06.12.2009

Crie la lumière, soi


Une minuscule métisse de deux ans remonte la travée en trottinant, dans son manteau rose. Un garçon de six ans la suit, appliqué à poser ses pieds, pas après pas, entre les lignes des carreaux du sol. Sur leur passage, un sourire s'allume dans tous les visages. Avec quelques autres enfants, ils viennent d'apporter les lumières, bougies rouges, et les hosties, à l'autel. En quelque sorte, de crier dans le désert, c'est-à-dire de briller par leur présence, au sein de cette humble église environnée du grand spectacle criard du monde et de ses faux maîtres (cf dernière lecture du jour). Car ce sont eux, ces petits, qui sont la raison, la vie, et la raison de la vie.

Quand les prêtres ont tendu leurs mains au-dessus du pain à consacrer, j'ai pensé : imposition de la lumière. « Cette lumière qui attaque les corps et les révèle », lit-on dans ce bref et excellent texte sur Le Caravage.


לֶךְ־לְך

« Va vers toi », « fais de ta vie une marche vers la lumière », conclut ici cette étude kabbalistique de l'ordre donné par Dieu à Abraham. Le vrai soi, c'est la lumière.

Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ Λόγος, καὶ ὁ Λόγος ἦν πρὸς τὸν Θεόν, καὶ Θεὸς ἦν ὁ Λόγος.

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu », annonce saint Jean.

Archè signifie le commencement, mais aussi le commandement. De même qu'au début de la Genèse, èn archè, Dieu dit « que la lumière soit », et la lumière fut.
Logos signifie le Verbe, la Parole, et aussi la Raison.
Pros suivi de l'accusatif signifie auprès de, mais aussi vers, devant, en présence de.
Le verbe qui initie et commande (agit, crée), est auprès de Dieu, est tourné vers Dieu, se tient devant Dieu, est présent face à Dieu. Toute vraie parole vient de la source directe, Dieu, et se tient face à lui.

Par la Parole tout est engendré, egeneto, dit Jean, et sans elle rien ne fut.
La Parole est enceinte, et ce qu'elle engendre, c'est la vie-lumière. En la Parole était la vie, dit Jean, et la vie était la lumière des hommes.

La lumière était dans les ténèbres, ajoute-t-il, et les ténèbres ne l'ont pas saisie. Il emploie le verbe katalambano, qui signifie saisir, s'emparer de, et aussi maîtriser, et aussi comprendre. Les ténèbres ne peuvent ni s'emparer de la lumière, ni la maîtriser, ni la comprendre. « Le monde ne l'a pas reconnu », dit Jean, quelques versets plus loin.

La parole-vie-lumière des hommes est entourée des ténèbres des discours faussés, mais elle est indemne. Et il est toujours possible à l'homme de franchir les ténèbres pour aller vers elle, de se laisser tomber (de s'abandonner) devant elle, de se coucher sous son ombre, et de gagner sa naissance de Dieu, l'immaculée conception de qui accueille pleinement la Parole.

Accueillir le Verbe, naître de Dieu, aller vers la Lumière : même mouvement trinitaire.

C'est pourquoi Jean l'Évangéliste poursuit en évoquant Jean le Baptiste, celui qui vint « pour rendre témoignage à la lumière », celui qui crie dans le désert et vous annonce, aujourd'hui même, toujours.


05.12.2009

Originaux


Dormi comme un bébé jusqu'à onze heures. Réveillée par le tendre bruit de la pluie. La pluie me pleut l'amour. Sur le manuscrit de Souviens-toi de vivre, pas du tout retouché par quiconque, la correctrice n'a trouvé à rectifier que des détails typographiques. En relisant les épreuves, l'autre soir sur place aux Presses de la Renaissance, j'ai vu qu'avaient été aussi corrigés deux mots de mon texte. « Trou noir » avait été remplacé par « voyage ». J'ai remis « trou noir ». Et « pleut » avait été remplacé par « fait pleuvoir », parce que, comme je le fais souvent, j'avais employé ce verbe, pleuvoir, de façon transitive « incorrecte ». J'ai remis « pleut ». Voilà. C'est ma façon habituelle de travailler avec les éditeurs, depuis le début. Qui n'exclut pas, éventuellement, une conversation de vive voix sur l'ensemble avant de remettre le manuscrit définitif.

Hier Geneviève m'a révélé qu'à Noël on fête les trois naissances du Christ : sa naissance charnelle à Bethléem ; sa naissance éternelle dans le Verbe, comme il est dit dans le prologue de Jean ; et sa naissance en chaque chrétien.

Elle m'a confirmé aussi que tout le Nouveau Testament a été écrit en grec, y compris l'évangile de Matthieu.


04.12.2009

Collaborations et résistances


N'est-ce pas remarquable, ce qui s'est passé ces jours derniers ? J'ai raconté blanc sur noir des trafics très indignes dans l'édition, je sais que des journalistes et des écrivains me lisent, je sais qu'ils savent que je dis vrai, et personne ne réagit. Oui, intéressant vraiment, je crois que même Filou est un peu content de cette révélation, pas seulement celle que j'ai faite, mais aussi celle qui suit : le mutisme de ceux qui « font dans leur froc », comme dit Tiarelov.

J'ai mis sur Apocalypsis le texte que j'ai écrit hier soir lors de l'atelier d'écriture des Compagnons de la nuit, où nous étions tous pauvres devant la page blanche.

En lisant Isaïe ce matin, dès les trois premiers mots, a chanté en moi Λιγο ακομα θα ιδουμε, « Encore un peu et nous verrons... », le poème de Georges Séféris par Théodorakis, que je chantais à vingt ans - et à treize ans, je vendais des carambars à mes camarades pour envoyer l'argent en soutien aux prisonniers grecs.



 

"Encore un peu
Et nous verrons les amandiers fleurir
Les marbres briller au soleil
La mer, les vagues qui déferlent.
Encore un peu
Elevons-nous un peu plus haut"
(Traduction Jacques Lacarrière)


Mots d'amour


Soirée à La Moquette, chez les Compagnons de la Nuit. Atelier d'écriture. Du monde. Sans-abri et avec-abri du quartier, ensemble. Les formules diffèrent selon les semaines et les animateurs. Aujourd'hui, Julien a simplement écrit au tableau blanc : « Au bout du fil ». Plus d'une heure et demie d'écriture libre ont suivi, puis on s'est disposé en cercle et les lectures ont commencé.

Elles ont duré une heure. Une heure très intéressante. Chaque texte lu, c'était comme de voir sortir une fleur nouvelle du sol. Bouquet d'humanité, d'humanités toutes différentes et toutes complices. Certaines personnes viennent pour écouter, simplement. Ou bien écrivent mais ne lisent pas. On fait comme on veut. Pas de remarques après la lecture, chacun est applaudi copieusement par tous, parce que tous sont heureux de ce moment d'humanité offerte.

C'est fort et beau, très simple. Parfois très étonnant. Par deux fois il y eut même des moments de poésie radicale, violente. Certains SDF ne peuvent écrire, mais ceux qui le peuvent, c'est eux qui font les textes les plus poétiques, les plus forts, les plus spirituels (même si c'est dans le désespoir). Cela donne à songer sur ce qu'est être écrivain. Et je ne m'étonne pas de rechercher leur compagnie, d'être bien avec eux, de me sentir des leurs.

Il y avait là Samuel, que je connais de Cœur du 5. J'ai été épatée par ce qu'il a écrit. Rien de professionnel, mais des moments éclatants, et le sens de l'ensemble magnifique - comme un autre SDF, qui pleurait sans bouger après sa lecture d'un texte dur, digne d'un grand poète.
J'ai participé, comme les autres (je mettrai peut-être mon texte sur Apocalypsis demain). On m'a invitée à revenir, j'ai dit oui.

En rentrant, toute seule et heureuse dans la nuit à pied, songeant aux paroles écoutées ce soir, songeant aux paroles reçues de mon ami cet après-midi, j'ai croisé un inconnu, un jeune et beau Méditerranéen qui m'a adressé des mots doux, et c'était bon à entendre aussi.


03.12.2009

royaume des peureux

Escroquerie de Labriolle selon malsain Philou -15,29-37° (*)
Comme les disciples se ressemblaient autour de
Philou [1], dans les bas fonds du lac [2, note 8], il leur disait : « Il vous suffit de me dire : 'Docteur, Docteur !', pour demeurer dans le royaume des peureux [3, APR note 20]; car il faut faire la volonté de votre peur [4] qui est odieuse. Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique est comparable à un lapin [5] "prudent" [6] qui a creusé son terrier dans la vase [7, note 3]. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé et s'est abattue sur ce terrier ; le terrier ne s'est pas écroulé, car il était déjà au fond de l’eau : dans le monde du silence [8].

Michel de Tiarelov, en entier :

"La maison ne s'est pas écroulée, car elle était fondée sur ceux qui font dans leur froc."

Chaque fois

 

J'ai fait l'amour avec le Christ,
Chaque fois.
Ô mes amours, mes hommes, un par un,
Tout entiers uniques en moi,
Quand bat en votre torse,
Tout contre mon oreille, mes dents,
Le cœur du Fils de Dieu !
Je fais l'amour avec le Christ,
Chaque instant que l'homme, déshabillé,
Enfin nu devant la face,
M'enlace de ses bras, laissant
Dans son geste d'amour tomber de lui
La honte et le péché. Et je sais
Qu'il n'est rien d'autre à vivre,
Rien de plus beau que ce moment.
Ô pure lumière de chair,
Ton odeur, galvanisée dans mes circuits !
Langues, sexes, muscles, mains, éveil !
Membres et doigts pour le sommeil entrecroisé
Qui suit, guide jusqu'au matin nouveau.
Brûlante glaise, humble plus qu'infiniment
Et triomphante, je suis l'amour
Avec le Christ en toi, seul homme.


Mutisme, on tue


Elle a été abusée, torturée, assassinée ?
L'avait qu'à pas aimer. L'avait qu'à pas sortir en minijupe.
Il a détruit sa parole dans l'évier à l'eau et au savon ?
L'avait qu'à pas espérer. L'avait qu'à pas laisser l'assassin entrer dans sa maison de verbe.
Ils ont été spoliés, exploités, décimés, chassés, tués, déplacés, étouffés ?
Z'avaient qu'à pas être juifs, noirs, arabes, femmes, blancs, étrangers, autres.
Y avait qu'à pas être, y avait qu'à pas vivre, y avait qu'à pas vériter.


Les belles nouvelles du collectif


Il m'a raccompagnée jusqu'à l'entrée, on s'est dit au revoir en parlant encore longuement, on s'est serré la main, on s'est dit encore au revoir, puis d'un mouvement naturel il m'a accompagnée un bout de chemin, toujours palabrant tranquillement, jusqu'au moment où nous avons croisé une personne qu'il devait aussi rencontrer, on s'est de nouveau serré la main, on s'est dit au revoir, il est reparti avec l'autre personne, c'était comme un ballet d'échassiers au bord de l'eau.

Joachim a un nom de famille où l'on entend le nom de Dieu, dit en voix d'appel. Après m'avoir expliqué son projet de journal et raconté un peu la vie du lieu, il m'a fait visiter tout le bâtiment, me vantant les qualités de chaque personne rencontrée au passage.

En tout cas c'est parti, on va faire ce journal ensemble, « Le Collectif », pour les 76 hommes et femmes du foyer, venus d'un peu partout. Et il y en aura, des choses à dire ! Et qui pourront peut-être bien intéresser aussi les gens du quartier. Car c'est vrai, on passe devant une plaque, « Foyer de jeunes travailleurs », mais que sait-on de qui vit là, de ce qui se passe là ? Que sait-on de toutes les belles nouvelles de vie qui peuvent venir de là ?

Je les apprendrai, et je vous les dirai aussi.


Je ne peux pas accepter


À Tours l'autre jour, on m'a transmis les salutations de Mgr Dagens et aussi de Denis Tillinac, présents la veille. J'ai été heureuse de repenser à eux, ce sont des hommes bons.

J'aime les gens, même ceux qui me mettent en colère. Même ceux qui me font du mal (de toute façon Dieu me protège). Mais je ne peux vraiment pas accepter que l'on fasse du mal à quelqu'un que j'aime, d'amour ou d'amitié.

À La Procure hier j'ai vu les Psaumes traduits par Claudel (reparus juste un peu avant mes Psaumes qui étaient annoncés), avec ce gros bandeau rouge : « Comprends-tu ce que c'est que Je t'aime ? » (Gallimard). Certains pensent qu'aimer quelqu'un c'est vouloir intervenir dans sa vie privée (ici, début du 4e paragraphe). Moi je dis qu'aimer quelqu'un c'est vouloir son bonheur et sa liberté - si nécessaire, vouloir l'aider à trouver son bonheur et sa liberté, dans une écoute respectueuse de sa parole.

Je ne peux vraiment pas accepter non plus le mépris de certains envers ceux qu'ils instrumentalisent. Mépris affiché à l'abri de leurs regards, et d'autant plus violent, déshumanisant.

Je ne peux pas accepter qu'un homme bien nourri, bien logé, bien placé, se serve d'un homme sans argent, sans logement, totalement isolé, atteint d'une maladie mentale, pour piéger quelqu'un qu'il harcèle par ce qu'il appelle peut-être « amour ».

Je ne peux pas accepter de voir que mes fils aînés, ouvertement, et les plus jeunes sans doute plus secrètement, s'inquiètent beaucoup de cette situation, alors que je ne veux pas leur créer d'inquiétude.

Pour l'instant je ne porte pas plainte, par souci de ne pas troubler davantage, de ne pas créer de soucis supplémentaires à celui qui est déjà victime de quelqu'un qui le fait retomber dans l'enfermement dont il était sorti. J'attends de voir comment évoluent les choses, et je préviens (je le fais ici, puisque beaucoup de ceux qui me lisent sont concernés). Je me suis renseignée, une enquête est possible. S'il le faut, je ferai le nécessaire.


02.12.2009

Nouveau début


Ah, la vie est trop belle. En plus de l'atelier d'écriture en train de se créer, en plus aussi de La Cafetière, notre gazette de Coeur du 5, dont je suis désormais responsable, je vais maintenant aider un foyer de Jeunes travailleurs à créer leur journal. Comme j'aime ces gens, comme je suis heureuse !

Croisé par hasard un choriste de l'année dernière, qui m'a reconnue de dos en arrivant à vélo derrière moi. Je reviens bientôt, je lui ai dit. Oui j'ai envie de chanter de nouveau, et de façon nouvelle !

Oh, merci mon Dieu, je t'adore.


01.12.2009

Par le verbe


Agir sans prier n'est rien. La prière revêt bien des formes. Trois grandes heures de promenade aujourd'hui, y compris un temps à la chapelle de l'Adoration, rue Gay-Lussac (les photos sont ici). Trois grandes heures de silence la nuit dernière, en compagnie du Christ hindou découpé dans La Vie de cette semaine et scotché où je songe, dors et travaille.

Et devant la vaste perspective, au jardin, sentiment intense de ma liberté, vive, délibérée, belle, risquée, vécue.

Passée à La Procure acheter un Nouveau Testament en grec. Puis chez les Compagnons de la Nuit, pour faire connaissance, voir comment ils travaillent. Je reviendrai. L'autre soir mon premier atelier d'écriture, animé par Sébastien Onze. Dans quelques jours nous nous revoyons, pour préparer celui que nous voulons créer à Cœur du 5. Je crois à la libération par la parole.


Libérer


Ce lundi soir, dîné avec mes trois derniers fils. Étant donné l'athéisme résolu de mes parents, ils sont étonnés d'apprendre que j'ai été baptisée quand j'étais bébé. « C'est parce que tu as crié « Dieu !» dès ta naissance, dit Syd, ils ont compris qu'il fallait le faire. »
Je suis tout à fait sûre que mon corps s'en souvient.

Si les gens connaissaient Dieu, ils l'aimeraient tous. Pour le connaître il faut se laver toujours les yeux, c'est ça le baptême. Afin de pouvoir voir à travers. À travers nous-même, à travers autrui. Dieu vient nous toucher en traversant les autres, en les passant comme le mur du son. Ça fait plein de vibrations, c'est pourquoi je me réveille cette nuit. Nous sommes les uns pour les autres la voie de passage de Dieu vers chacun. Nous sommes en quelque sorte ses conducteurs électriques, nous et toute sa création, il se déplace à travers selon ses propres voies, ses propres vues, parfois zébrées comme l'éclair, et ce n'est pas du tout nous qui commandons cela, même si parfois on se l'imagine - ni nous-même, ni quiconque à part Dieu.

C'est mystique mais c'est aussi mathématique, ce que je dis là, c'est cosmique. Dieu se déplace à travers nous comme Jésus marche à travers le pays. Ceux qui ne le sentent pas restent fascinés par ils ne savent quoi, tout à la fois immobilisés et agités, comme des jouets mécaniques qui piétineraient dans une boîte étroite, sans parvenir à en sortir, répétant toujours les mêmes gestes absurdes. Cela finit par créer un grand désastre historique, et on peut s'attendre à ce qu'il en vienne un terrible, si le monde ne sort pas de sa boîte.

Ceux qui le sentent se mettent en marche, et leur marche ouvre la boîte, et leur marche libère le passage de Dieu d'homme à homme, libère les hommes.


30.11.2009

Le temps retrouvé


Après-midi belote à Cœur du 5. Mes amis. Beaucoup de monde aujourd'hui. Ponpon allait mieux, c'est lui qui m'a invitée à la partie, Claudius s'est joint à nous, puis Didier. Je suis heureuse là-bas. Didier a été chassé de son squat aujourd'hui. Je m'inquiétais, il m'a rassurée. Il en a peut-être repéré un autre. Je ne me souvenais plus des règles, ils m'ont tout réappris, avec patience car au début je faisais des bêtises. Soudain Ponpon, de son élocution toujours lente, me dit : « voilà, le temps est retrouvé, comme dirait Proust ! ». Et il me passe la main dans le dos, légèrement, d'un geste de réconfort.
Je suis restée sans voix. À le voir, on ne s'attend vraiment pas à ce qu'il vous dise une chose pareille. Les bonnes choses à quoi on ne s'attend pas, elles viennent de Dieu.
De retour à la maison, une autre rencontre. Des fils se retissent, tout doucement. Et maintenant je vais me remettre au travail.


« Dehors les chiens... Et que l'homme assoiffé s'approche » (Apocalypse, 22)

Rappel : le début de cette histoire est à lire en suivant de bas en haut ici.


Je ne prétendrai pas que Marie NDiaye n'a pas écrit son goncourt toute seule. Je n'en sais rien. Je sais seulement que Rosie Carpe, le beau roman d'elle que j'ai lu il y a quelques années, contrairement à Trois femmes puissantes, ne sentait pas le fabriqué. Je sais aussi qu'elle a déclaré, lors de la sortie de ce dernier roman, s'être inspirée d'une histoire vraie dont elle avait eu connaissance, et qu'elle avait complètement transformée. Je sais aussi qu'en le lisant j'y ai reconnu beaucoup d'éléments, tout à fait précis quoique en effet transformés, d'une histoire vraie que j'ai vécue, moi. Dans les entrelacs et situations lourdement psychologiques de ses diverses histoires de couples, et spécialement dans cette affaire de père tyrannique qui assassine sa dernière jeune épouse et fait porter le chapeau à son fils : ne dirait-on pas l'histoire du pillage de mon oeuvre, avec en guise de père un éditeur, en guise de femme assassinée, moi, en guise de fils endossant le meurtre, Haenel ?

Qui donc lui a soufflé cette histoire vraie à laquelle elle fait allusion ? Et de quelle façon ? En tout cas Gallimard peut se féliciter du résultat, et Marie NDiaye, si du moins elle aime ce genre de succès, ne pas regretter d'avoir quitté son éditeur historique, Minuit.

Ceci dit, il ne suffit pas d'être sous l'aile ou l'emprise de l'entreprise Louis Pivert pour faire un grand succès. Voyez le très vain roman de David Boratav, également chez Gallimard, également marqué de la même grosse patte - illisible entièrement, en vérité. Si vous êtes auteur, mettez-vous sous la protection de Pivert, laissez-le vous guider un peu à sa façon, et vous êtes sûr de gâcher votre talent, qu'il soit petit ou grand. N'est-ce pas ce qui est arrivé à Christine Angot avec Rendez-vous, en 2006 ? Même Assouline le dit : avant, elle avait quelque chose, mais là... Et ça ne s'est pas arrangé depuis. Par contre, Rendez-vous lui a valu un prix littéraire, et les papiers enflammés de parrain Pivert et ses amis. C'est la récompense pour avoir accepté ce titre et la dernière parole du livre « Tout ça est faux », ainsi que quelques bidouillages dans le récit de ses amours, afin que tout cela, assaisonné de beaucoup de mauvais esprit, me blesse. En 2006 il n'était pas encore question de plagiat, mais le pli était déjà pris de trafiquer des livres, Pivert ayant toujours préféré se servir des autres pour s'adresser à moi.

Et il y en a eu beaucoup, ces dernières années, des livres sortis de cette usine. Je ne les ai pas tous lus, loin de là, mais j'en étais avertie par un biais ou un autre. Par exemple, pour le premier, signé Gabrielle Ciam, ce fut un article de Savigneau explicite dans Le Monde. (Après avoir lu ce livre, je le rangeai sans en parler à O. Le voyant sur l'étagère, il le lut, et sans rien en savoir, comprit aussitôt de quoi il retournait, à certains détails précis empruntés à ma vie). D'autres comparses, comme JLK, servirent de relais pour d'autres livres.

D'abord ce furent des petits livres, signés par des inconnus, plus ou moins érotiques. Dans cette catégorie, parut l'année dernière ce titre élégant, La cinquantaine bien tapée. Quelques mois plus tôt j'avais publié La Dameuse. Chez Zulma, ils furent aussi ravis que surpris en apprenant que j'étais invitée, pour ce tout petit livre de trente pages, à la télé chez Guillaume Durand. Moi qui étais déjà paria depuis quelque temps. Devinez d'où venait la combine ? Je me retrouvai sur le plateau à côté de cette Julie Saltiel, l'auteur de ce livre aussi vulgaire que son titre, conçu spécialement pour m'insulter. « Il faudra qu'on se parle... solidarité féminine... », me souffla cette femme d'un air entendu. Je ne répondis rien, j'endurai l'émission, pour Zulma.

J'ai déjà écrit ici ce que je pensais du livre suspect de Moix sur Edith Stein. Et aussi de La profondeur des sexes, de Fabrice Hadjadj, fort contaminé par Pivert, par exemple lorsqu'il écrit ceci :
« Ce n'est pas moi qui défendrais l'adultère. Je la lapiderais plutôt, en bon chrétien. Oh, pas avec des cailloux ! Des mots et des regards bien sentis peuvent cribler beaucoup mieux et sans laisser de trace. La fille pourrait se suicider, après ça : on dira qu'on l'avait prévu. »

À rapprocher des propos également meurtriers introduits chez Haddad :

« Et Scarpia-Méphisto, autre père putatif, n'arrangea rien aux tourments de Fedora. C'est lui qui organisait ses déroutes. C'est encore lui qui pourvoyait à ses paniques de femme traquée, ainsi assuré - à défaut d'être aimé - d'une emprise de manager occulte. »
Ou : « C'est le vieux pêcheur. On prétend qu'il a aimé sa propre fille, anciennement, et qu'elle s'est noyée pour lui échapper. »

Voilà, en 2007, je me déclarai morte. Puis vint le roman d'Haenel, tout chargé de paroles arrachées à mon œuvre. Dans l'état où j'étais, je me défendis fort maladroitement, mais enfin je le fis, et il le fallait (le procès dure encore...). Lui aussi, et plus que tous les autres, fut largement récompensé pour sa collaboration, il est vrai bien plus significative que les autres. Visibilité médiatique maximum, prix littéraires...

Paru en même temps, mon roman Forêt profonde ne trouva absolument aucun écho dans la presse nationale. Jean-Louis Kuffer, qui en avait fait d'abord une critique très élogieuse, l'effaça rapidement de son blog. La seule trace qui reste de sa lecture est ce « prix Renaudot » personnel qu'il lui accorda. Quelques critiques non concernés par le milieu parisien émirent aussi de forts avis sur ce roman (ici). Un livre non médiatisé a peu de chances d'être lu, surtout s'il n'est pas bien facile. Mais il existe, et il a encore tout le temps d'être découvert.

Et ma parole est toujours libre, la preuve.


29.11.2009

Légion est leur nom, car ils sont beaucoup (Marc, 5,9)


« Contrefait », c'est le pseudo qu'avait choisi celui qui vint me voir après mon intervention à la Fnac St-Lazare, en mars dernier. Il me raconta qu'il avait longtemps travaillé avec Pierre Assouline, et me dit beaucoup de mal de lui. Nous étions au restaurant Trinité, où il m'avait invitée après cette rencontre en librairie, me disant qu'il avait des choses à me révéler sur le plagiat dans l'édition. Au début il paraissait assez sensé, puis très vite il devint très évident qu'il mêlait continuellement mensonges et vérités, selon un procédé « diabolique » connu.

Il m'expliqua que les éditeurs numérisaient des livres entiers, et aussi les manuscrits qu'ils recevaient, afin de pouvoir piocher dans ces mines de mots tout ce qui était utilisable pour produire ou arranger de nouveaux livres. Même si ses affirmations paraissaient exagérées, je pensai que bien des affaires de plagiat de ces dernières années pouvaient rendre plausible une telle entreprise. Ainsi, par exemple, de l'affaire du pillage d'un manuscrit au profit de la fabrication d'un roman de Marc Lévy, affaire analysée dans un livre d'Hélène Morel-Indart (malgré les similitudes énormes révélées par la juriste, la plaignante, auteur du manuscrit, avait perdu son procès). Je pensai aussi à ce que m'avait révélé Dominique Autié par courriel, qu'il avait lui-même appris de son libraire : à savoir que tout le chapitre des soldes dans le roman d'Haenel ressemblait de façon très frappante à plusieurs pages du livre d'un jeune auteur, qui avait précédemment envoyé son manuscrit chez Gallimard.

Au fil du dîner il glissa de plus en plus dans le délire, finissant par me raconter que lui et sa femme avaient été empoisonnés par des juifs. Cela parce que ses écrits (jamais publiés, ou seulement des articles) avaient été maintes fois pillés et plagiés par son chef. Là aussi, il en rajoutait jusqu'au grotesque, racontant comment il avait été harcelé et poursuivi, à cause de ce qu'il savait.

Puis soudain, changeant de figure comme un histrion et roulant des yeux démoniaques, il sortit de sa sacoche une version imprimée du blog d'Assouline (auteur Gallimard), la note que ce dernier fit contre moi lorsque je révélai le pillage de Forêt profonde. Le doigt sur la feuille, il en lut les passages les plus méchants à voix haute, puis, insistant sur la fin du texte : « tu vois, là, quand il dit que cela pourrait te coûter très cher, cela veut dire qu'ils vont te le faire payer toute ta vie, très cher ! »

Je reviens dans quelques heures expliquer comment cette entreprise vengeresse, outre le harcèlement que j'ai expliqué dans la note précédente, s'est insinuée à travers nombre de livres trafiqués, à l'instar de celui d'Hubert Haddad. Des livres souvent très en vue, dont les auteurs furent remerciés pour leur collaboration par une visibilité médiatique accrue, des invitations ici ou là, voire l'attribution de prix littéraires. Vous verrez, c'est étonnant - du moins pour les lecteurs pressés, qui prennent pour parole d'évangile la critique aveugle.


28.11.2009

« Comme le chien revient à son vomissement, le sot retourne à sa folie » (Proverbes, 26, 11)


Au printemps dernier, un curé journaliste m'a demandé une interview. Nous avons pris rendez-vous et nous nous sommes rencontrés à Paris. Un homme sobre et posé, vêtu de sombre, aimable et réservé. L'entretien s'est déroulé tout à fait normalement, de façon professionnelle, simple et efficace. Il a été diffusé, je l'ai mis en lien sur mon blog, et voilà.

Quelque temps plus tard, il m'invite à faire une conférence dans son diocèse en Normandie, en août. Très bien, j'en profiterai pour faire une retraite au carmel que j'aime, à Avranches. Il est convenu qu'il viendra m'y chercher le dernier jour, que je ferai deux conférences à deux endroits différents le lendemain, et qu'il m'emmènera au Mont Saint-Michel le troisième jour, avant mon retour chez moi.

Le cinquième jour de ma retraite, à l'heure dite, il arrive au carmel. J'ai du mal à le reconnaître. Il a perdu dix kilos, il est bronzé, habillé et coiffé comme un playboy, tout rieur. J'embrasse les sœurs, nous sortons. Il n'a pas garé la voiture devant l'entrée, mais un peu plus loin. Pourquoi ? Parce que c'est une voiture de sport décapotable, flambant neuve.

Je viens de passer cinq jours magnifiques dans le silence et la prière, le contraste est un peu violent. Je le lui dis en souriant, essayant de me remettre à l'heure de ce monde de fous. Je trouve qu'on dirait une voiture de location, mais c'est la voiture d'un ami, me dit-il. Nous roulons le long de la côte, cheveux au vent. Sur une petite route déserte, il s'amuse à faire une pointe de vitesse. M'emmène en un lieu isolé d'où l'on peut voir le Mont de loin, mais bien. S'arrête plus tard à une station d'essence, après m'avoir dit qu'il n'allait pas me faire le coup de la panne. Nous traversons des stations balnéaires, je tâche de sourire, mon cœur est encore au carmel, que n'y suis-je restée.

En arrivant enfin, j'ai la surprise de découvrir que c'est chez lui que je vais être logée. Dans le presbytère d'une espèce de zone résidentielle, avec lui. Dans sa chambre, à l'étage, tandis qu'il dormira en bas. Décidément tout cela est étrange mais bon, il est cordial et sympathique, et je ne veux pas être méfiante. Je lui demande tout de même si ça ne lui pose pas de problème, pour lui et pour le voisinage, de recevoir ainsi une femme chez lui.  Il répond qu'il se moque de ce qu'on peut penser.

En attendant l'heure de partir dîner, il m'offre un verre de vin et propose que nous fassions une nouvelle interview. Nous commençons. Ses questions sont un peu bizarres, pas du tout comme la première fois. Il me parle de sexualité, puis on dirait qu'il me soupçonne d'un tas de choses pas très catholiques, disons. J'ai l'impression d'avoir à justifier ma vie, mon travail, c'est assez désagréable.

Puis nous nous apprêtons à aller dîner chez un ami à lui. Un athée, me dit-il, mais qui est en recherche spirituelle, il aime l'art, il sera intéressé par ce que je pourrai lui dire. La décapotable est rentrée au garage, d'où elle ne ressortira plus. Il m'explique qu'il n'a tout de même pas envie que les voisins la voient. Nous prenons sa voiture ordinaire, garée dans la rue.

Nous arrivons devant une maison d'architecte luxueuse et froide, je m'exclame en la voyant « on se croirait dans Mon oncle, de Jacques Tati ! » L'ami nous ouvre la porte, un grand type plein d'assurance. Il m'embrasse. Nous entrons, sa famille et deux ou trois autres amis sont là, on prend l'apéritif sur la terrasse etc. La première chose que me déclare ce «  monsieur Arpel » est qu'il a lu Le boucher il y a vingt ans, et depuis ne sait pas du tout ce que j'ai écrit, mais est seulement au courant de mon procès contre Gallimard. Je lui demande comment il est au courant, puisque la presse n'en a pas parlé. Il bafouille un peu, ne sait plus, le curé tente de venir à son secours en disant qu'il a sûrement tapé sur Google « Alina Reyes procès ».

Bon bon, je commence à comprendre d'où vient tout ce cinéma. C'est que ce n'est pas la première fois que j'ai droit à un numéro de pitre dans les endroits où je vais faire des conférences : chaque fois il se présente quelqu'un, parmi les auditeurs, qui me fait un sketch bizarre, me glisse des petites phrases de « chien dressé » avant de disparaître. Quelquefois c'est très bref, il suffit que le message soit assez précis pour qu'il soit clair. D'autres fois cela se déploie plus longuement, jusqu'à devenir délirant. Et toujours, toujours les mêmes insinuations. Impossible de protester sur le coup, aucune personne qui est en train de vous trahir ne l'avoue, et la situation ne ferait que devenir plus pénible. Quand je comprends ce qui se passe, je choisis de faire comme si je n'avais pas compris, afin de neutraliser cette violence qui m'est faite. (Une seule fois quelqu'un qui avait ainsi servi de messager occulte m'a demandé pardon, plus tard).

Au dîner, je suis placée à droite de l'ami, le maître de maison. Il n'arrête pas de me parler, d'une manière ou d'une autre, de sa richesse, de son argent. Au retour, dans la voiture, le curé dans la voiture m'énumère les richesses de son ami, ses maisons, son bateau etc, et prétend qu'il va peut-être quitter sa femme. J'ai l'impression qu'on me propose une bonne occasion. Cependant ce curé est sympathique et j'ai pitié de lui. Comment a-t-il pu se laisser embarquer dans un plan si minable ? Je veux lui garder le respect qu'on doit à un prêtre, je veux que lui-même retrouve le respect qu'il se doit à lui-même, et je ramène toujours les propos vers la simplicité amicale. Je le trouve déprimé, il dit que nous les chrétiens nous devrions annoncer chaque jour de bonnes nouvelles, mais lui n'arrête pas de parler de mort. Il dit que les fidèles n'ont que les prêtres qu'ils méritent. Il me montre sa collection de bonsaïs, et ajoute : ils sont comme moi, ils sont tordus.

Le lendemain est occupé par mes deux conférences. Le dernier jour, nous n'allons pas comme prévu au Mont, je prends le bateau et passe la journée seule sur l'île Chausey. En rentrant le soir, il me fait la surprise d'inviter à dîner un critique littéraire du Monde, avec sa femme. Je ne parle pas du tout de littérature ni de rentrée littéraire, seulement de christianisme. La discussion est vive, le catholicisme morose et résigné de ce critique n'est pas du tout le mien, il finit par être fâché. Ils s'en vont assez tôt, je parle encore un peu avec le curé, il est gêné, il est redevenu respectueux envers moi, il dit que parfois on se trompe sur les gens, je veux qu'il comprenne que je ne lui en veux pas. Je monte me coucher, oui j'ai pitié.

Le lendemain matin quand je me lève il est déjà parti, c'est une paroissienne qui m'emmène à la gare.

Il n'est pas le seul religieux à avoir joué les messagers, il y a eu aussi deux prêtres et un autre curé. Et je ne sais combien de personnes en tous genres, embauchées pour me poursuivre par mail, par courrier postal, par téléphone ou en situation, sur les lieux de mes conférences, et jusque dans ma maison à la montagne cet été, et une fois l'autre jour à Cœur du 5. Bien sûr la solution serait que j'arrête d'être repérable en  parlant de ma vie ici, mais je ne veux pas céder à cette pression, me cacher, cesser d'exercer cette libre parole qu'offre Internet. Ici au moins je ne dépends pas des médias : jadis j'écrivais fréquemment des tribunes libres pour Le Monde et Libération, mais la sanction est tombée, on ne m'y accepte plus.

« Porte plainte », me dit-on. J'ai un ami qui connaît bien un commissaire de police, j'ai songé parfois à lui en parler, je suppose qu'une enquête serait possible mais l'idée me déplait. C'est idiot sans doute, mais oui, j'ai pitié. Et je crois que cela va cesser.

La prochaine fois sans doute je parlerai des livres trafiqués. Vivement que cela soit fini. Parfois je suis fatiguée. Je veux que mes enfants soient protégés de tout cela.


27.11.2009

"Nous ne pouvons pas, quant à nous, ne pas publier ce que nous avons vu et entendu" (Actes, 4)

 

Toute cette histoire (voir les notes précédentes) à cause d'une absence de chair, entraînant une perversion sans fin du désir. On ne s'étonnera pas que j'aime le Dieu incarné, ni que je publie l'année prochaine un essai intitulé Charité de la chair, dans lequel je montre que l'amour charnel, s'il est vraiment fait et non pas seulement singé ou fantasmé, sauve l'amour, le rend immortel.

Toute cette histoire pour empêcher ma parole. Un être de chair aimante est un être de parole vraie. Un être de chair méprisante, haineuse ou froide, est un être de parole corrompue, fausse, vaine. C'est ce que signifie mon travail, depuis Le Boucher jusqu'aux Psaumes en passant par Poupée, anale nationale. Si j'en crois la traduction en ligne, « la violence veut s'opposer à l'œuvre littéraire », dit ce long article turc très politique sur mon travail.

La violence faite à mon œuvre est sournoise parce qu'elle vient de personnes inconsistantes, à la fois séduisantes et pleutres, gigolos de l'intellect. Elle s'appuie sur un réseau - toute une armée sans cesse agrandie contre ma petite personne, en fait contre la vérité - de prudents qui s'excitent en sous-main à leurs basses-œuvres. Nul coupable ni responsable, tout le monde barbote complaisamment dans le même bain sale, ceux qui se tiennent à l'écart détournent le regard et gardent leur bouche bien fermée.

On le sait, ce sont parfois des peuples entiers qui se laissent ainsi dresser par tel ou tel type qui considère les hommes comme des chiens, déchaînant l'épidémie du mal.

La violence faite à mon œuvre n'est qu'une illustration de la violence faite à l'œuvre littéraire et à la vérité dans toutes ses expressions, par la conspiration du monde contemporain, vendu au fric et à l'apparence.

Dieu merci, c'est pour Toi que je suis
Ta petite femme libre,
Couillue.

Nous n'en avons vraiment pas fini avec cette histoire de livres trafiqués par l'entreprise Louis Pivert, j'en dirai encore beaucoup dans les jours qui viennent ; mais peut-être la prochaine fois raconterai-je plutôt un épisode caractéristique d'une autre forme du harcèlement acharné dont je suis l'objet, utilisant non seulement des textes mais aussi des personnes réelles, employées pour me poursuivre de toujours le même discours dévoyé. Un épisode assez cocasse, quoique d'une infinie tristesse, mettant en scène un « chien dressé » inattendu. Il est des choses dont on ne peut parler sans rire ou faire de grands gestes, comme dans les vieilles comédies italiennes, pour atténuer un peu le malheur.

Ils les rappelèrent donc et leur défendirent de souffler mot et d'enseigner au nom de Jésus [de la Vérité]. Mais Pierre et Jean de leur rétorquer : « S'il est juste aux yeux de Dieu de vous obéir plutôt qu'à Dieu, à vous d'en juger. Nous ne pouvons pas, quant à nous, ne pas publier ce que nous avons vu et entendu.» Actes des Apôtres, 4, 18-20.


Allons-y


À ceux qui arrivent en cours : voir l'histoire depuis le début, de bas en haut, ici. Et maintenant, la suite.

235334995.JPGFin 2003, j'envoyai à « Louis Pivert » le manuscrit d'un court roman intitulé Tu me tues, en lui disant qu'il allait être publié par les éditions Zulma, et en lui demandant gentiment de me dire s'il y trouvait des passages embarrassants, afin que je puisse éventuellement les modifier. Il s'agissait en effet d'un roman inspiré de ma vie, l'histoire d'une amoureuse égarée par la parole fuyante, tueuse, de celui à qui elle s'adressait. La narratrice errait comme une SDF dans les villes, Genève, Paris, Lourdes... Le personnage masculin étant inspiré de Louis Pivert, j'avais eu le souci de masquer son identité, mais je voulais être loyale jusqu'au bout en lui présentant le texte afin qu'il puisse me faire ses observations avant publication.

Or Louis Pivert, dans sa paranoïa, imagina que je voulais le faire chanter. Au lieu de me répondre, il dépêcha chez l'éditeur sa fameuse amie, aujourd'hui au placard, mais à l'époque détentrice d'un pouvoir certain dans le monde des livres. Elle menaça d'intenter un procès, si le roman paraissait. Quand j'appris cela, je fus anéantie par l'ampleur de la trahison. J'ai marché au-dessus d'un trou noir pendant des années, les yeux levés vers le ciel pour résister au désir de me laisser tomber.

La publication de Tu me tues était prévue pour le 8 avril 2004, Amazon en garde la trace ici. L'éditeur ayant renoncé à le publier fut remercié par un grand article sur sa maison, le 9 avril 2004, dans le grand journal où Louis Pivert et son amie régnaient.

J'ai raconté cela au début de cette année ici sur mon ancien blog, sous le titre « Le Monde n'est pas chien ». Aussitôt un mouchard en informait Zulma. Je fis remarquer à Serge, mon éditeur, que ma note n'était pas dirigée contre eux, mais contre le système corrompu de ce milieu. Il parut ne pas m'en tenir rigueur, mais je compris quelques mois plus tard qu'il n'en était rien. Je le compris en septembre, en lisant le roman d'Hubert Haddad, que Serge m'avait envoyé.

J'aimais beaucoup Hubert Haddad, depuis longtemps, j'ai très souvent fait sa promotion ici sur ce blog ou sur mes anciens blogs. Je commençai donc à le lire avec grand plaisir. Jusqu'au moment où je compris que son livre portait la marque de « Louis Pivert ». Sa marque vengeresse. Cette marque vengeresse, il l'avait déjà laissée dans beaucoup d'autres livres, signés d'autres auteurs, dont il donnait la direction d'ensemble, ou bien où il introduisait ses phrases assassines, avant de m'inciter, d'une manière ou d'une autre, à les lire. Je sais, cela parait délirant, et ça l'est, mais ce n'est pas moi qui délire. Je n'ai pas lu tous ces livres trafiqués, mais tout de même quelques-uns, assez pour comprendre le système - nous y reviendrons.

Je feuillette Géométrie d'un rêve, le roman d'Hubert, et vous en livre quelques lignes :

« ... la figure du père absent, plus que jamais, devint sa hantise [la figure paternelle de « Pivert » se dérobant à une rencontre durant toutes les années où il me cernait de sa parole] (...) Et Scarpia-Méphisto, autre père putatif, n'arrangea rien aux tourments de Fedora [le personnage principal]. C'est lui qui organisait ses déroutes. C'est encore lui qui pourvoyait à ses paniques de femme traquée, ainsi assuré - à défaut d'être aimé - d'une emprise de manager occulte. »

Autre exemple d'allusion à ce cas de figure :

« C'est le vieux pêcheur. On prétend qu'il a aimé sa propre fille, anciennement, et qu'elle s'est noyée pour lui échapper. »

Ma situation, donc, face à Méphisto-Pivert. Tout le roman est construit sur cette situation. Puis, vers la fin, les phrases assassines se multiplient, des trucs sur la femme ménopausée, la femme  petite, etc, la femme comme moi, donc. Peu importe. Je dis tellement moi-même toute ma vérité dans mes livres que l'on ne saurait m'atteindre par ce genre de considérations. Contrairement à Louis Pivert, qui ne supporta pas de se retrouver dans mes romans, j'accepte tout de la littérature, même quand ce n'est plus de la littérature. Et contrairement à Louis Pivert, quand j'ai quelque chose à dire, je le dis moi-même, je le signe de mon nom, je n'ai pas peur de m'exposer, je n'utilise pas les autres pour me garder à l'abri. Contrairement à Louis Pivert, je suis un vrai écrivain.

Tu me tues pourtant n’était pas mort : il allait se retrouver au cœur de mon roman suivant, plus épais : Forêt profonde.


Il suffit pour ce matin. Ce ne sont que les toutes premières minutes du film, qui comporte beaucoup d’autres personnages et situations, comme je l’ai annoncé. À suivre.

photo : ici