les emmener sur l’autre rive, en quelque sorte du signifiant au signifié incarné, de la parabole à sa transsubstantiation dans la vie, leurs corps, l’homme, le réel. Eux l’ont écoutée, sa parole, mais le déséquilibre qu’elle a produit dans leur tête produit cette tempête où ils ont peur d’être engloutis. Il le leur fait remarquer, ils manquent de foi. C’est qu’ils n’ont pas assez intériorisé cette parole, ils ne l’ont pas encore faite leur, elle ne s’est pas implantée en eux comme en une terre ferme mais dans une instabilité, un chaos qui déclenche la tempête. En vérité la tempête ne les menace pas, elle est à leur service : elle leur donne un peu plus de temps, et dans ce temps malmenant un point de repère fixe : le Christ, à bord avec eux et sans impatience.

J’écoute avec acuité, c’est pourquoi je réagis parfois pour ainsi dire en criant. C’est que la fausseté que j’entends me hurle aux oreilles comme si vous entendiez une craie crisser sur un tableau, comme si de fausses notes venaient défigurer la splendide symphonie du monde. Bien sûr le monde des hommes est une perpétuelle cacophonie, c’est pourquoi il faut sans cesse se retirer dans le silence, mais aussi il faut travailler à l’ébouer, la purifier, la sanctifier, afin que nous puissions entendre Dieu, que  nous devenions audibles les uns pour les autres et tous pour Dieu. Un chef de chœur ne peut pas laisser chanter faux. J’ai appartenu à plusieurs chœurs, je sais bien que très souvent le chef bondit et se fâche quand ça ne va pas, qu’il doit redonner la note et le mouvement justes. Voyez Jésus, comme il rabroue ses disciples, sans doute plus souvent que ne le rapportent les évangélistes, car ce sont choses que le temps emporte. Certains parmi les choristes ou les danseuses en herbe étaient très vexés de se faire si vivement reprendre, mais moi jamais, je comprenais tout à fait la souffrance du chef devant nos fautes et nos approximations, et la difficulté qu’il y a à tirer vers le juste qui ne l’entend pas. En ce qui concerne la parole de Dieu j’entends et donc je dis, ainsi que je le dois, et ce que je peux dire dans la vie avec fermeté mais tendresse, je le dis plus rudement par écrit ici à ceux qui sont aussi chargés de porter une juste parole, car la responsabilité en est décuplée, et parce que l’écrit permet d’exprimer plus crûment la vérité, et souvent doit le faire, n’ayant pas le support du corps, de la présence réelle, pour l’exprimer plus complètement.

Cette nuit après avoir écrit ici je suis allée chercher dans la Bible en hébreu le verset du psaume qui dit « Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange ». Verset que j’adore, qui ouvre le jour, la prière, la parole, quand on vit dans un ordre religieux, et justement j’ai vu que les mots pour le dire contiennent l’aube et la lumière. Et puis nos lèvres, que nous demandons au Seigneur d’ouvrir, sont aussi, au deuxième sens, nos langues, pour louer Dieu nous devons le laisser ouvrir nos langues, que les oiseaux du ciel y habitent et y chantent.


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Dieu est une personne

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Pietro Lorenzetti, Madone à l’Enfant


Je viens de regarder sur internet l’émission L’Esprit des lettres, et je suis vraiment heureuse d’avoir entendu vraiment parler de Dieu. Je suis heureuse d’avoir entendu Sylvie Germain citer les poètes. Je suis heureuse d’avoir entendu Franz-Olivier Giesbert dire sa foi solide et joyeuse, sa foi de charbonnier, bravo ! Et je suis très heureuse d’avoir entendu le cardinal André Vingt-Trois, notre évêque, dire et redire que Dieu est une personne. Oui, vraiment, il est une personne, plus grande beaucoup plus qu’une personne humaine mais une vraie personne, une personne avec une personnalité et une présence plus immenses et plus fines que tout, et qui agit vraiment, avec une puissance et une extrême finesse, extrême, extrêmement étonnante et évidente si vous parvenez à y faire assez attention, ce qui demande beaucoup de contemplation, beaucoup de temps de silence, beaucoup de réception et d’amour et de désir, oui je vous le dis c’est vrai il est une personne, et je le tiens dans mes bras et je me tiens dans son être - qui n’est pas moi, attention, je ne dis pas cela ! et je suis heureuse que oui, des gens le sachent. Alors, tout n’est-il pas simple, quand c’est ainsi ? Qu’importe tout le reste, je vous le demande ? Seulement il ne faut pas le trahir, il faut parler et agir comme il veut, comme il est juste, c’est tout.


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27.01.2012

Tempête entre les tympans

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image trouvée ici


Jésus le Christ, ayant parlé tout le jour, dit aux disciples : passons sur l’autre rive !

Les voilà tous dans le bateau. Le Fils de Dieu s’endort mais eux, rejoindre l’autre rive ! La peur leur chamboule l’esprit, comme saouls ils oscillent, ils fomentent des plans.

Et les voilà, les vagues, qui montent avec le vent, la nuit, et font tanguer la barque ! Ils rament, les malheureux, ils manœuvrent tant qu’ils peuvent !

Mais rien n’y fait, le juste, paisible et bienheureux, repose. Ils lui crient leurs reproches : ce qu’ils voudraient, c’est arriver, mais sans avoir à se risquer !

Et les manœuvres se poursuivent, ils se raidissent contre la mer qu’ils déchaînent en restant enchaînés. « Silence, tais-toi ! » dit-il. C’était un temps où les hommes avaient moins de sable aux oreilles : ils se dénouèrent, ils assumèrent, et la mer se calma.


Veiller au Graal

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L'Apparition du Saint Graal

 

Chaque parole, chaque acte injustes concourent à emmener le monde à la ruine. Veiller au Graal, pour sauver le petit reste. Et qu’il augmente, s’élève et se répande.

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en la forêt de Brocéliande, le 1er mars 2008


Je pourrais écrire sur ce thème, pour aider.


Régner

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Pisanello, Madone à la caille


Le Règne de Dieu croît comme une végétation, de la graine à l’épi comestible ou aux frondaisons où nichent les oiseaux, nous rappelle aujourd’hui le Christ. J’ai évoqué cela, il y a quelque temps, à propos du sabbat. Il ne faut pas s’en faire, rien ne sert de s’agiter, il faut le laisser croître, voilà tout. Cueilli au mauvais moment, il ne donnerait rien ou pas grand chose, il ne nourrirait pas, il ne monterait pas non plus au ciel, ni ne se déploierait pour la vie. Quand saurons-nous que c’est le juste moment ? Eh bien, nous le saurons, c’est tout. Il suffit de suivre et faire le travail de la vie qui s’impose pendant ce temps, et d’y veiller. Et veiller, c’est croître avec lui, comprendre son principe, son temps, sa vie. Le comprendre, et en être. La petite graine du blé ou du sénevé dorés, de ses orteils jusqu’à sa chevelure, elle pousse en Dieu, elle est la reine, sous tous les temps, du début à la fin et dans toutes les directions.


26.01.2012

Douceur. Agir en douceur

 

Extase

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Nicolas de Stael


Sur la route en voiture, un peu avant d’arriver, nous sentant remonter vers le sud comme vers une source, une naissance, nous nous taisions. (…) vie ou mort, ça n’a pas grande importance dans le temps gigantesque et immobile, et la beauté éternelle du monde.

extrait de Moha m’aime, bientôt (quand j'aurai fini de tout retaper !)  sur AlinaReyes.net


Comme il est bon de se mouvoir dans l’éternité.


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image reçue hier sur twitter, de François Bon, du train entre Bordeaux et Toulouse

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« la mer qu’on voit danser », dit-il… image reçue à l’instant, d’Olivier Létoile, de Biarritz


LA JOIE

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Jean-Michel Basquiat, Untitled


" Z'étaient gentils avec toi à l'université, pourtant. Admets-le. Y t'ont laissé y traîner un bon bout d'temps. Y t'ont même autorisé à y donner un cours.

- Oh, leur attitude était tout aussi odieuse. Un petit-blanc du Mississipi est allé dire au doyen que je faisais de la propagande pour le Pape, ce qui était évidemment faux. Je ne suis pas en faveur du Pape actuel. Il ne correspond absolument pas à l'idée que je me fais d'un Pape bon et autoritaire. Pour tout dire, je suis violemment opposé au relativisme du catholicisme moderne. Cependant, le morceau de bravoure de ce plouc ignare extrémiste a poussé mes autres étudiants à mettre en place un comité exigeant que je note leurs dissertations et les leur rende. Ils ont même organisé une petite manifestation devant la fenêtre de mon bureau. L'ambiance était assez dramatique. Pour des enfants simples et incultes, ils ont fait du beau travail. Du haut de mon balcon, je jetai alors les copies - non notées - sur leurs têtes. L'université s'est avérée trop conformiste pour tolérer cet acte de rébellion contre l'inconnaissance contemporaine.

- Ignatius ! Tu ne m'avais jamais raconté ça !

- A cette époque, je ne voulais pas trop t'énerver. J'ai aussi fait savoir aux étudiants que dans l'intérêt de l'humanité future, j'espérais qu'ils fûssent tous stériles. "

 John Kennedy Toole, La conjuration des imbéciles, livre culte

 

" LA JOIE (…) Plus que personne, le mystique souffre de la pulvérulence des êtres. (…) Partout, l’émiettement, signe du corruptible et du précaire. (…) Il faut avoir profondément senti la peine d’être plongé dans le multiple, qui tourbillonne et fuit sous les doigts, pour mériter de goûter l’enthousiasme dont l’âme est soulevée, quand, sous l’action de la Présence universelle, elle voit que le Réel est devenu, non seulement transparent, mais solide. Le principe incorruptible du Cosmos est désormais trouvé, et il est répandu partout. Le Monde est plein, et il est plein d’Absolu. Quelle libération ! "

Pierre Teilhard de Chardin, L’Humanité en marche

 

Catholiques, cherchez ce que signifie Vierge Marie.

 

25.01.2012

Clair jour, mesure et conversion

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Fra Angelico, Le Sermon sur la montagne


En ce jour de la conversion de saint Paul, il n’est pas inutile de rappeler que nul être humain n’a le droit d’essayer d’en convertir un autre. Seul Dieu peut le faire, il le fait comme nous le voyons dans l’exemple de Paul par sa Lumière et sa Voix, d’une façon ou d’une autre, mais d’une façon toujours ouverte, par une interrogation saisissante, mais qui ne force jamais la conscience. En vérité la Lumière se présente à chaque homme, et nous voyons bien qu’elle le laisse libre de faire de sa manifestation ce qu’il veut, puisque la plupart n’en font rien.

Jean le Baptiste disait : « convertissez-vous », et non « convertissez autrui ». Jésus demandait d’annoncer la Bonne Nouvelle, la proximité du Royaume : cela suffit pour ouvrir les yeux sur la présence de Dieu à qui désire les ouvrir. Ensuite, Dieu fait le travail lui-même, avec l’aide d’un accompagnement humain harmonieux, non intrusif, ni spirituellemment ni psychologiquement. Quand l’homme veut convertir autrui, forcer la transformation que la conversion en Dieu opère d’elle-même et dans un sens évidemment infiniment meilleur et plus sûr, il commet inévitablement des abus. Entre deux êtres humains, rien ne peut avoir lieu que de façon clairement consentie. Il est absolument interdit d’imposer à autrui des épreuves s’il n’a donné son accord explicite pour cela. Sinon, c’est de la manipulation. Tout ce qui est fait de façon souterraine est mauvais, entraîne l’usage du mensonge, de la manipulation, de la tromperie. Et bafoue la dignité d’autrui en laissant non reconnue, non assumée, la véritable nature de la relation établie avec lui, voire dénie autrui en ne reconnaissant pas même l’existence de la relation ainsi cachée, dérobée à sa responsabilité.

Je demandais dans la note précédente ce qu’il advient de ceux qui font le mal pour rien : sont-ils destinés au rien ? Je trouve dans la lecture de ce jeudi (Mc 4, 21-25) ces paroles de Jésus où l’on peut trouver une réponse : « Celui qui a recevra encore ; mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. » En fait, ce n’est donc pas à zéro que se réduit celui qui mesure au rien sa relation à autrui, mais à moins que zéro. « Qui a des oreilles, qu’il entende ! » Pour sortir de ce sous-sol, le pas à faire est celui qui mène du secret au grand jour. Non pas au grand jour spectaculaire et faussé et plein de ténèbres accrochées, mais au grand jour simple et honnête de ce qui, en vérité, est.